CHAPITRE V
LES FOisnS DE iAGOPOME.
II reste à considérer comment, dans l'âme d'un saint, s'éveilla tout à coup le génie d'un poète. C'est une nouveauté en faveur aujourd'hui , de retourner aux sources du paganisme pour y chercher l'inspiration poétique. Cependant, nous allons voir ce que pouvait l'Évangile pour féconder les imaginations; non pas l'Évangile affadi par les inventions des rhéteurs, et plié aux caprices de l'épopée profane, mais l'Évangile avec toute l'autorité de ses commandements et toute la terreur de ses mystères.
Au moment où Jacopone abandonnait la fortune, ' les applaudissements, les agitations de la place publique, il semble qu'il renonçait à tout ce qui entretient la vie de l'intelligence. Ses amis purent déplorer qu'un si bel esprit allât s'étouffer daw^V^ silence du cloître; mais ses amis se tromi^ake^xA.^ e\.
cet homme qui se dépouillait ne faisait que se délivi*er. La poésie est dans Tâme du poète comme la statue dans le marbre; elle y est captive, et il faut qu'elle en sorte. De même que le ciseau fait voler en éclats les couches de pierre, sous lesquelles se dérobait la forme conçue par le sculpteur, ainsi la pénitence, en frappant à coups redoublés sur Jacopone, emportait Tune après Tautre les enveloppes de la sensualité, de la vanité, de Tintérèl, qui retenaient l'inspiration prisonnière. Pour s'être dégagé du commerce du monde, il ne s'en trouvait que plus près de la nature; il n'aimait que d'un amour plus désintéressé, plus clairvoyant, la beauté idéale, présente, quoique voilée, dans tous les ouvrages de la création. Au plus fort de ses ravissements et quand Dieu seul semblait le posséder, il s'écriait : « Je veux aller à l'aventure; je veux < visiter les vallées, les montagnes et les plaines; je « veux voir si ma bonne étoile m'y fera rencontrer « mon amour si doux. — Tout ce que l'univers « contient me presse d'aimer. Bêtes des champs, « oiseaux, poissons des mers, tout ce qui plane dans « l'air, toutes les créatures chantent devant mon « amour (I). » Quand une âme entend ce chant des créai mes, elle ne tarde pas à le répéter; le
(1) Jaco|H)nc, Poésie spirititaliy lih. VI, xxxiv.
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rhythme naît de lui-même sur les lèvres émues. D'ailleurs, Jacopone, entrant dans le cloître, le trouvait déjà tout retentissant des cantiques de saint Bonaventure et de saint François : je ne m'étonne donc plus qu'il les ait continués, surpassés, et que ce converti, abîmé dans les prières et dans les jeûnes, y ait trouvé des vers immortels.
Il avait à choisir entre les exemples de ses deux maîtres, entre les chants italiens de saint François et les séquences latines de saint Bonaventure. La séquence, en vers syllabiques rimes, plaisait aux oreilles du peuple par une cadence plus saisissable que la prosodie savante des anciens. Introduite dans rÉglise dès le temps de saint Augustin, cultivée dans les écoles du moyen âge, elle venait d'atteindre au treizième siècle le plus beau moment de sa floraison. Saint Thomas avait écrit ses admirables proses pour la fcte du Saint-Sacrement, et le Dies irx^ qu'on attribuait au pape Innocent III, faisait gronder ses strophes menaçantes sous les voûtes des églises. Jacopone y fit gémir la Vierge désolée, et composa le Stabat Mater dolorom. La lithurgie catholique n'a rien de plus touchant que cette complainte si triste, dont les strophes monotones tombent comme des larmes ; si douce qu'on y reconnaît bien une douleur toute divine et conso-
lêt' |Kir les an<!es: si simple enûn dans son latin (Hipulaii'e, que les femmes el les enfants en compi-ennent la moitié par les mots, l'autre moitié par le chant et jmr le C(vur. Ci*tle œuvre incomparable suiTirait à in gloire de Jacojmne : mais en même temps que le Stahal du Calvaire, il avait voulu composer le Slaha'l de la crèche, où paraissait la Viei'jre mère dans toute la joie de renfantcment.il récrivit sur h*> menus mesuivs el sur les mêmes rinu^; tellement qu'on pourrait douter un moment lei]uel fut le pivmier, du chant de douleur ou du chant d\'il]éirresM\ Ce]K'ndant. la postérité a fait un choix fil In' cc»s deux jHTle^ semblables; et tandis qu'elle ion>cr\ail rniic avec amour, elle laissait l'autre enfuuit'. ic cnu'> \v Stabat Mater speciosa ciiooiv inétiit: et i]uaihl j*c>saye d'en traduire ipiehpu»'* >tr«»plie>. je <cns s'écljaji]M»r l'intraduisible rharnii' ilc la laiii>iic, de la uiéltMlie, el de la naïveté aiiiiepu'. « Klle était tiebout, la jrracieuse Mère : u auprès de- |a paille elle se tenait joyeuse, tandis ^^ «pie Lisait Mui l'iilaiil. — Son àme réjouie, tres- ".nll.Hiir c{ idiit einlu'aM'e. était traversée d'un ^.'11 A .{[I. : ic^^^c. - (juel l'st riiomniequi ne ...j.:ii |M^. ^'il \i»\ail la Mère du Christ .... ^. ,:,M\ i'.isM^-iempsV — Oui pourrait ne ..:..,ij,. . ^,1 itluiie. s'il contemplait la Uii i î...-: .'..jiViî ,nti" suo irîint lîl>? —
DE JACOPOSE, 19T
(ps péchés (Je sa nation, elle vît le Christ au milieu des bêles, et livré à la froidure. — « Elle vil te Christ, son doux enfant, vagissant, « mais adoré, sous un \i\ abri. — Devant le Christ « né dans la crèche, les citoyens du ciel viennent « dianter avec une immense joie. — Debout se R lenaienl le vieillard et la Vierge, sans parole et • flans langage, le cœur muet de surprise (1). » Je
nationale, maouscrils n' 7785, f. 109 vers
Slabnl acnex «im puella, Non cum Terho ne« loquela, Sliipescenles cordibn».
Ëia Hiler, fana amoris, Me senttre viu ariloris Fnc ut Iceum sentiam!
Pbc Dt ardeat cor meunn In amando (Ihrislum Dbdiii. <• Oi sibi coniplaci Sancta Mater, istud agas :
PriHie {tic) iiilr[Mtucoï"ptagM ^ Cordi liins ralidc.
Tui Notï cazlo lapai, Jam dîgnati rœno nnsc m dividc.
Jesulino cabsrci Donec ego
Honc ardurem Tac
Ne racias
Ab Lac deBiderio.
m'arrête, et je ne sais si la grâce de ce court tableau me trompe, en me rappelant une vieille peinture de Lorenzo de Gredi. On y voit au premier plan l'Enfant Jésus couché par terre sur un peu de paille ; auprès se tiennent saint Joseph debout s'appuyant de son bâton, et la Vierge Marie agenouillée, dans tout le recueillement d'une sainte et dans toute la joie d'une jeune mère. A ses côtés et der-
Facutportempulchrumiantem(«û;), Fac me nato costodiri, Qui nascendo vicit morteni, Yerbo Dei pnemuniri,
Yolens Yitam tradere. Consenrari gratia.
Fac me tecum saliari, Quando corpus morietar,
Nato tuo inebriari, Fac ut anim» donetur
Stans inter tripudia. Tui Nati visio.
Inilammatus.et accensus, Obstupescit omnis sensus Tali de commcrcio.
Ici doit finir la prose de Jacopone. Une main étrangàre pout-éUe y ajouta les deux strophes suivantes :
Omnes stabulum amantes, Et pastores vigilantes Pernoclantes sociant.
Per virtutem Nati tui, Ora ut electi sui Ad patriam veniant.
Amen.
Voici rindication des autres séquences latines insérées parmi les poëmes de Jacopone :
F** 104, verso : Ave fuit prima salus. F" 106, recto : Jesii, dulcis memoria.
F" 107, recto : Verbum caro faetumest.
F" 108, recto : Crux, te, te voie conqueri. F" 108, verso : Gur mundus militât sub vana gloria. F" 100, recto : Ave, régis angelorum.
/^ m, recto : Stabat Mater dototowi.
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rièi'e elle paraissent les anges ; et le peintre n'a pas oublié le bœuf et l'âne, ces deux bous serviteurs à qui le peuple faisait partager la joie de Noël.
On trouve parmi les œuvres de Jaeopone plusieurs autres compositions latines. Mais cet idiome des savants et des lettrés gênait encore l'humilité du converti ; et comme il avait refusé les saints ordres pour rester frère lai, ainsi il abandonna le latin pour composer, non pas même dans la langue italienne, dans celle que Dante appelle la langue des cours, mais dans le dialecte des montagnes d'Ombrie, tel que le parlaient les derniers des laboureurs et des pâtres. C'est alors que sa verve jaillit, et qu'ayant trouvé pour ainsi dire son canal naturel, elle se répandit à pleins bords sur un nombre infini de sujets, touchant tour à tour aux plus hautes questions de la métaphysique chrétienne, aux querelles qui déchiraient l'Ëglise, aux mystères qui la consolent. Le recueil des poésies de Jaeopone n'en contient pas moins de deux cent onze, qu'on a distribuées en sept livres. Mais nous les réduirons à trois chefs principaux : les poèmes théologiques, les satires, et les petites compositions écrites pour populariser une sainte pensée ou pour célébrer une fête.
yia]gré robscuritc dans laquelle le çéxvvVjeïvV. à^c.
Todi voulut ensevelir ses études et son savoir, déjà nous en connaissons assez pour le ranger au nombre des théologiens. Nous n'avons pas oublié le poëme où, désabusé des disputes de l'école, il prend congé des docteurs et des livres, pour aller à la vérité par une voie plus courte. Mais ilTaut se défier de ces adieux que tant de grands esprits ont faits à la science, et qui ne les ont pas préservés'de retomber sous ses lois, de vivre et de mourir à son service. Quand Jacopone croyait déserter la philosophie, il ne faisait que choisir entre les partis qui la divisaient, et quitter les dogmatiques pour passer au camp des mystiques. Il y retrouvait une autre école qui commençait à Denys l'Aréopagite pour continuer avec Scot Érigène, Hugues et Richard de Saint- Victor, jusqu'à saint Bernard. En Italie surtout, l'inspiration mystique, descendue dans les solitudes de Fonte Avellana, de Vallombreuse et de Flora, avait suscité plusieurs générations de contemplatifs. Les esprits réveillés par les grands cris de saint Pierre Damien, entraînés par les révélations de l'abbé Joachim jusqu'au bord du mysticisme hétérodoxe, menaçaient d*y tomber, quand saint Bonaventure les ramena par des chemins moins périlleux, et les arrêta à une élévation d'où ils purent contempler Dieu sans vertige. Jacopone suivit ces g'uides ; à chaque \^as ow le s^vivçrend çé-
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nétré de leurs souvenirs, ou, pour mieux dire, illuminé de leurs feux.
Avant de commencer l'analyse d'un système attaquable en plusieurs points, il faut déclarer qu'il existe un mysticisme inattaquable, vrai, qui fait le fond de •toute la religion. Car toute la religion se pippose d'unir l'homme à Dieu par l'amour, par la :grâce, par des communications surnaturelles. Sans ce mysticisme nécessaire, il n'y a pas de théologie chrétienne; il inspire saint Thomas comme Bossuet; et c'est l'artifice des incroyants de le confondre injustement avec les doctrines particulières où l'erreur se mêle à la vérité.
Le point de départ de la philosophie mystique est de reconnaître en nous des intuitions lumineuses qui tout à coup, dans un moment d'émotion, nous découvrent des vérités vainement cherchées par TefTort du raisonnement. Mais ces vues soudaines n'éclairent l'âme qu'à l'instant où elle s'oublie elle-même, où, par un élan désintéressé, elle se d^ge des passions et des sens. Il y a donc des lumières cachées à la science qui se donnent à la vertu; il y a, pour atteindre au vrai, une voie morale, plus sûre que la voie logique. Voilà pourquoi tous les mystiques commencent par établir l'insuffisance de la raison. Jacopone va plus loûv \ avec un langage qui rappelle moins \a modèt^xVow
ilr s;uiit B<m;iv4*n(iirr i[nt- !a 7ehi?in*?not* de saint
Pirriv I);imi»'n, il .il)juri.* i îi îVh- Ari>U"ite et Platon,
li's trcHiiti^n^ -.-ivanttî^ «lit l'anniquité. et les artifices
ili' la snilasticpir '•r)nté»nipi>r-na*f : et dans cet ensei-
'4iii'inrnt tli»V»loi£inne de ITaivi^rsiié de Paris, qui
\riiail dr jt'h»r tant île clarté^, il ne voit que Tor-
"iH'il du ^aviûr ft la vanité des disputes. « Paris,
« ïlil-il, a détruit Assise, *ft leui-> lecteurs nous ont
« mis dans la mauvaise voie. » Aux controverses de
ï'rlie écolt'! célMiiv, à ses thèses de quoHhet propo-
sé<*s cl s(Mit(*ruies contre tout venant, il oppose le
ileruici- examen que toute âme doit subir, où tous
les sopliisnics ne serviront de rien contre les syllo-
isîin'v «lu Juiic éternel. Ailleurs il célèbre la
x^':,i vx- .\\\\ <c liiMohe aux laux sages : « Vainement
. ^'iMi.ii '! lis, ;iniiés de plusieurs clefs, fatiguer
iu»L'.- îiMMUiv pour eux... La vraie sagesse
•N. , \'N li,»nmu»s par l'amour, et se révèle aux
• V. wnw édv plus hardie, la voie que les . ' ''vh- n'est pas moins laborieus<\
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DE JiCOPONE. !03
woooduils. Leur premiur soiti sera dooc de diibroniller le chaos de la natui-e déchue, et de démêler les passions contraires qui s'en disputent l'empire. Comme tous les moralistes chrétiens, Jacoponc réthiil à sept les désordres de la volonté. Cinq ont lenr principe daris l'espriL; c'est la superbe avec les quatre Elles qu'elle enfante pour le fléau du noade, savoir : l'envie, la colère, la paresse cl TMarice. Deux autres naquirent de la chair; ce sonlla gourmandise et la luxure. En assistant à cet «ngendrement du mal, je ne m'étonne pas que le |ie£le s'épouvante, et que l'àme abandonnée au ])M)é lui paraisse un enfer, a L'orgueil y siège sur
• an trône; mieiLX vaudrait pour l'âme loger un f démon. — L'envie y étend ses ténèbres; une « ambre si épaisse enveloppe le cœur, qu'on n'y
• Mil plus vestige d'aucun bien. — Làs'allume le I feu de la eolère qui entraîne la volonté à faire le
* mal ; elle va, vient et s'agite; elle mord comme
* vm béte enragée, — Là règne un froid sans
• mesure que souffre la paresse, réduite aux der- I nii^res terreurs. — L'avarice pensive est comme » le ver qui ne se repose pas; elle a rongé tout le 1 cœur à force de sollicitudes, — La gourmandise
* a la voracité des serpents et des dragons ; elle ne » songe pas qu'au lever de la table viendra l'heure
du payer l'écol. — La luxure félide, telle qu'
l'une m
ÊÊ
« flamme de soufre, désole l'âme qui hébergea de <r tels hôtes. — Venez, peuple, venez entendre, ce étonnez-YOUS de voir : hier l'âme était un enfer, € aujourd'hui Dieu en veut faire un paradis (1). »
Mais ce changement n'est pas l'œuvre d'un jour : il s'accomplit par trois phases, que les docteurs ont appelées la vie purgative, la vie illuminative, et la vie unitive.
Il faut premièrement que l'âme ait horreur de sa chute, et c'est pouix[uoi Jacopone lui propose une parabole : < Si le roi de France avait une fille, € et elle seule pour héritière, elle irait parée d'une € robe blanche, et sa bonne renommée volerait « par tout pays. Et maintenant, si par bassesse de < cœur elle s'attachait à un lépreux, et qu'elle c( s'abandonnât à son pouvoir, que pourrait-on dire c( d'un tel marché? 0 mon âme, tu as fait pis « quand tu t'es vendue au monde trompeur! » Au souvenir de sa céleste origine et de sa beauté première, à la vue de l'image divine dont elle garde les traits défigurés, l'âme se repent; et du repentir jaillissent les larmes. Le poète en reconnaît la secrète vertu : « 0 larmes ! s'écrie-t-il , vous aveï la € force et la grâce : à vous appartient le pouvoir « et à vous la royauté. Vous vous en allez seules
(1) Jacopone, Poésie spiritvalit lib. II, 9, 11.
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€ devant le juge, et nulle crainte ne vous arrête en « chemin. Jamais vous ne revenez sans fruit : par « l'humilité vous avez su vaincre la grandeur, et « vous enchaînez le Dieu tout-puissant! » Mais il n'est pas de repentir efficace sans un ferme dessein de satisfaire, d*expier, de déraciner Therbe mauvaise du vice. La volonté est comme ce le fort labou* « reur qui souffre le froid et le chaud : péniblement € courbé sur la terre, il ne l'abandonnera pas qu'il
< ne Tait nettoyée : jamais la pensée ne lui vien-
< drait de reposer dans son lit, tandis que son champ € resterait sans culture. » La mortification châtiera donc les sens en les disciplinant ; elle punira l'ouïe par des paroles sévères, le goût par l'abstinence; l'odorat s'endurcira au service des malades, le toucher se purifiera sous le cilice, jusqu'à ce que la chair domptée se rende, et promette de ne murmurer plus (1).
(i) Jacopone, lib. V, 15; ibid.y 23, stance 11 :
0 lacriroa, con grazia gran forza hai : Tuo è lo regno, e tua è la potenza.
Sola davanti al giudice ne vai, Ne tiarresta da ciô nulla tcmenza, etc.
Ces beaux Ters rappellent un admirable passage de saint Pierre Damien sur la puissance des larmes : De perfectioîie monachorum, cap. XII : (( Lacrymarum quippe mador animam ab omni labe purificat, et ad proferenda ^irtutum germina nostri cordis arva fecundat... Lacrym» porro quse a Deo sunt, divinae exauditionis tribunal fiducialiter adeunt, et impétrantes praesto quod petunt, de peccatorum nostrorum certa remissione confidunt. Lacrymse sunt jn fœdc-
usa potni fiuRC. \^
Il est temps que Tâme puriflée prenne l'essor, et qu'elle s'élève par le mérite jusqu'à ses hauteurs où Dieu ne pourra plus lui refuser sa lumière. C'est ici que les mystiques ont coutume de dresser réchelle des vertus. Ils la composent des sept dons du Saint-Esprit, des qucitre vertus caixlinales que les philosophes ont connues, et des trois vertus théologales qui font les saints. L'échelle que Jacopbne a conçue ressemble à celle que rêva Jacob, appuyée sur la terre et se perdant au ciel ; mais son bois, mouillé des rosées divines, a poussé des feuilles el des fruits. Au premier degré se tiennent la Crainte et l'Humilité, commencement de toute perfection; au second, la Pauvreté et la Largesse, qui ont en commun le mépris des trésors périssables; au troisième, la Pitié et la Compassion ; au quatrième, l'Obéissance et l'Abnégation; au cinquième, la Tempérance et la Justice avec la balance et le glaive; le sixième échelon porte le Conseil aux cheveux blancs, et la Sagesse, un livre ouvert sur ses genoux : le septième appartient à la Chasteté et à l'Intelligence; au huitième siègent la Force et la Magnanimité, armées pour le combat ; au neuvième,
randa inler Deum cl homînos pacc séquestres, et vcraces siint atqu doclissim.'B in qualibet humanae ignorantise dubietaie magistrat.