I. 6. II
qu'ils confessent. En 813, le concile de Mayence exigea que la loi de Dieu fût annoncée en langue tudesque(l)} en même temps on dressa des formules d'exhortations et de prières, premiers monuments des littératures germaniques. Ainsi toute l'exactitude de la pensée théologique se conservait sous une expression barbare. L'orthodoxie faisait la force de l'enseignement chrétien. Ce n'était pas en vain que cette doctrine solide, dont tous les articles avaient passé par les controverses et par les décisions des conciles, s'établissait dans des esprits bercés par les fables. Elle les arrachait du vague où ils s'étaient complu; elle leur proposait des dogmes, c'est-à-dire des principes immuables; elle leur apprenait d*abord à se fixer, ce qui est le premier effort de l'étude. Elle les obligeait de discerner chaque^^ point, de ne rien confondre, de pratiquer tous les procédés d'une saine logique. Enfin elle les décidait ^i croire, à prendre ces habitudes de conviction et de fer^ — meté qui font la puissance de l'entendement humaines. - Ainsi la prédication, en définissant tout, en distinz^ — guant tout, en prouvant toujours, rétablissait Tord^Mf^ dans les intelligences.
Elle y ramenait aussi la lumière. L'idée de Dieu Kr-*^3montait à sa place, et l'invisible était conçu. Aux irm. -^^ thés sanguinaires du paganisme, se substituait le r»^:^it d'une incarnation, où la Divinité ne se manifestait nj^ ^^ par la sagesse et par l'amour. Ce grand événement ^x-
(1) Schannati, Cotwilia Germanimy I ; BinteHin, Concilient 2.
pliquait toutes les destinées du genre humain, qui se déployaient depuis la chute originelle jusqu'à la fin des temps, débordant de toute part les traditions des Germains, et ouvrant à leurs yeux cinquante siècles d'histoire. Enfin la création tout entière se dépouillait des prestiges effrayants que la superstition lui avait prêtés. Ce monde qui avait commencé, qui devait périr, ne paraissait plus qu'une chose finie, et par conséquent pénétrablé à la curiosité de F esprit. Dans les douze articles du symbole chrétien il y avait assez de lumière pour éclairer les obscuritéis de l'humanité et de la natiire, pour illuminer d'un seul trait l'ignorance de l'homme en lui faisant voir combien il avait ignoré. C^est pourquoi la prédication des premiers temps se ï^enfermait dans les termes de cette profession de foi, q^Je toutes les mémoires pouvaient retenir. Voici com- '^ent s'exprime une homélie du huitième siècle : j'aime ^ Recueillir le peu qui reste de ces orateurs sans gloire, ^otxi la parole créait des peuples. c< Écoutez, mes en- ^^ fants, la règle de foi que vous devez garder dans ^^ Votre cœur, vous qui avez reçu le titre de chrétiens ; ^^ oar c'est le symbole de votre christianisme, inspiré ^^ ^e Dieu, institué par les apôtres. Les paroles en sont ^^ peu nombreuses, mais de grands mystères y sont ^^ ^olntenus. Le Saint-Esprit les a dictées aux saints ^^ apôtres, maîtres de l'Église, avec cette brièveté, afin ^^ ^ue ce qui doit être connu de tous et professé tou- ^^ jours pût être compris et retenu de mémoire... Gom- ^^ ment se dirait-il chrétien^ celui qui ne veut ni ap-
« prendre ni retenir le peu d'articles de cette foi qui « doit le sauver, et de la prière que le Seigneur institua? « II faut donc savoir, mes enfants, que chacun de vous, « jusqu'à ce qu'il ait enseigné et fait comprendre « cette foi au filleul qu'il a levé des fonts du baptême, « reste engagé par sa parole de caution. Et celui qui « aura négligé de l'enseigner en rendra compte au « jugement de Dieu (1). » Ne méprisons pas ces moines qui enseignent le Credo aux barbares assis à leurs pieds. Toute la métaphysique chrétienne est déjà dans ce peu de mots ; et les doctrines du moyen âge sauront^ bien l'en faire sortir.
11 ne suffisait pas d'éclairer les intelligences, il le^ fallait exercer ; il fallait les tirer de l'oisiveté qu'elle ^ aimaient pour les soumettre à un régime actif et lalx^ rieux : la prédication y pourvoyait encore. On se raj^» pelle les conseils de l'évéque Daniel, et ces questioir^t dont il veut qu'on presse les païens : « Si le mond& • eu un commencement? et, s'il a commencé, qui 1. ^. créé? S'il fut toujours, qui donc le gouvernait avant !• naissance des dieux? S'il faut servir les dieux pour u:b3. félicité présente et temporelle, ou pour un bonhe^-^ éternel et futur? » Ces interrogations ne laissaient p^ de relâche aux esprits ; elles les poussaient au doui *comme à une révolution morale, d'où ils sortaient 1^
(1) Exhortatio ad plebem christianam , on langue tude^que, i*J Wackernagel, Altdeittsches Lesebuchy p. 51 : « flloset, ir chindo liiij>^^^ lun, rihtida thera galaupa the ir in berzin kahuctlicho hapcn sculut, ir ^%^ f hnstanim naraun intfangaii eigut, tbaz ist cbundida juverera christanh^*^^ fona démo trubtine innan gaplaisan, fona sin selpes jungii'on kasezzit, et^^^
bres. Il ne faut pas croire qu'on ne les aiîranchît de la servitude païenne que pour les remettre sous un autre joug. Nous avons quinze homélies de saint Boniface à ses disciples ; il n'en est pas une oà le maître ne respecte cette liberté naturelle de la raison, qui ne se rend qu'à la vérité reconnue (1), Le dogme enseigné s'interprète et se développe, ses conséquences ne s'arrêtent plus : elles mèneront les esprits plus loin qu'ils ne croient. Qn a reproché au christianisme d'être allé chercher des peuples paisibles qui ne songeaient à rien, et d'avoir tourmenté les hommes. Le reproche est vrai, xiaais il est glorieux. Une fois établi dans les intelli- S'^nces, le christianisme ne soutTrait plus qu'elles s'en- ^ormissent. Il les occupait de lui d'abord, puis de touti^s choses; comme la lumière, lorsqu'elle est quelque I^art, ne se fait pas voir seulement, mais aussi tout ce ^^u'elle enveloppe. Il ramenait sans cesse les hommes ^^n présence de Dieu et d'eux-mêmes ; il les entretenait ^■^e questions redoutables, et qui veulent qu'on y songe "■toujours, de la vie, de la mort, de l'éternité. Il formait ^ es ignorants à la réflexion, à la méditation, à ces dif- ^•jciles exercices auxquels la philosophie antique n'a- ^Xrait appelé qu'un petit nombre de sages. Ce furent ces tuiles fatigues qui finirent par dompter les paresseux instincts des barbares. La nation germanique y prit le ttenapérament laborieux qu'elle a gardé; et, la passion <lu travail s'emparant de cette race forte, il ne faudra
(1) Opéra s, Bonifaciit t. II.
pas s'étonner d'en voir naître un jour Albert le Grande Érasme et Leibnitz.
« Il semble que ce fût beaucoup d'avoir formé les in- P" telligences : c'était beaucoup plus de réformer les volontés. L'Église y parvint par ses institutions pénitentiaires.
Toutes les législations punissent; mais, dans les lois profanes, la peine n'est établie que pour réprimer. Dans les législations religieuses, il faut que le châtiment expie. Chez les vieux peuples du paganisme, le isupplice du criminel est une immolation qui apaise les dieux et qui purifie la cité (1). Mais la loi chrétienne aj horreur du sang ; elle cherche à réparer l'homme, au lieu de le détruire. L'idée de la peine est donc pousséa^ ^ plus loin. Il ne suffît plus qu'elle réprime, ce n'est par jams assez qu'elle expie : il faut qu'elle corrige. Et, à caus .m=u^ du souverain respect que le christianisme professe poiBcur le libre arbitre, il faut encore que tout se passe sairzans contrainte, et que le châtiment soit consenti. Yoilà I^mi^s conditions du problème : comment l'avait-on résolu?
Le premier point était de trouver, au lieu de la fora^ee pubhque, qui réprime, par des moyens violents, x^imu pouvoir qui siégeât dans le for intérieur, et qui n'agpit que par les voies morales. Les fugitives terreurs du r^^mords pouvaient quelquefois troubler le repos du pafe ^fi; mais, n'étant pas soutenues par une ferme connaissan.^^
(1) Ainsi dans la loi des Frisons, additio sapienlium, til. 42 : t Q fanum effrogcrit, iminolatur diis quonim templa violavit. j» Cf. GrirrM-^ Deutsche mythologie, p. 39.
du bien étdu mal^ elles avaient peu de prise sur la volonté criminelle. Il s'agissait d'y substituer un sentiment plus durable, derrière lequel il y eût une idée précise, impérieuse, et qui'ne se laissât pas impunément désobéir. Le sentiment que le christianisme introduisit fut la crainte de Dieu. Ainsi se trouvait constitué, pour ainsi dire, un pouvoir capable de faire la police de l'ftnie, de saisir la volonté, non plus seulement dans l'acte du crime, mais dans Tintention même, et de l'arrêter par cette première répression qu'on appelle le repenrtin Mais la police des âmes devait avoir son tribu- 1^1 ; et comme il y fallait un juge impassible et désintéressé, le juge fut le prêtre. Le repentir lui amenait l'âme coupable; elle expiait, elle s'immolait par l'aveu de ses fautes. Alors elle entrait sous une discipline réparatrice, où elle retrouvait ses forces dans les épreuves et dans les luttes. Par l'abstinence, par l'aumône, par l'humiliation, elle s'affranchissait de ces trois concupiscences : la volupté, l'avarice et l'orgueil. Ainsi la pénitence chrétienne, où Ton ne voit d'abord qu'une école d'obéissance , devenait l'apprentissage de la lil)erté; et tout y conspirait à rendre à l'homme l'empire de lui-même en favorisant son retour volontaire à l'ordre divin, d'où il était volontairement sorti (1).
Telles étaient les mesures de TÉglise pour la réforme de la volonté déchue. Il faut voir quel usage elle en fit
(1) Voyez les pénitentiels de saint Colomban, celui de saint Bonifaco (apud Binterim, Denkwûrdigkeiten, m, 429), et celui de Reginon (Ordo ^ dandain pcmitentiam)^ et les formules de confession publiées par Noth, Denkmseler der deutschen Sprache, p. 33 et 55.
MS CHAPITRE Vif.
dans ce grand travail de la conversion des barbares. On la trouve d'abord occupée de réveiller en eux cette crainte religieuse qui fait la force de la conscience; elle les y rappelait par les cantiques en langue vulgaire qu'on faisait répéter aux néophytes, et dont nous avons conservé de rares fragments : « Seigneur, mes pensées c< ne peuvent échapper à tes pensées ; tu connais tous c< les chemins par où je voudrais ftiir. — Si je vais aui tt cieux, tu y résides ; si je descends aux enfers, je t'y « trouve présent. — Si je m'enfonce dans les ténèbre^, « tu m'y découvres : je sais que ta nuit peut devenir « aussi brillante que notre jour. — Dès le matin, j^ « prends mes ailes : je vole aux extrémités de la mer..^^ « D n'est pas de lieu où ta main ne m'atteigne (1). >^ Quand le guerrier germain, au sortir du meurtre ou d^^ l'orgie, cheminant à travers les bois où il se croyaL -«
(1) Fragment imité du 138' psaume, texte du neuvième siècle, dans Fundgruben de floffmann :
Wellet ir gihoren Daviden den guoton, Den sinen touginon sin?
Ergruostesinen trohtin...
Ne megih in gidanchun Fore dir givanchon I Du ircbennist allô stiga Se varot so ih ginigo...
Farihufzebimile, Dar pistu mit herie.
Ist ze ello min fiirt, Dar pistu geginvart. . .
Ne megih in nohheim lant Nupe mib hapet tin hant. .
Je trouve aussi daus Hoffmann une traduction rimée de la parabole la Samaritaine, et dans Wackernagel {DeuUches Lesebuch) un chant s le jugement dernier.
seul, entendait dans le lointain ces paroles chantées par quelque pieux voyageur, croyez-vous qu'il pût s'empêcher de frémir, et résister toujours à l'image de cette main divine étendue sur sa tête, jusqu'à ce qu'elle le jetât repentant aux pieds du prêtre qui l'attendait? Tout était prévu pour le recevoir. Les formules de confession, rédigées en langue tudesque et en latin, régl^laient la procédure de l'accusation volontaire. Voici I^ interrogatoire dressé par un canoniste du neuvième siècle. C'est le prêtre qui parle. c< Mon frère, ne rougis c< point de confesser tes péchés; car moi aussi je suis c< pécheur, et j'ai fait peut-être plus de mal que toi... ^< Avouons donc librement ce que librement nous avons ^^ commis. Peut-être, mon bien-aimé, tous tes actes ne ^ reviennent pas aussitôt dans ta mémoire ; je t'inter- ^^ rogerai donc. As-tu fait homicide par hasard ou par ^^ Volonté, ou pour venger tes parents, ou pour obéir à ^^ ton maître? — As-tu fait quelque blessure, coupé les ^^ ïiaains ou les pieds, ou arraché les yeux d'un homme? ^^ ^— As-tu fait quelque parjure, ou induit les autres à ^^ ^c parjurer? — As-tu fait quelque vol avec sacrilège, ^^ effraction ou violence ? — As-tu fait adultère avec la ^^^ ïîemme ou la fiancée d' autrui? — As-tu déshonoré ^^ Vine vierge? — As-tu violé et pillé un tombeau? — ^^ As-tu diffamé quelque homme auprès de son seigneur? ^^ - — As-tu consulté les magiciens, les aruspices, les ^^ enchanteurs? — As-tu fait des vœux aux arbres et ^'^ aux fontaines ? — As- tu enlevé un homme libre pour ^^ le faire esclave î — As-tu brûlé la maison ou la grange
gé W)ti ei
jaietts
obaeï
,^,..^^'^^ZAe.^^^^''t^X^-'^^^
»8ttV^
des
de des
ôetg®'
.;^^V^^!^.^^-^V-->.ac.Jlt^^^^^
t^^^«^''Îde\aî«^^^
■ièàe
Yes — -'
Gef»'
aoie
el
îàclae^
■ttset»'
eti^'
aoïûï*
,va\^
attaite.
tieWeS'
sot.
A'ttÛ ^* ^t
,Yévé«
se
%TsaitV*«^';.,dat.t
J^ Ae V'^^:i;e\\e \«* .^t:; séç^vé çe«"
,ûc.a\>\e*''^;^ettttneï
r^--\. ^. t)én^«*^- ri.dea<^^'T'::-.;el\e
deYaV'^
it»etce
,ieàs*^*'
qaar sao*"
litige»
satiS'