LA CIV. AU ¥• SIÈCLE. H
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4t dere, ut cum propheta dicere valeriit : DMkiMi « part hereditatis îmô; et itemm : Lektui ml « in his que dicta nmf mihi; in dùmùm Dmàl « letantèi ibimni...) precipue tamen in eom « jocundemur laudes (ne), quorum corpora pofis-l « démos ut heredes, quorum boneficiis froiM a fidèles, quorum suffragip sustînemur mfiddes, c; quorum etiam iatercessione quotidie, si lagmmiSi ce a sorde lavamur. De quorum namque coileg» « bealissimus Ghristi sacerdos et venerandus hod» <c Donatus occurrit, per quem divina pietas festince tatis hodierne luce enîtuit, et perpetoe glM « coruscum lumen mundo effudit. »
J'interromps cet exorde, qui ne remplit pas moins de quatre colonnes, et je passe au récit.
« Scolia vero et Hibernia proxime sunt Brilan- « nie. Hibernia vero insula inter Britanniam el « Hispaniam si ta, spatio terrarum angustior, seà « situ fecundior. Hec longiore ab Africo spatio in « Boream porrigitur... Scotieautem nulla aiigub « babelur, avis rara, apis nulla : in tantum adeo, « ut advectos inde pulveres seu lapillos si quis « alibi sparserit inter alvearia, examina favos de- « serant. Quante autem fortune vel dignitatis sil, « seu etiam quam arnica sit pacis, breviler idem
-îste beatus Donatus versificando collaudat ita describens :
Finibus occiduis describitur optîma tellus,
Nomine et antiquis Scottia scriptalibrîs; Dives opum, argenti, geromarum, yestis et auri,
Gommoda corporibus, aère, putrc solo.
Melle fhiit pulcris et lacté Scottia campis,
Yestibus atque armis, frugibus, arte, viris. Ursorum rabies nulla est ibi : ssTa leonum
^mina nec unquam Scoltica terra tulit, Nulla venena nocent, nec serpens serpsit in berba ;
Nec conquesta canit garrula rana lacu : In qua Scottorum gentes babitare mcrentur,
Inclyta gens bominum milite, pace, fide (1).
« In bac enim Beatus Donatus, suorum civium « prosapia nobilium parentum progenitus, et ab a ipsis pêne crepundiis totus fide catholicus, ani- « mus vero litteris deditus, et erga Christi culto- « res devotus, in tantum ut, infra brève coevum, a suis natu majoribus excelsior doclrina foret ef- « fectus... Hauriebat denique sitibundo pectore a fluenta doctrine, que postea eructaret congruenti « tempore mellito gutlure, juxta illud : Eructaa vit cor meum verbum bonum. Corroboratus ergo c< in timoré Domini, cepit peregre proficiscendi
(1) Ces vers sont cites par Moore (History of Ireîand, I, 3H, îdition de Paris), qui rapporte le pèlerinage de Donatus et son clération au siège épiscopal. La Vie inédite que je publie s'p' )arfaitcment avec le récit très-court d'Ammiralo (Vescovi i iole).
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« amor innasci, ila ut patriam parenlesqne desc- « rerel et Domino soli adhaereret.
« Temporeigitur magnifici et illustrissimi suma inique pontiûcis Eugenii Romane presidentis caa thedre, et christianorum principum Lotharii « quoque magni, Ludovicique boni scepti^a regena tis, sub anno dominice incarnationis DGCCXVI, « Indictione X, Beatissimus Donatus multas tune « temporis per Chrisli gratiam illustrabat eccle- « sias, sicque factum est ut usque ad limina Âpos- « tolorum perveniret. Eo igitur in lempore coDligit c( ul Fesulanensis Ecclesia gravia pateretur incom- « moda, scilicet ob devastationem Normannorum « quae prius acciderat, seu etiam quia orbati patris « benedictione carebant. Mulla vero plebs passa « meslitia (sic), implorabat sanctorum suffra- « gia... »
Jusqu'ici la narration n'a pas d'autres ornements que le luxe des épilhètes et le grand nombre des citations bibliques. On y sent Tcffort de l'auteur pour maintenir sous la règle de la syntaxe latine sa pensée, qui lui échappe plus d'une fois et qui se laisse entraîner aux constructions de la langue vulgaire. Mais, à mesure qu'il avance dans son récit, qu'il s'échauffe et s'émeut, son style prend des formes nouvelles. C'est encore une prose, mais une
prose limée. Les écrivains classiques n'avaient pas toujours dédaigné ce retour des mêmes sons [homoioteleuta) ; les rhéteurs de la décadence en abusèrent, et les auteurs ecclésiastiques ne se défirent pas d'un ornement recommandé par l'école, et que la foule aimait. L'historien de saint Donatus ne fait qu'imiter ces exemples, quand son récit se déroule dans une longue snite de versets qui se succèdent deux à deux avec des chutes pareilles. Donatus, après avoir prié au tombeau des saints apôtres, a repris le chemin du Nord ; il entre dans Fiesole au moment où le peuple, pressé autour des aulels, demandait à grands cris un évêque. Aussitôt les cloches s'ébranlent et les lampes s'allument d'elles-mêmes, la multitude se répand autour de l'étranger que désignent ces prodiges : la majesté de sa personne étonne tous les regards; on le presse, on veut savoir son nom : il se nomme enfin...
a Nomine (sic) cum audierunt, i * Letabundo sic pectore diierunt :
« Eia Donate,' c Pater a Deo date, « Pontificale réside cathedra, « Ut nos perducere valeal ad aslra. »
Tune sanctus pectore puro verba dixit in unum
« Parcite,
« 0 fratres, quod ista profertis inane.
JHa. »^ ÉCOLES EN ITALIE
f Nea crimina lugere sdatis,
I Non in plèbe docere credatis. »
Ad hscc sonantîa verba
Guncta cepit dicere caterra : ■
« Sicut Tisitavit nos oriens ex alto,
a Sic agamus in viro sancto':
« Ghristns eum adduxit ex occiduis»
a EligamttS nos in Fetulia.
f Et ecce Deo dignns
c A CSiristo demonstratur
« Domino Donald!,;
a Ad sedem niinij^||rôdiicatiir,
« Ut nobis a Deo ^Ûna
« Sit pater Donatos.
a Si est Yoluntas resistendi,
a Fiat vis eligetidi (!)• »
« Sicque factum est : licet multum renitendo, « plurimumque repugnando resisteret ; inthroni- « zatus tamen est, et presul sancte Fesulane eccle- « sic clectus... Benediclione itaque pontificali conc( secratus, ila apparaît statim fore aptus ac dévolus, « ac si ad ofûcium quod noviter ascenderat jugiter c( prefuisset.Eratenimlargus in eleemosynîs,sedu- « lus in vigiliis, dévolus in oratione, precipuus in
(i) La rime revient avec la même régularité dans la prière du saint pour un enfant enlevé par des loups :
« G Pater et Nate — Spiritus et Aime, — Nostri succurre meroris — et miserere nobis. — Tu qui per crucis vexillum cxclusisti, — mortem veliti ligni, — et hoc demonstrasti signum — in redeniptione captivorum dignum, — ut crucifigentes corpora, — animas érigèrent ad ethera : — ne patiaris tibi assignâtes Ôhrislo — devorari ab hosle sevissimo, — ne quem confirmavi chrismatc sanctis- ?imo — permittas gluttiri a hipo rapacissimo. »
« doctrina, para tus in sermone, sanctissimus in c< conversatione.
« Ipse enim omnibus vite sue diebus nunquam c< animum otio dédit, quin non aut orationi insis- « teret, aut lectioni incumberet , aut utilitatibus K Ecclesie describeret, seu etiam scemata metrorum « discipulis dictaret , vel in rébus ecclesiasticis « insudaret, necnon in soUicitudinibus viduarum « et orphanorum instaret, et egenorum curam ha- « béret. »
Ainsi refleurissaient, dans l'école épiscopale de Fiesole, les traditions laborieuses de l'Irlande. Il ne faudra donc pas s'étonner, si l'historien de saint Donatus mêle à ses rimes populaires les termes savants, les héllénismes qu'on retrouve chez les écrivains irlandais et anglo-saxons des temps barbares. Il appelle le Verbe de Dieu Theou Logon^ le Saint- Esprit Pneuma ; et quand le peuple, touché d'un miracle, rend gloire au Père, la gravité du sujet veut encore un mot grec : « Mulla mox in doxa Patris cecinit poputus. » Sans doute ces exemples ne prouvent point qu'on sût le grec à Fiesole : ils font voir du moins qu'on ne le méprisait pas ; que, dans un temps si mauvais, la langue du Nouveau Testament, de saint Basile et de saint Chrysostome, était considérée non comme la langue deshfôçéj^ife^^
s BARBARES. 405
prandîa pomi, avit sanguine nostra ; n, nos morte redemit, 'tavit jura sepulchri, 'navit acerbam ; •mina Ditis Mîtis avari;
as
o calas, ji'ro vite...
■vù claros !
iivivia sancti, il as per secula semper, ( 1 ) Deus impare gaudel. »
î, totum se ipsum armavit ;ens filios fratresque spirid sanctos patres senex et Itus vero est a discipulis
i XI kalend. novemb
itaphium ejusmodi :
m sanguine cretus, vere, verme voror.
iribus annis, coque bono.
super annis urbe fui.
bam scripta libellis, a beata senum (2).
5 pro munere Christi,
ro, au lieu de pariter.
uit dans VHistoire (Tlrlof )rès un texte moins correct
mais comme un idiome saint, qui avait encore sa place dans la liturgie, auquel la théologie empruntait ses expressions sacramentelles, qu'il n'était pas permis d'ignorer tout à fait, et qu'il fallait faire intervenir de loin en loin dans le discours, pour lui prêter je ne sais quoi de solennel et de mystérieux. Mais ce qu'on savait assurément à Fiesole, ce que saint Donatus ne dédaignait pas d'enseigner à ses disciples, c'était la métrique latine, Timitation des poètes chrétiens qui avaient chanté, dans le rhythme de Virgile, les mystères du Sauveur et les couronnes des saints. Aussi, quand l'hagiographe a épuisé toutes les ressources de la prose, et que, par . un dernier effort de style, il veut égaler la grandeur de son sujet; quand il représente le vieil évêque malade, visilé en songe par la vierge irlandaise Brigitte, qui laisse tomber sur lui une goutle d'huile de sa lampe et le guérit, le récit se fait en hexamètres. Enfin, Donatus, chargé d'œuvres et d'années, va rendre sa grande âme ; une dernière fois, il élève sa voix au milieu du clergé en pleurs; c'est encore en vers qu'il prie :
« Christe Dei virtus, splendor, sapientia Patris, In gonitore manens, genilus sine tempore et anle Secula ; qui noslrani natus de Virgine formani Suinpsit nutritus, lactatus ab ubere matris ; Qui sancto nostras niundans baptismale culpas, Jam nova progcnies celo demxUitur alto ;
Noxia qui vetili dissolvit prandia pomi, Vulneraque ipse suo curavit sanguine nostra ; Qui moriendo dédit vitara, nos morle redemit, Gumque sepullus erat, mutavit jura sepulchri. Surgens a morte mortem damnavit acerbam ; Tarlara qui quondam, nigri qui limina Ditis Destruxit, scatebras superans Acheruntis avari ; Qui hostem nigrum... detorsit in imo Garceris inferni, Letheum trusit in amuem... Tu quoque qui tantas pro nobis sumere penas Dignatus, miseris celestia régna dedisti, Da mihi per celsas paradisi scandere scalas, Fac bene pulsanti portas mihi pandere vite... Ut merear pavidus convivas visere claros ! Que tecum gaudent yideam convivia sancti, Quo cum Pâtre mânes, régnas per secula semper, Spiritus et sanctus, pariter (1) Deus impare gaudet. »
« Expleta vero oratione, totum se ipsum armavil « signo Christi, et benedicens filios fratresque spiri- « tuales, adpositus est ad sanctos patres senex et « plenus dierum... Sepultus vero est a discipulis
« suis in arca saxea, die XI kalend. novemb
« Scriptumque est illic epitaphium ejusmodi :
a Hic ego Donatus Scotorum sanguine crctus,
Solus in hoc tumulo pulvere, verme voror. Regibus Italicis servivi pluribus annis,
Lothario magno Ludovicoque bono.
Octonis lustris, septenis insuper annis
Post Fesulana presul in urbe fui.
Grammata discipulis dictabam scripta libeUis,
Scemata metrorum, dicta beata senum (2) . Posco, yiator, ades quisquis pro munere Ghristi,
(1)11 faut lire sans doute numéro, au lieu de pariter, (2) Ge distique est aussi reproduit dans VHistoire d'Irlande, de Th. Meore (loco citato), mais d'après un texte moins correct.
iC6 DES ÉCOLES EN ITALIE
Te, horao, non pigeai cerncre vota mea, Atque precare Deum... qui culmina celi, Ut mihi concédât régna beatasua i
« Dicamus ergo cuncti : Sancte Dei et preliose « confessor Donale, pater et ponlifex, educator el « alilor, rectoretpastor, subveniprecibusdestilutis « et lapsis. Miserere viduis et captivis, auxiliare or- « phanis et pupillis, succurre presentibus et futnris, « opcm fervivenlibusatquedefunclis. Nostrasquo- « que preces peto ne récuses, qui, quamvis noxiis «loris adstrictos {sic) iniquitatis, pro capacitale « tamen ignavie et parvitate ingenioli nostri pre- « sumpsimus ad laudem tui sanetissimi hec scripta « magistrisrelinquere, precantes summo conanime, « quod inutile invenerint, emendent, nosireqiie « presumptioni indulgeant et parcant, et quia nec( quimus ad parndisi pervenire pascua, tua saltem « sancta suffragia inter supplicia sentiamus so- « latia : precante Domino nostro Jesu Christo, qui « rognât in Trinitatc, cui omnia donata sunf a « Paire in Spirilus sancti unitatc in secula seculo- « rum. Amen. »
Celte prière, où il y a beaucoup de naïveté, d'humilité el de foi, achève de caractériser le petit ouvrage que nous avons cnire les mains. C'est bien l'œuvre d'un disciple soumis au jugement de ses
maîtres : c'est une de ' ces histoires miraculeuses, exercices favoris des jeunes clercs, qui grossissaient peu à peu la bibliothèque des églises, et qui finissaient par former tant de volumineux recueils de légendes. On y reconnaît bien le goût du moyen âge pour les pièces farcies^ mêlées de prose et de vers, de langue vulgaire et de langue savante. N'en-méprisons pas trop Tapparenle grossièreté ; car, d'une part, ces hexamètres chancelants sur leurs pieds, mais soutenus de temps à autre par un hémistiche, par un vers entier de Virgile, attestent que l'antiquité n'est ni oubliée, ni proscrite. Et, d'un autre côté, cette prose rimée dans laquelle saint Thomas d'Aquin ne dédaignera pas de composer ses hymnes, cette prose du Dies irx et du Stahat mater ^ n'estelle pas destinée à devenir le type de la versification dans toutes les langues modernes?