‹ Œuvres complètes de Villon publiées avec une introduction et des notesChapitre 172 sur 270 · Se j'eusse eu La pépie, qui m'eùt empêché de parler · texte numérisé non relu

Se j'eusse eu La pépie, qui m'eùt empêché de parler

224. Pièça : depuis quelque temps — Je fusse : subjonctif à sens de conditionnel, que nous n'employons plus qu'au passé : j'eusse élé, j'aurais été; je fusse, je serais. — Où est Clotaire, c'est-à-dire mort.

225. Aux champs : dehors, où était le gibet. — Epie : sentinelle. — Debout comme une épie : pendu. Même plaisanterie que plus haut v. 153, et Ballades

en jargon, v. 154.

La princesse louée dans cette pièce est Marie fille de Charles duc d'Orléans, qui fut la sœur aînée de Louis XII. Les uns veulent qu'elle ait été rimée pour sa naissance, qui fut le 19 décembre 1457; les autres pour l’entrée de la princesse dans la capitale de son père qui fut le 17 juillet 1460. On se croit obligé à l’une de ces deux dates parce que l’absolution y fut jointe pour le poète, d’une prison où il attendait la mort. Mais ni l’une ni l’autre ne convient. Il est certain que la naissance de la princesse, non son entrée, fut cause de délivrer le poète, car il dit :

Ci devant Dieu fais connaissance Que créature fusse morte N'était votre douce naissance.

D'autre part il est impossible de mettre la pièce à la naissance de la princesse, car il la dépeint déjà enfant, et paraissant plus que son âge. | | |

Port assuré, maintien rassis.

Et eussiez des ans trente-six, Enfance en rien ne vous démène.

11 semble donc qu'on n’en puisse sortir; mais cet embarras cesse quand on fait réflexion qu’il n’est pas nécessaire que la pièce ait été écrite aussitôt la grâce obtenue. Villon fut délivré en 1457, le 17 juillet ou peu après; il a pu ne payer sa dette que plus tard, en 1460 par exemple. Du reste il n’y a pas moyen d'imaginer autrement les choses. Dans cet arrangement des faits l’entrée de la princesse à Orléans ne joue aucun rôle, et la pièce n’en fait pas mention. .

Elle est en forme de litanies, où tous les lieux communs de l’éloge se suivent en couplets monotones. M. Longnon l’a jugée trop médiocre pour être certainement de Villon. Mais la signature ne laisse pas de doute; de plus elle ne contient rien qui rende

l'attribution impossible. 11 y a des beautés de diction, et en général tout ce qu'on pouvait attendre du poète dans un sujet fort insipide, abordé sans inspiration.

Selon le système suivi dans le Grand Testament, il n’a pas même manqué de régaler son lecteur d’une ballade insérée dans la pièce, dont le refrain est assez agréable, et quelques traits se font apprécier. à

Jam nova progenies cœlo demittitur glito.

O louée conception, I Envoyée çà-jus des cieux,

Du noble lis digne scion,

Don de Jésus très précieux, | Marie, nom trés gracieux, 5 Font de pitié, source de grâce,

La joie, confort de mes yeux,

Qui notre paix bâtit et brassé,

La paix (c’est assavoir) des riches,

Des pauvres le sustentement, . 10 Le rebours des télons et chiches, | Très nécessaire ehfantément,

LE DIT DE MARIE D'ORLÉANS. Le vers latin mis par l’auteur lui-même en épigraphe, est de Virgile dans sa IV* églogue. Le poète l’insère ci-dessous, v. 118, 120.

4: Conception digne de louange. Celle de la princesse, fille de Charles duc d'Orléans. Elle | fut épouse de Jean de Foix et mère du fameux capitaine Gaston de Foix. — Louée, trois syllabes.

2. Ca-jus : ici-bas. — Envoyée cic. : traduction de l’épigraphe. — Envoyée, quatre syllabes.

3. Scion : rejeton. — Lé noble lis : figure, pour la maison de France.

4, Don très précieux de Jésus.

5. Nom très gracieux : celui de la Sainte Vierge, auquel s’adresse le vers suivant, — Marie, trois syllabes.

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