DE LA PREMIÈRE ÉDITION
Le livre qu'on offre aujourd'hui au public a été fait originairement pour la Revue européenne, où il a été inséré en plusieurs fois. Quelques amis de M. Ozanam ont jugé que ce travail pouvait prétendre à une publicité plus étendue que celle du recueil, alors prêt à s'éteindre, où il avait paru par fragments, et l'un d'eux croit devoir prendre la plume pour recommander aux lecteurs chrétiens ce début d'un très-jeune auteur qui n'ose se présenter à eux que sous la responsabilité d'autrui.
Il nous a semblé que l'idée première de cette double étude historique sur François Bacon et saint Thomas de Cantorbéry était neuve, ingénieuse et singulièrement féconde. Le biographe des hommes illustres de l'antiquité grecque et romaine,
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Plutarquc, a présenta deux à deux ceux de ses héros qui s'élaienl trouvés daas des circonstances â peu près semblables, et il a fail suivre leur liisloirc de parallèles où il a fait briller tout son esprit et toute sa rhétorique; mais ces parallèles ne sont giièrc que des exercices liltéraires, bons pour amuser les écoles, et dont il y a peu d'instruction réelle k tirer, parce que les ressemblances et les différences entre ces bommes célèbres sont fortuites, établies arbitrairement, et ne se rattachant h rien de bien sérieux. Il en est tout autrement ici, où il s'agit de mettre en rcf,'ard le philosophe el le saint, le grand homme selon le monde et le grand homme selon l'Église; de comparer, el, par conséquent, de juger deux ordres d'idées entièrement différents entre lesquels le choix est trèsimportant. Qui ne voit toute la portée de cette méthode appliquée à l'histoire moderne? Qui ne conçoit la haute moralité qui en résulte? Évidemment rien n'est plus intéressant el plus instructif que de comparer, par exemple, Charlemagne et Napoléon, saint Louis et Frédéric le Grand, Bossuet et Voltaire, Fénelon et J.-J. Rousseau, en étudiant moins ce que ces hommes ont pu avoir de commun par leur génie et l'influence qu'ils ont exercée sur leur époque que les principes qui ont dominé leur vie, les doctrines qui ont été le rao-
bile de leur conduite, et par suite les sociétés sur lesquelles ils ont agi .
Le travail de M. Ozanam est, si nous ne nous trompons, une heureuse tentative de ce genre, et il donne l'idée de tout ce qui pourrait être fait dans cette voie. Il ne nous appartient pas d'en louer l'exécution, parce que nous ne venons pas faire ici ce qu'on appelle de la camaraderie; mais nous avons le droit de dire qu'on y trouvera des études consciencieuses, une instruction puisée aux sources et un sentiment chrétien profond et sincère. C'en est assez, croyons-nous, pour assurer toutes les sympathies du public de choix auquel nous nous adressons à un jeune écrivain qui veut se dévouer à la grave et laborieuse carrière de défenseur de la vérité et engage au service de la cause catholique tout ce qu'il a d'âme et de talent.