‹ Œuvres complètes der A.F Ozanam (volume 5)Chapitre 4 sur 25 · SERMON POUR LA FÊTE DES APOTRES · texte numérisé non relu

SERMON POUR LA FÊTE DES APOTRES

La solennité d'aujourd'hui sollicite la piété de toute la terre : mais une joie plus vive doit celé-

brer cette fête dans cette ville où s'accomplit leur glorieux martyre. C'est par eux, 6 Rome ! que l'Évangile du Christ a lui pour toi, et que, maîtresse de l'erreur, tu es devenue disciple de la vérité. Par eux tu es née sous de meilleurs auspices qu'au jour où celui qui te donna son nom te souilla du sang de son frère. Ce sont eux qui t'ont conduite à ce degi€ de gloire où je te vois, peuple élu, famille saiste, cité sacerdotale et royale, devenue, par le siège de Pierre, la capitale du monde, régnant par la foi plus loin que par l'empire. Car, si tes victoires ont étendu ta puissance sur la terre et sur les mers, les labeurs guerriers t'ont soumis moins de provinces que la paix chrétienne. Dieu bon, juste et tout-puissant, qui ne refusa jamais sa miséricorde au genre humain... a pris pitié de notre malice en nous envoyant son Verbe égal et coétemel à lui... et afin que l'effet de cette grâce inénarrable se communiquât par tout le monde, il y pourvut par une admirable providence en fondant l'empire romain, dont les frontières grandissantes reculèrent jusqu'à ce qu'elles touchassent à tous les peuples. Car il convenait souverainement à l'œuvre divine qui se préparait, que les royaumes divers se confondissent sous une même puissance, et que le gouvernement d'une cité reine, en maîtrisant tant de peuples, ouvrît

ipnoruil VaatiHiriiuaei^ finçr^ «• mtew iMl^ir qu'vltf- rqmaii rar luote. i& n» tigii». ï'i}lai[ nudue ]'eiciflft- de loalfi.s les em!ii]%

^'slt» n'êvtil rapoimé aucun bsiboii^... [tuaud

t^aro cM dMin^ è U cifiualti âuiieBipininiiiiiûE. . ■ ^HiM» MiUon n'anUf» «l»r^ ici gmlgiiiy-tmi di%

4>Mv «Mb ponplei puumieut .i^urer » qQ£

ta«» «MMilMilf C'étM ici gu'il hliHÎl laiikr ua

y4 ^ ifim im il« plnliii|*efc, iui yi m Aoit

^■Mb» Im %«liUto de b ntgene lencste. hft-

^Bl%«iA» 4n ilrfmAQ». détruire J'â^Atia

,, ,v..>, , ,u»., ,,1 i\i^ l;i sii[)frstiti.:'n ^«"îii^jil

- .^ ^v^ A -.iHmr Irtiil ce que riini»iJiiK

., ,- 1.1-1 .1 uv .v;io \illc où vous Decrai-

; ^«.. I *,' v..m' (ieineure, bienheu-

, ^...1. ■v.vi Vivis mirez dans celte

,- \ -■V !ai;i>*iinles, vous vous

.■•.;.^-.;,;irs l'rageiisi's de cel

.,., . V ^i. ui jour OÙ vous mar-

.1 „, . v..,.s le iwlouifz jias RoDie

. -.^v* '■ .• ■ - ''iMiiii.;». MMis qui. dans la

■nr do la servante du

^,v ,... ^.v. ,. i.MjiiioIe le trophée de

(DIX-SEPTIÈMB LEÇON)

Messieurs,

Nous savons maintenant comment l'éloquence épuisée se retrempe aux sources chrétiennes. Âprè^ l'éloquence, l'histoire surtout avait occupé le génie des anciens. Chez ces peuples, mal persuadés de la vie future, qui cherchaient d'abord l'immortalité de la terre, il y avait deux puissances, les sculpteurs et les historiens; les uns et les autres donnaient la gloire, dérobaient les héros à la fuite des temps, les faisaient rester debout pour l'éternité dans un marbre vivant ou dans une page ineffaçable. Mais précisément parce que l'histoire était un art chez les anciens^ comme \a scuV^lwi^-»^^

314 DIX-SEPTIËIIE LEÇOH.

en avait le caractère ; elle cherchait la beauté plus que la vérité, elle aspirait plus à charmer les hommes qu'à les instruire, elle s'attachait à imiter la poésie ou l'éloquence. Hérodote, en décrivant la lutte de l'Asie et de la Grèce, se souvenait d'Homère ; et l'on a donné à ses- livres les noms des neuf Muses ; il les lisait aux jeux olympiques au milieu des acclamations de toute la Grèce. Thucydide assiste à ce spectacle, comprend l'impossibilité de lutter contre un tel rival s'il ne s'ouvre une autre voie, et quand il écrit ses livres de l'histoire du Péloponèse, il y insère trente-neut harangues, toutes de sa composition, qui resteront l'admiration des contemporains et l'objet principal de l'étude et de Timitation de Démosthènes. Chez les Latins, c'est le même entraînement : Tite-Live,

dans les premiers livres de son histoire, fait l'épopée de Rome, et, dans les suivants, nous donne tous les grands spectacles de l'éloquence politique; Salluste et Tacite prennent les mêmes libertés ; tous manient les événements et le passé avec cette indépendance de Phidias et de Praxi' tèle mettant le ciseau dans le marbre. Ainsi rhis-* toire, chez les anciens, est surtout poétique, oratoire ; plus tard, elle cherche à devenir savante, et vous rencontrez des hommes obscurs en comparaison, des hommes comme Den^s d'Halicamasse,

.A" L'UIStOIlfe. «15

Diodore de Sicile, qui s'efforceront de pénétrer dans les antiquités et de remonter aux causes cachées des événements négligées par leurs devanciers; mais toujours un obstacle ijisurmontable arrêtera ces efforts. C'est que, pour les historiens anciens, emprisonnés dans l'esprit de nationalité, lors même qu'ils écrivent une histoire générale, comme Diodore de Sicile ou Trogue Pompée, tout aboutit à l'apothéose d'un seul peuple. Ils ne s'arrêtent jamais qu'aux causes secondes, politiques et militaires. Voilà pourquoi le plus pénétrant d'entre eux, Polybe, fera admirablement comprendre la supériorité des Romains dans la guerre; mais sans aller au delà, mais sans soulever seulement un coin du voile qui laisserait apercevoir la marche générale de l'humanité. Ainsi chez les anciens l'histoire a deux défauts : elle n'aime pas assez le vrai, et, égarée par l'égoïsme national , elle n'arrive pas à Tintelligeiice des destinées universelles.

D'ailleurs, à l'époque où nous sommes, au cinquième siècle, l'histoire, à vrai dire, n'esU plus : au biographe Suétone ont succédé , au milieu d'une décadence complète, sciptores rei Augmlae^ et les dernières pages historiques en langue latine relisent à peine. L'histoire ne se montre vivant^ . que sous la plume d'un soldat, Ammien ^»te^îi^\i^

dl6 DII-SBPTIÈHE LEÇON.

qui sait peu, qui est païen et, par conséquent, qui ne peut plus suivre que d'un œil troublé le cours des événements, mais qui écrit en homme de cœur, et qui, appelé à lire son livre devant la noblesse romaine, la força d'applaudir à la flétrissante peinture de ses vices. C'est là le dernier écho des applaudissements d'Olympie, la dernière imitation de ce triomphe des historiens anciens : à Hérodote, à Thucydide a succédé un soldat sans nom, sans génie, et qui n'a pour lui , dans ces temps mauvais, que l'honneur d'un peu de probité.

Mais l'histoire devait renaître par le christianisme, renaître nécessairement, parce que le christianisme était une religion historique opposée à des religions fabuleuses, et il lui importait de rétablir, de reconstituer Thistoire pour trois motifs : pour dissiper les fables dont les peuples entouraient leur berceau, et dont il étail encore tout épris ; pour répondre au reproche de nouveauté qu'on adressait tous les jours aux chrétiens ; car, rattachant le Nouveau Testament à l'Ancien, il remontait ainsi par Moïse jusqu'aux origines du monde; et enfin pour renouer les liens rompus de la société humaine et mettre en lumière les desseins providentiels de Dieu, qui aboutissaient, non plus à la supériorité nécessaire, impérissable, d'une seule nation, mais au salut et à la rédemp-

tion commune du genre humain. Ainsi, par opposition à l'histoire chez les anciens^ qui péchait en s'attachant à la beauté de préîérence, et en se fixant dans les étroites limites de la nationalité, l'histoire que le christianisme a voulue dut être d'abord vraie, et ensuite, autant que possible, universelle. Ce sont ces deux caractères que nous allons retrouver et poursuivre dans les différentes formes que va prendre l'histoire chez les écrivains chrétiens du cinquième siècle.

On s'est plu à jeter du doute sur l'antiquité chrétienne ; on l'a représentée sans livres, sans monuments, n'ayant que des traditions incerlaines. Le christianisme est une religion de tradition, mais aussi une religion d'écriture. Les apôtres et leurs disciples écrivent. Il en est de même des évoques des trois premiers siècles : chaque église a ses archives qu'elle ne soustrait pas toujours aux persécuteurs. Actes des martyrs, canons des concil€|| voilà les sources d'où sort l'histoire ecclésiastique . à l'époque où nous nous plaçons.

A ce moment nous trouvons l'histoire, pgur ainsi dire, décomposée, réduite à ses éléments ; mais, du sein de cette décadence, sortira une recomposition ; les éléments sont séparés, mais ils attendent l'esprit qui doit les réchauffer et les réunir. Nous allons rencontrer, chez les écrivains à\^Vvû&V^ ^

u ar, Av y ÊÊÈtu» u, V^

S18 DIX-SEPHËME LIÇO>\

trcs-difTérenfs, ces trois formes des études et des travaux historiques : d'une part, les chroniques, qui rétablissent Tordre des temps ; en second lieu, les Actes des saints, qui font vivre les plus belles figures des âges nouveaux; en troisième lieu , les premiers essais d'une philosophie de l'histoire, qui déroule toute la suite du plan divin ponr pénétrer plus profondément que la vie même, et àrrîter à ridée qui préside à la succession des temps et des hommes, embrasse et soutient tout cet ensemble de choses passagères qui ne seraient pas dignes un instant ni de l'attention pour les suivre , ni des efforts de la mémoire pour les retenir, si, au delà de cette foule de siècles qui se pressent derrière nous, devant nous, ne se plaçait Tidée d'une puissance invisible, qui les pousse, les [soutient, marche et fait tout marcher.

Je dis que d'abord nous rencontrons les chroniques. C'est là un fait nouveau. Sans doute les anciens avaient eu quelques chroniques, telles que celles d'Ératosthène et d'ApoUodore ; mais chez eux cette tentative fut tardive et insuffisante : le calcul des temps, l'art de vérifier les dates, ne fut jamais poussé bien loin ; la critique historique n'était pas le caractère dominant du génie de l'antiquité. Je ne nie pas cependant des efforts pour préciser le temps et le lieu de certains événements ; ceux do

L*HISTOÎRE. 219

Polyîïe,* par exemple, pour arriver à Tétude particulière de certaines causes ; mais jamais ces efforts n'ont été étendus à Tunivèrsalité des destinées humaines.

Les premiers apologistes du christianisme, Juslin, Clément, Tatius, avaient insisté d'abord, et non sans motifs, sur l'antiquité de Moïse et la supériorité dé sa sagesse, si supérieure à la sagesse des héros et des sages de la Grèce. Jules Africain écrit une Chronographie du commencement du monde à TempereurHéliogabale; saint Hippolyte, dans un livre sur la Fâque, donne une chronologie jusqu'à la première année d'Alexandre Sévère et un cycle pascal pour la célébration de la fêle de Pâques, calculé pour seize ans. La même pensée occupe Eusèbe, qui entreprend une histoire universelle (1), traduite et augmentée par saint Jérôme; il s'applique à concilier les deux chronologies profane et sacrée, les plaçant, pour ainsi dire, côte à côte, et les faisant marcher de front.

D'abord, pour y parvenir, il fallait trouver un point de départ immobile et commun : avec beaucoup d'habileté, Eusèbe choisit la quinzième année do l'empire de Tibère, qui est celle de l'origine du christianisme, et de là, remontant à l'ère des olympiades et à l'ère assyrienne, il compte deux

mille quaraule-qualre ans jusqu'à Ninus. ^Puis, à l'aide des livres saints, il compte également deux mille quarante-quatre ans depuis la quinzième année du règne de Tibère jusqu'à Abraham. Voilà donc un point de départ et un point d'arrivée communs entre ces deux antiquités, une possibilité de rétablir l'accord entre ces deux passé; qui semblaient éternellement ennemis. En effet, Eusèbe, ou plutôt saint Jérôme, qui traduit, corrige et complète son livre, s'attache à recueillir scrupuleusement toutes les listes des rois d'Assyrie, d'Egypte, de Lydie et des différentes villes de la Grèce ; celles des rois, des dictateurs et empereurs romains ; celles des patriarches, des juges, et des rois juifs, en relevant exactement le nombre de leurs années. Cette première partie de son livre, qui n'en est qu'une préparation, ne présente absolument que des noms et des nombres. Mais, ces éléments pour ainsi dire mathématiques de l'histoire étant donnés, il entre en possession de son vaste domaine, et alors s'ouvrent, à proprement parler, ces tables synchroniques, rangées par décades d'années, où, de dix en dix ans, il marque les rois et les chefs de différentes nations, depuis Ninus et Abraham jusqu'à Constantin. C'est un admirable essai, une grande hardiesse, en présence des informes tentatives de l'antiquité. On voit d'abord se présenter de front les

L'HISTOIRE. Mi

Assyriens et les Hébreux, les roîs de Sicyone et ceux d'Egypte. Peii à peu le tableau s'élargit; d'autres nations arrivent à la lumière et à la vie ; ce sont les Argiens, les Macédoniens, les Athéniens, les Lydiens, les Perses, lesMèdes, et enfin les Romains. ■ Mais bientôt l'avènement de ce peuple est le signaL de la retraite des autres; aux temps anciens, les Tables indiquent, à côté des Romains, les Hébreux et les Grecs, puis les Grecs disparaissent avec la liberté de Corinthe, puis les Hébreux avec la ruine de Jérusalem par Titus ; enfin les Romains seuls remplissent la page, envahissent et dévorent l'espace occupé d'abord par d'autres peuples.

Les commencements du christianisme se confondent ici avec l'histoire romaine, et c'est sous ces indications que se trouveront les persécutions, les martyrs, le principe et la succession des hérésies ; car le plan d'Ëusèbe et de saint Jérôme ne néglige pas l'histoire de la pensée humaine, et, à côté des noms des rois et des événements qui ont signalé la destinée des peuples, sont relevés soigneusement les poètes, les philosophes et tous ceux qui sont venus apporter à l'humanité leurs lumières ou lui donner leur sang.

Ainsi ces deux grands buts de l'histoire, l'uniyersalité tout d'abord, ensuite la vérité, sont atteuvVâ autant que possible dans ce premier e^otX. ^\«

Page 1