BALLADE DU TRÉPAS VILLON
Ici conclut le testatñent
Et finit, du pauvre Villon,
Venez à son entérrement,
Quand vous orréz le carillofi, |
Vêétus rouge com vermillon, 2000
1984. Sinon : excepté. — Traitres chiens mâtins. Ceux qui l’ont tenu en ptison, sans doute à Meung, énumérés ci-dessus, v. 746 à 750.
1985, 1986. Pièça : naguère. — Criles : croùtes. — Qui m'ont etc. Qui m'ont fait il n’y a pas longtemps mâchcr de dures croûtes maint sôirs et maints matins. :
1987. Ores : maintenant. — Qu’ores etc. Lesquels maintenant je ne crains pas trois crottes; on dirait : pour deux sous.
1988. Fisse : subjonctif à sens de conditionnel, que nous n'employons plus qu'au passé : s'eusse fait, j'aurais fais ; je fisse, je ferais.
1990. Au fort : après tout. 11 crie merci, même à ceux-là. — Riotes : disputes.
1992 à 1994. Plombée : casse-tête, trois syllabes. — T'eis : telles. —— Pelote : sens inconnu, — Qu'on leur froisse cic. Après merci demandée, cet envoi veut dire : qu’on les assomme tout de même.
BALLADE DU TRÉPAS VILLON. Titre ajoulé.
1998, 1997. Jci etc. Ici se clot ct finit le testament du pauvre Villon.
__. 1998 à 2000. Orrez, futur d'ouir : entendrez. — Com : cornme. —
Vene: elc. Venez à son enterrement vêtus rouge etc. ii
Car en amour mourut martyr.
Ce jura-t-il sur son chagnon, Quand de ce monde voût partir.
Et je crois bien que pas n’en ment,
Car chassé fut comme un souillon 2005 De ses amours haineusement;
Tant que d’ici à Roussillon,
Brousse n’y a ne broussillon
Qui n’eût, ce dit-il, sans mentir,
Un lambeau de son cotillon, 2010 Quand de ce monde voût partir.
Il est ainsi et tellement.
Quand mourut, n’avait qu’un haïillon.
Qui plus, en mourant malement
L’époignait d'amour l’aiguillon; 2015 Plus aigu que le ranguillon
D'un baudrier lui faisait sentir;
2001. Martyr. Les ornements d'église aux messes des martyrs sont rouges. — En amour mourut martyr. Expression répétée du Petit Testament, v. 43. Elle rattache comme le v. 1885 ci-dessus, la fable du grand à celle du petit, en donnant l'amour pour cause à la fin du poète.
2002. Ce jura-t-il : il le jura, — Chagnon : le nuque. Jurcr sur son chagnon. .Serment antique, comme : par mon chef (Marot).
2003. Voût : voulut. — Quand etc. Quand il voulut partir de ce monde.
2004. Pas n’en ment : il ne ment pas. En : de parler ainsi.
2005 à 2010. Chassé de ses amours. D'ici à Roussillon. Rappel des événements contés au Petit Testament, v. 33 à 40, puis au grand, v. 89 à 102. — Chassé fut : il fut chassé, — Roussillon : fief des Bourbons en Dauphiné, où
eut-être il fut reçu par le duc son protectéur. — Broussillon : bronssaille. — Ce dit-il : dit-il. — Sans mentir : certainement. — Colillon : ici vêtement d'homme. — Brousse n’y « elc. Il n’y a brousse ni broussillon qui n’eût un lam beau de son cotillon.
2012. Il est ainsi : il en est ainsi. — Ainsi et tellement, même chose.
2013. Quand mourut : quand il mourut. — N'avail : il n'avait.
2014, 2015. Qui plus : de plus. — Malement : douloureusement. — L’époi-
gnaît etc. L'aiguillon d'amour l’époignait, le piquait à lui faire mal.
2016, 2017. Plus aigu etc. L’aiguillon d'amour lui faisait sentir quelque
chose de plus aigu que le ranguillon d’un baudrier. — Baudrier, deux syllabes,
C'est de quoi nous émerveillon, Quand de ce monde voût partir.
Prince, gent comme émerillon, 2020 Sachez qu’il fit au départir.
Un trait but de vin morillon,
Quand de ce monde voût partir.
2018. S'émerveiller : s'étonner; nous émerveillon : nous est régime, le sujet est omis. Nous nous émerveillions. L’s est supprimé pour la rime.
2020. Gent : noble. Emerillon : faucon, oiseau de chasse.
2021. Qu'il fit : ce qu'il fit. — Au départir : au départ.
2022. Un trait but : il but un trait. — Vin morillon. Badinage, sur lequel le poète a voulu finir son ouvrage.
Sous le nom de Codicille ont été rassemblées depuis l’origine cinq des pièces qui suivent, et qui se rapportent aux condamnations de Villon. Ce qu’on a découvert qui tient au même sujet, a naturellement pris place auprès. Ce sont en somme sept pièces, dont deux se rapportent à la prison, deux à la potence, deux à une absolution et à un appel, une enfin aux malheurs du poète en général. J'ai cru cet assemblage digne d’être conservé, pour les sujets pareils qu'ils traitent, quoique aucune unité de style et d'époque n’y soit gardée.
Si les Louanges à la cour ont été écrites par Villon dans son bon sens et non en état d'ivresse, on ne saurait assez les reculer dans le temps; tant le burlesque y est sans à propos, et la rhétorique écolière. Aussi n'est-il pas impossible qu’elle regarde non son second, mais son premier procès. Je l’ai donc mise en tête. C’est la pire des pièces du poëte, et à vrai dire la seule mauvaise dans tout son œuvre. La ballade au nom de Fortune est peut-être antérieure. Mieux composée, exempte de ridicule, elle tient aussi plus du lieu commun, tel que d’un écolier qui s’exerce. Ajoutez que le poète s’y dépeint comme n'ayant « aucune renommée », ce qui suppose ses commencements. Le reste n’a rien qui le distingue du style ordinaire de Villon. Il est sûr au moins que la ballade de l’Appel le montre à son plus haut point d’éloquence : cela me 1a fait croire des derniers temps.
Ces considérations sont cause que j'ai changé l'ordre reçu des pièces. J'ai pensé que le lecteur s’y reconnaîtrait mieux. J’ai misen tête ce que je crois de plus ancien, à la fin ce que j'ai cru de la fin de la vie du poète. Pour le reste j’ai rapproché comme on avait coutume, prison et prison, potence et potence. * 1 est impossible d’assurer quelle prison et quelle potence ce sont. Il y en a trop. Il se peut que l’Epître soit de la prison de Meung, à cause des traits dont il dépeint celle-ci dans le Grand Testament, et qui y ressemblent.
Pù m'a d'une petite miche Et de froide eau tout un été.
Qui tant d'eau froide m'a fait boire.
Gir en bas lieu, non pas en haut.
Le gibet du Quatrain n'a rien pour le reconnaitre. L’Epitaphe a pu être écrite n'importe quand, aussi bien que le Débat du cœur et du corps. Il n’y a pas besoin que le poète ait été actuellement en prison ou condamné à mort; il suffit pour l'inspiration, qu’il eût déjà passé par là. Le dédoublement qui paraît au Débat du cœur et du corps est comme csquissé dans ce passage du Grand Testament :
De pauvreté me guémentant Souventefois me dit le cœur...
Mais cela ne préjuge rien sur l'époque. Quant à la Ballade de l'appel, on ne risque guère de se tromper en la mettant lors de la dernière affaire du poète, après le Grand Testament et le retour à Paris.
Le Quatrain du gibet a été populaire. Rabelais le cite, de mémoire sans doute, en altérant les premiers vers :
Ne suis-je badaud de Paris, De Paris, dis-je, emprès Pontoise.
Fauchet le donne avec quatre vers de plus :
Je suis François, dont ce me pèse, Nommé Corbeuil en mon surnom, Natif d’Auvers auprès Pontoise,
Et du commun François Villon.
Or d’une corde d’une toise
Saura mon cou que mon cul pèse.
Se ne fût un joli appel,
Le jeu ne me semblait point bel.
Corbeuil est certainement estropié de Vaucorbier : surnom vou- Jant dire nom de famille. Auvers est corruption ou invention.
Dans le quatrain, Marcel Schwob veut que Francois soit Français, la nation du poète, parce qu’on avait gracié un Savoyard à la venue du duc de Savoie à Paris; en sorte que la qualité de Français pèserait à Villon, comme le vouant au gibet. Il s’agit de Robin Dogis, engagé dans la rixe de 1463, et qui fut gracié en effet. Mais qui dit qu’il fût Savoyard? Tout cela est trop tiré. François est le prénom, comme la glose l'entend.
Quant à l’époque, les deux derniers vers, en rattachant le
quatrain à la pièce de l’appel, le mêlent peut-être aux mêmes circonstances.