‹ Œuvres complètes der A.F Ozanam (volume 3)Chapitre 21 sur 24 · CONCLUSION · texte numérisé non relu

CONCLUSION

Nous avons jeté sur la doctrine saint-simonienne un coupd'œil scrutateur. Elle se prés

RÉFLEXIONS SUR LA DOCTRINE DE SAINT-SIMON. i03

à nos regards comme fondée sur le principe de la perfectibililé humaine, comme appuyée sur un système historique que les faits vériflent, comme appelée par les besoins de l'humanité : elle s'annonçait vraie dans ses dogmes, neuve et révélée dans son origine, fertile et bienfaisante dans ses résultats. Et l'histoire la dément, la conscience de l'humanité la réprouve, le sens commun repousse ses dogmes, sa révélation est une fable, sa nouveauté est une déception ; son application enfin, qui tendrait à détruire toute science et toute morale, serait désastreuse, si elle n'était impossible; et, contradictoire avec son principe, elle ferait reculer le genre humain bien loin en arrière du point où il se trouve aujourd'hui.

D'un autre côté, nous apparaissait le Christianisme qui se proclame catholique, universel, et qui doit, comme tel, embrasser tous les temps, tous les lieux, tous les besoins de la nature humaine. Et, en effet, il s'est déployé à nos yeux comme le cadre immense dans lequel l'humanité va se développant et se perfectionnant sans cesse. Dès les premiers âges du monde, il se présente sous la iormc de la révélation primitive, dénaturée bientôt par la faiblesse et les passions, rappelée par la mission de Moïse, consommée enfin par l'avènement, la vie et la mort de Jésus-Christ,

el confiée à la garde de l'Église pour subàsler jusqu'à la On des siècles.

Nous l'avons vu, d'accord avec les plus saines doclrinesde la philosophie, prévoir tous les besoins (le l'humanité pour les satisfaire. I! ne prétend pas, lui, imposera l'intelligence une métaphysique qui soulève le sens commun : ses dogmes touchants el sublimes nourrissent l'esprit et remplissent le cœur d'onction et d'amour. Il n'a pas l'ambitioD, lui, d'envahir le globe, pour en soumettre tous les habitants à une chimérique uniformité ; son royaume n'est pas de ce monde, de ce monde matériel où tout change, théâtre de perpétuelles vicissitudes : c'est dans le sanctuaire de l'ànie, c'est sur ta raison et le sentiment qu'il veut fonder son empire ; car les grands principes de la vérité et de la justice ne changent jamais. Il n'ordonne pas à l'homme, lui, de s'assujettir tout entier à la voix d'un de ses semblables; il connaît trop bien la noble indépendance de notre nature. An-dessus des rois qui jugent les peuples, il montre le Très- Haut qui juge les rois; il apprend à l'innocent condamné à appeler de la justice humaine à h justice divine : au-dessus de l'Église qui enseigne, il découvre l'esprit de Dieu qui est avec elle, et qui lui communique son infaillibilité; ce n'est pas .iux lumières individuelles du souverain Pontifi'

que le catholique soumet sa foi, c'est à celui qui parle par sa bouche.

Vainement avait-on accusé la religion de l'Évangile de jeter le mépris sur les sciences, les arts et l'industrie : nous l'avons vue environner d'encouragements protecteurs tout ce qui est vrai, beau et utile. Son application nous a semblé une glorieuse vérification de sa doctrine, et nous avons aperçu dans l'avenir lès grandes destinées qui lui sont réservées.

Après cela, sans doute, il est facile à des hommes pleins de talents de construire un mannequin sans vie, de le revêtir de ridicules, et de lui donner le nom de christianisme, pour aller ensuite contre lui rompre la lance et croiser Tépée. Il leur est facile encore de recueillir les lambeaux do toutes les philosophies antiques, d'en faire une sorte de fantôme de religion, et de le présenter au peuple, revêtu de tout l'éclat de leur éloquence. Le peuple ira par curiosité à ces spectacles nouveaux, mais il reviendra en secouant la tête ; sa raison éclairée ne sera poiftt dupe, et déjà le bon sens public a fait justice (1).

(1) Voici les paroles sévères adressées par un disciple de Saint- Simon aux religionnaires prétendus saint-simoniens : « Cette pré- < tention (de, révélateurs) n'est justifiable par aucune parole, par 41 aucun acte de la vie de Saint-Simon, par aucun mot de ses fl écrits. En morale, la règle de ses paroles, de ses actes, de ses

HÉLAN6ES.

Ce n'était donc point seulement pour combâûn ^ le système de Sainl-Simon qu'il fallait saisir ii

I âcrile, a éli le christinaisme. \i a reconnu l'orthodoxie àee qmn

■ |ir«mier« siècles de r£glise, cl s'est déclaré par le fait mérit ( de ci-'llii Ëglisc orlfandoiie. Votre hiérarchie est un plagiat et lôtf

■ dogme un tyncrili$me. Voua veniez de lira l'histoire de l'S^ I Dl touB iTei superposé votre étoffe k la forme chrétienne M ( diïcoupor sur ce pairon, snuf ï ; glisser par-ci par-là qiidnt

< caprices de votre ciseau. • '.

Mus loin, l'auteur ajoute : • Le panthéisme des saint-smoiûta

i est gros de Iroia conséquences ; du système des castes hérfJi-

■ tairea, de l'idoldlrieet deTiiatlirapophagie.

• Eu effet, on ne meurt pas, diaent-ils, l'amour et la Tie pusem ( ï l'inslaul dans un autre corps, et vont ainsi de migraljonja

■ migrations toujours grandissant, toujours progressant... ï«ll 1 par quelle formule ils remplacent i'i mm or la li té de rime; m

* elle est sntilogique bu principe du panthéisme, si eUe n'idiul

* pis iiue la migration du mode spirituel est accompagnée àtit

* migration simultanée du mode matériel. Or nous ne connuMÎ " qu'un seul moicn pour eupliquer comment celle misiaiioni 1 limi en mi'uic leni]is. f'ttl de dire ijue la transrni fusion des a^

■ cités a lieu par voie de génération ; et ce principe est un de «•< << sur lesquels est fondée l'institution des castes héréditaires. V» 1 pëce humaine a passé par là.

« Voyons maintenant comme l'anthropophagie est une oora-

< quence du panthéisme... Ce n'est que t'absorptioa d'un honw

* par un autre. Or, s'il est déioré par quelqu'un ({ui luj goit supé- « rieur, c'est une migration favorable au tout; car c'est un perfw- ( tionnement. Il ne faut pas croire que nos adversaires soient, sws ( y penser sans doute, bien loin de cette conséquence. Car Ils ei'

* pliquenl déjà l'autorisation de manger la chair des animaui, en « affirmant que les dévorer, c'est leur faire faire un progrès, l'bii- R monité a cni:ore passé par là.

« Voyons l'idoUtrie: Dieu, disent-ils, est l'infini manifesté fu

■ le fini. Avec celle formule, mettons des artistes à l'œuvre, ft

* peindront Dieu sous loules les formes finies qu'ils pourront Irou-

< vei', et ils feront ces Statues belles, bizarres, sales, pudiques, on " ces assemblages grotesques que le panthéisme leur a permis dans

* d'autres époque.''; et la preuve, c'est que nos adversaires sonl » descendus i des formules déjà admises dans d'autres temps, ei

plume : il fallait s'emparer d'une occasion si favorable pour ramener les esprits sur des réflexions profondes, trop longtemps négligées; il fallait prendre acte de ce retour vers les éludes graves, vers les pensées généreuses, qui se manifeste aujourd'hui ; il fallait signaler enfin la confession authentique de la beauté et des bienfaits du Christianisme dans la bouche de ses adversaires.

Trop longtemps de désolantes maximes d'égoïsme et d'indifférence ont pesé sur notre belle patrie. La critique, au lieu d'aboutir à une consciencieuse investigation de la vérité, n'avait eu d'autre résultat que le découragement de l'esprit et la corruption des mœurs. Mais il y a dans le ca ractère fran(;ais trop de noblesse et d'énergie pour laisser place à une complète désorganisation morale. Déjà les sciences ont rougi de leur propre dégradation : la philosophie a cessé d'être athée ; de nombreux efforts ont été faits pour atteindre à des doctrines plus élevées, et déjà le succès les couronne. Oui, elle refleurira, la vieille terre de France,

. elle se parera encore de cette antique pureté de mœurs qu'on avait crue perdue pour jamais; elle

k se parera de la sagesse de ses institutions et de la

m « représentées dans les temples, ï celle-ci, par exemple, que la ■ u danse est le p)ug religieux des arU. » {Lellre d'un diicipU de ta tt science nouvelle aux rdigionnairet prétendu» minf-Hiitoninu de d /""Organisateur et du (ïlobe, par P. C. H x.) '

triple gloire des sciences, des arts, de l'industrie. Cette œuvre est à voua, jeunes gens. Vous avez éprouvé tout le vide des jouissances physiques; un besoin immense s'est fait sentir dans vos âmes; vous avez connu que l'homme ne vit pas seulemetii de pain, vous avez eu fnim et soif 6e la vérild et de la justice, et vous avez cherché cet aliment dans tes écoles philosophiques, vous avez couru aux leçons des modernes apôtres, et rien de tout cela n'a rempli vos cœurs. Voici que la religion de vos pères vient s'offrir à vous, les mains pleines. Nedétournez pas vos regards ; car elle aussi est généreuse et jeune comme vous. Elle ne vieillit point aveci* monde: toujours nouvelle, tille vole au-devant des progrès du genre humain ; elle se met à sa télé pour le conduire à la perfection.

Et vous, fidèles amis de la foi, qui pleuria comme Jérémiesur les ruines de Jérusalem, essujei vos larmes et ne vous affligez plus. Vous avez entendu gronder l'orage, et vous embrassiez en tremblant les colonnes du temple; mais voici la tempête qui Gnit. Si la terre tremble encore sous vos pieds, ce sont les dernières secousses qui se foui sentir : déjà dans le lointain se lève l'aurore des beaux jours, et la religion, appuyée désormais, non plus sur un sceptre fragile, ni sur des trônes crouianlSf mais sur les bras puissants de la science el

des arts, va s'avancer comme une reine vers les siècles futurs.

Ainsi se développaient à mes yeux ces grandes vérités ; des pensées pleines de consolations et d'espérances s'offraient à moi, et je me sentais pressé de dire ce que mon âme éprouvait. Je sais que mon langage est bien faible, et mon esprit bien débile encore : ce n'est pas d'un jeune homme de dix-huit ans qu'on a droit d'attendre une œuvre parfaite. Si donc j'ai failli, si bien des méprises m'ont échappé, attribuez-le, lecteurs, non pas à ma cause, mais à ma jeunesse et à mon impuissance;... et, si je vous parais avoir dignement soutenu la lutte, sachez donc ce que pourraient les catholiques euxmêmes, quand leurs enfants ne craignent pas d'entrer en lice.

p. S. Le genne de ces Réflexions avait été déposé dans le Pré^ curseur, numéros il et 14, lors du séjour des prédicateurs saintsimoniens à Lyon : ces messieurs avaient promis de répondre ; la même promesse avait été faite sur le Globe, 18 mai; mais d'excellents motifs sans doute ont empêché de la tenir, car plus n'en a été question. Pour moi, il m'a semblé que mes premières idées, en recevant le développement convenable, pourraient être de quelque utilité; et c'est ce qui m'a déterminé à publier cet opuscule. Trop heureux si ces lignes pouvaient ramener le calme dans quelque âme agitée par le doute, ou rallumer le feu sacré de la religion et de la science dans quelqu'un de ces cœurs que le souffle de TindiiTérence a glacés.

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