‹ Œuvres complètes der A.F Ozanam (volume 4)Chapitre 7 sur 26 · V :.in .1} ÏUinv lontes les formes, c'est toi qui le · texte numérisé non relu

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JAGOPONE DE TODI. 189

« mal, OU vice, ou tentation, je me transforme et « j'entre en lui : je me pénètre de sa douleur. « Amour san& mesure, quelle âme chétive tu as « entrepris d*aimer! — 0 Christ mort! mets la « main sur moi, tire-moi de la mer au rivage. Ici t tu me fais languir à la vue de tes plaies. Ah! «c pourquoi les as-tu souffertes? Tu l'as voulu pour € me sauver (1). »

Vers la fin de 1506, Jacopone, chargé d'années, tout brisé des étreintes de l'amour divin, tomba malade et reconnut les approches de la mort. Ses compagnons le pressaient de demander les sacrements de l'Église ; mais il déclara qu'il attendrait frère Jean de TAlvernia, dont il était tendrement aimé, et des mains de qui il voulait recevoir le trèssaint corps de Jésus-Christ. A ces mots, les religieux commencèrent à s'affliger, car il n*y avait nul espoir que frère Jean pût être averti en temps utile... Mais le mourant, comme s'il ne les entendait point, se soulevant sur sa couche, entonna le cantique Anima benedetta. Il avait à peine achevé ce chant, quand les frères virent venir dans la campagne deux des leurs, dont l'un était Jean de l'Alvemia. Un pressentiment impérieux l'amenait

(i) Jacopone, Poen$ spiritualif lib. YI, xi :

0 amor, divinoamorc, Perche m' hai assedûlo?'

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au lil de mort de son yieil ami : il lui domia d'abord le baiser de paii, et ensuite les saints mystères. Alors Jacopone, ravi de joie, chanla le cantique Jesu^ nostra fidanza; après quoi il exhorta les fi-ères à bien vivre, leva les mains au ciel, et rendit le dei'nier soupir. C'était la nuit de Noël, au moment où le prêtre, commençant la messe dans l'église voisine, entonnait le Gloria in exceUiê.

Le souvenir des dissensions religieuses s'était etîacé. Il ne restait de Jacopone que la tradition de sa i)énitence, l'exemple de l'amour de Dieu pousse par lui jusqu'au dernier effort de la nature, et enfin ses cantiques populaires, répandus comme une rosée du ciel sur les montagnes de l'Ombrie. Les ignorants et les pauvres aimèrent ce saint honune cjui avait chanté pour eux, et ils se pressèrent à son tombeau. Jacopone reçut un culte public, et fut mis au nombre des Bienheureux* Il est vrai qu'on no trouve ni les actes ni la date de sa béatification dans hîs Annales de r ordre de Saint-François. Mais on voit, en 1596, l'évêque AngeloCesi élever, dans réglisiî (le Saint-Forlunat de Todi, un monument où il recueillit les restes du saint pénitent : il y lil f^ravtîr cMv inscription : « Ce sont les os du « Himlieuroux Jacopone de' Benedetti, de Todi, « Vyrru Minrur, qui, s'éUul \\iv\d\x vwàeïisé cour

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« Tamour du Christ par un artifice nouveau, « trompa le monde et ravit le ciel (1). »

Souvent l'esprit de schisme a cherché sa justification dans la conduite des saints qui poursuivirent d'une parole sévère les désordres du clergé, ou que le malheur des temps mit en lutte avec les princes de l'Église. Ceux qui remuent . toute l'histoire pour trouver des ennemis à la Papauté n'ont eu garde d'oublier Jacopone. Toutefois ce qu'ils voulaient tourner à la confusion du Catholicisme fait précisément sa gloire. Bome ne craignit pas de souffrir à ses portes, dans une ville du domaine pontifical, le culte public rendu à cet homme juste, mais trompé. Elle avait puni d'une peine temporelle l'erreur d'un moment; elle permit qu'on récompensât d'honneurs sans fin une vie de vertus. L'Église, en pardonnant les violences de Jacopone, montra une fois de plus qu'elle a sondé jusqu'au fond le cœur humain, et qu'elle en a compris les contradictions ; car il y a dans le cœur de l'homme un amour sévère, jaloux, incapable de rien souffrir d'imparfait chez ce qu'il aime. Son langage est dur, et les étrangers le prennent sou-

(1) Wadding Annal., tom. VI, ann. 1506. — Voici le texte latin de Tépitaphe : « Otsa 6. Jacoponi de Benedictis, Tudertini, Fr. Ordinis Minorum, qui stultiis propter Christvim tvo^îi mxm^vxwv^sVi. ^^lusit et cœlum rapuiL » ,

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vent pour le langage de la haine; mais ceux de la famille savent ce qui se cache de tendresse sous ces emportements.

Nous connaissons maintenant le poète : il est temps d'ouvrir son livre, et de chercher, sous la poussière de ces pages trop négligées, quelquesunes des plus belles inspirations du mysticisme catholique.

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