‹ Œuvres complètes der A.F OzanamChapitre 15 sur 243 · RAPPORTS AVEC LA LIBERTÉ · texte numérisé non relu

RAPPORTS AVEC LA LIBERTÉ

L'atmosphère intellectuelle où nous respirons se compose d'un certain nombre de vérités que la Providence maintient dans une proportion nécessaire à la conservation de notre existence, et d'un certain nombre d'erreurs, miasmes impurs, capables d'étouffer en nous la vie, si quelquefois, pressés par un sentiment de malaise, nous n'en venions à renouveler l'air, pour ainsi dire, dans le séjour habituel de nos pensées. Entre ces fausses opinions, une des plus répandues est celle qui croit découvrir un lien logique, une corrélation de vicissitudes historiques, une communauté d'intérêts entre le protestantisme et la liberté. Les détracteurs de celle-ci, comme les sectateurs de celui-là, se sont fait sur ce point un merveilleux accord, et il n'est pas de maxime qui ait mieux obtenu les tristes honneurs de la banalité. Aujourd'hui toutefois les extrêmes défiances des uns et les admirations passionnées des autres

commencent à se dissiper en présence des événements qui les démentent. L'enlèvement d'un vieillard, qu'on pensait arracher sans effort et sans bruit du siège archiépiscopal de Cologne, a ébranlé non-seulement les villes et les populations des rives du Rhin, mais encore par toute l'Europe bien des opinions religieuses et politiques. Dans celte agitation des esprits, il suffirait d'une impulsion opportune pour décider la ruine des préjugés qui chancellent. Il faudrait rétablir à la fois les principes méconnus et les faits défigurés; dire ce que le catholicisme avait dû faire, ce qu'il avait fait pour la liberté depuis le coucher du soleil du Calvaire jusqu'à l'aurore de la réforme; ce que le protestantisme devait faire, ce qu'il fit contre elle, d'abord par son influence générale sur les destinées communes de la chrétienté, ensuite par son intervention immédiate et. sous ses trois formes principales, en Allemagne, dans la Péninsule Scandinave, en Angleterre et en France; enfin de la situation comparée de ces deux grandes puissances religieuses dans l'âge présent, quelles conséquences résultent pour les temps qui vont venir. Celte œuvrç qui dépasse les bornes de nos loisirs efr dp nos forces, nous essayerons de l'ébaucher, indiquant rapidement les choses par leurs côtés les plus saillants et les plus durs. On nous reprochera peutêtre de rappeler des actes dignes d'un éternel oubli; mais la mémoire des dangers échappés devient prévoyance à la veille des périls nouveaux. Et, pour reprendre l'image que nous avions hasardée en commen-

çant, aux approches de l'épidémie ne brûle-t-on pas des herbes amères et d'acres liqueurs afin de neutraliser les exhalaisons corrompues qui menacent d'engçndrer le. mal?

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