‹ Œuvres complètes de Villon publiées avec une introduction et des notesChapitre 142 sur 270 · ORAISON EN RONDEAU · texte numérisé non relu

ORAISON EN RONDEAU

Repos éternel donne à cil,

Sire, et clarté perpétuelle,

Qui vaillant plat ne.écuelle

N’eût onques, n’un brin de persil. 1895 Il fut rès, chef, barbe et sourcil,

Comme un navet qu’on ret ou pèle.

Repos éternel donne à cil.

Rigueur le transmiten exil Et lui frappa au cul la pelle, 1900 Nonobstant qu’il dit : j’en appelle,

1888. Onques : jamais. — Of : eut. — Onques de terre etc. Jamais il n'eut un sillon de terre,

1891. Galants. Compagnons de fête. — Verset : texte de l’Ecriture, servant de prière.

ORAISON EN RONDEAU. Titre ajouté.

1892, 1893. Repos élernel etc. Traduction de l'office : Requiem æternam dona ei Domine, et lux perpelua luceat ei, — Sire : vocatif du mot d'où vient seigneur, sert à traduire Domine. — Cil : celui-ci. à

1894, 1895. Avoir raillant : posséder. — Onques : jamais. — Ne : ni. — Qui vaillant etc. Qui n’eut jamais vaillant plat, ni écuelle, ni un brin de persil. Badinage sur sa pauvrelé.

1896. Rès : rasé. — Chef : léle.

1897. Qu'on rel : qu’on ratisse. Premier trait de burlesque.

1898. Cil : celui-ci.

1899. Transmil : envoya.

1900. Deuxième trait de burlesque, extrême cette fois.

1901. Qu'il dit : j'en appelle. Sans doute l'appel qui le sauva de la potence en 1456. Le poète avoue ici le motif du départ qui dans le Petit Testament n'est attribué qu’à peine d'amour. A celle-ci demeure attribuée, v, 1885, la langueur qui le met au tombeau.

Qui n’est pas terme trop subtil.

Repos éternel donne à cil.

-FOCT- Item je veuil qu’on sonne à branlé Le gros beffroi qui n’est de verre, 1905 Combien qu’il n’est cœur qui ne tremble, Quand de sonner est à son erre.

Sauvé a mainte belle terre Le temps passé, chacun le sait;

Fût-ce gens d’armes ou tonnerre, 1910 Au son de lui tout mal cessait. :

Les sonneurs auront quatre miches,

Et se c’est peu, derni-douzaine. |

Autant n’en donnent les plus riches; -

Mais ils seront de saint Etienne. 1915 VoLLanp est homme de grand peine,

L'un en sera. Quand j’y regarde,

Il en vivra une semaine.

Et l’autre? Au fort, JEAN DE LA GARDE.

1902. Qui n'est pas etc. Qui n'était pas difficile à dire. 1904. Sonner à branle : à grande volée.

1905. Beffroi : cloche. — Le gros beffroi : le gros bourdon de Notre-Dame. — Qui n'est de verre : qui fait un peu plus de bruit que le verre. . 1906, 1907. Combien que : quoique. — Je veux qu’on le sonne quoiqu'il fasse peur. — À son erre : quand il est en train de sonner. 1908. Sauvé a : il a sauvé. — Mainte belle terre, menacée, en donnant l’alarme.

1909. Le temps passé : au temps passé.

1912, 1913. Miches : de pain. — Se : si.

1914. Autant n'en donnent etc. Les plus riches n’en donnent pas autant. 1915. Ils : elles. — Miches de saint Elienne : des pierres, à cause du martyre du saint, qui périt lapidé.

1916. Volland. Riche marchand de Paris et spéculateur sur le sel, requis comme sonneur par dérision. — De grand peine : de grand service. 1917. L'un en sera : il en sera l’un. — Regarder : prendre garde. 1918. Il en vivra : des miches promises aux sonneurs. 1919. Au fort : au pis. Jean de la Garde, légataire ci-dessus v. 1354, et présenté dans le Petlt Testament, v. 258 note.

Pour tout ce fournir et parfaire, 1920 J’ordonne mes exécuteurs,

Auxquels fait bon avoir affaire,

Et contentent bien leurs detteurs.

Ils ne sont pas mout grands vanteurs,

Ils ont bien de quoi, Dieu mercis. 1925 De ce fait seront directeurs.

Ecris. Je t'en nommerai six.

C’est maître MARTIN BELLEFAYE,

Lieutenant du cas criminel.

Qui sera l’autre? J'y pensaie, 1930 Ce sera sire COLOMBEL.

S'il lui plaît et il lui est bel,

Il entreprendra cette charge.

Et l’autre, MicHeLz JOUVENEL.

Ces trois seuls et pour tous j'en charge. 1635

Mais au cas qu'ils s’en excusassent En redoutant les premiers frais,

1920. Ce : cela. — Parfaire : achever. — Pour finir et achever tout cela.

1921. J'ordonne : je désigne.

1922. Fait bon : il fait bon.

1923. Et contentent. Le relatif est sous-entendu comme si le premier membre avait le nominatif qui se trouve requis dans le second. Auxquels fait bon etc., el contentent, Auxquels il fait bon etc., et qui contentent. — Detteur n'a nulle part le sens du créancier (Thuasne). Contenter ses delleurs : ne pas payer ses dettes, puisque ceux qu'on contente ne sont pas les créanciers.

1924. Mout : très. — Vanteurs : vantards.

1925. Aroir de quoi : être riche. — Dieu mercis : l's est mis pour la rime.

1926. De ce fait : de l'exécution testamentaire, — Seront : ils seront.

1927. Ecris. Ceci s'adresse à Frémin, clere du poète, mentionné v. 565, 779, 787.

1928 à 1930. Martin Belle faye. Lieutenant criminel du prévôt, conseiller au parlement, — Pensaie : pensais.

1931. Guillaume Colombel, Président des Enquêtes et conseiller royal.

1932. S'il lui est bel : s’il lui convient.

1933. Entreprendra : prendra. .

1934. Michel Jouvenel. De la famille Jouvenel des Ursins, frère du chancelier bailli de Troyes.

1935. Seuls el pour tous : Llenant la place des autres.

1937. En redoutant etc, Badinage sur la richesse desdits.

D = 2 ot + + — -

Ou totalement récüusassent,

Ceux qui s’ensuivent ci-après

Institue, gens de bieñ très : 1940 PeLir BruNEL, noble écuyer,

Et l’autre son voisin d’emprès,

Si est maître JaAcQUES RAGUIER,

Et l’autre, maître Jacques JAMES,

Trois hommes de bien et d'honneur, 1945 Désirant de sauver leurs âmes | Et doutant Dieu Notre Seigneur.

Plutôt y mettraient du leur,

Qu’à eette ordonnance ne faillent.

Point n'auront de contrerôleur, 1950 :

À leur bon seul plaisir en taillent.

Des testaments qu’on dit le maître, De mon fait n’aura quid ne quod'; k Mais ce sera un jeune prêtre,

1939, 1940. Instilue : j'institue. — Ceux qui etc. J’institue ceux qui s'ensuivent ci-après, très gens de bien. — Très, qui marque le superlatif, équivoque peut-être sur rois.

1941. Phelip ou Philippe Brunel, sire de Grigny, légataire ci-dessus, v. 1348, et présenté dans le Petit Testament v. 137, note.

1942. Emprés : auprès. Son voisin d’emprés dans l'exécution testamentaire.

1943. Si : explétif, — Jacques Raguier, légataire v. 1037 ci-dessus, présenté dans le yelit Testament, Y. 145, note.

1644. Jacques James, légataire, Y. 1811 ci-dessus, et présenté à la note.

1947. Doutant : craignant. Trait d'ironie peut-être, Philippe Brunel est cité devant ’archidiaconé de Josas en 1462, pour avoir omis trois fois ses pâques (Thuasne).

1948, 1949, Faillir : manquer. — Plutôt y mettraient etc. Ils y mettraient plutôt du leur qu’ils ne faillissent à cette ordonnance. Le présent du subjonctif,nonl'imparfait, parce qu’il est certain qu'ils ne failliront pas. — Meltraient, trois syllabes.

1950. Contrerlieur : contrôleur. — Point n'auront : ils n'auront point.

1951. Leur bon seu! plaisir : leur seule volonté. — Bailler : donner.— Buillent : qu'ils donnent.

1952. Qu'on dit : cclui qu’on dit. — Maître dés testaments : 1& juge ecclésiastique en cette matière. — Des testaments etc. Le maître des testamenis, comme on l'appelle.

1953, Ne : ni. — N’avoir quid ni quod : n’avoir rien,

Qui est nommé Thomas Tricot. 1955 Volentiers busse à son écot,

Et qu’il me coùûtât ma cornette.

S'il sût jouer à un tripot,

Il eût de moi le trou Perrette.

Quant au regard du luminaire, 1960 Guiczauue Duru j'y commets;

Pour porter les coins du suaire,

Aux exécuteurs le remets.

Trop plus mal me font qu’onques mais

Barbe, cheveux, penis, sourcils; 1965 Mal me presse; est temps désormais

Que crie à toutes gens mercis.

1955. Thomas Tricot. Mentionné comme maitre es arts dans les actes.

1956. Volentiers : volontiers. — Busse : subjonctif à sens de conditionnel que nous n'employons plus qu’au passé : j'eusse bu, j'aurais bu ; (je) busse, je boirais. — Ecot : dépense de chaque convive. Boire à son écot ou à leur écot : boire à ses convives. Nous disons boire à leur santé.

1957. Côrnelle : bande d’étoffe enroulée autour du chaperon et qui retombait sur l'épaule. Le poète comme clerc n’en portait pas.

1958, 1959. Tripot : jeu de paume. — S@£, eût. Ces subjonctifs marquent le conditionnel exprimé chez nous en propre forme dans la principale : il axrait, et dans la condition par un indicatif imparfait : s'il savait. Dans l’unet l’autre nous employons encore ce subjonctif mais au passé : i/ eût eu, s’il eùt su. — Le trou Perrelle. Trou se disait d’un tripot comme d’un cabaret. Celui-là était dans la Cité, rue Juiverie, en face de la Pomme de pin. L’allusion échappe.

1960. Quant au regard du : Quant au.

1961. Guillaume Duru, marchand de vin en gros, gouverneur de la confrérie de la Conception formée entre gens de ce métier, et établie à l’église Saint-Gervais.

1962, 1963. Pour porter etc. Je remets aux exécuteurs de porter les coins du suaire, les cordons du poêle.

1964, 1965. Trop : beaucoup. — Onques : jamais. — Trop plus etc. Barbe, cheveux, etc., me font beaucoup plus mal que jamais. Symptôme burlesque de la mort.

1966, 1967. — Mal : maladie. — Crier merci : crier miséricorde, implorer la pitié. — Mal me presse etc. La maladie me presse, il est temps maintenant que je crie à tout le monde merci. — L's{ide mercis est pour la rime. }

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