La Règle de Jésus
La Règle de Jésus s'ouvre par un court prologue placé en tete du chapitre premier. Notre-Seigneur y prend la qualité de Père, et il invite ses enfants à recevoir avec un cœur docile les préceptes qu'il va leur donner. C'est l'amour qui les lui a inspirés, et ils ne tendent qu'à développer dans leur cœur la divine charité. Ce petit prologue est empreint delà plus exquise suavité, et il met dans tout son jour le caractère dominant delà Règle que le divin Maître va donnera ses enfants. L'amour, qui en est le principe et la iin, en fera aussi le fond, en sorte que, sous tous les rapports, cette Règle sera vraiment une loi d'amour, pr&cepta dilecêionis.
La Règle de Jésus se divise en quatre chapitres.
L<- premier est consacré aux fondements delà Congrégation. Le divin Maître, qui en est l'instituteur, lare qu il a voulu l'édifier sur quatre fondements qui «n assureront la solidité et la durée. Les trois premiers sont ceux que .Marie des Vallées avait indiquée mi P. Eudes, la grâce divine, la croix et la divin'- volonté. L«' quatrième consiste dans une dévotion singulière envers Jésus <vt Marie, que les enfante «lu P. Eudes doivent considérer comme le
ii. 25. — 2. Constitutions, p. G, ch. 4.
Père et la Mère d'e leur Institut. Cette dévotion singulière envers Jésus et Marie était un des traits distin c tifs de l'Oratoire. C'est là surtout que le Vénérable l'avait puisée, et pour en expliquer la nature, il s'est borné, dans les Constitutions : à reproduire à peu près littéralement une belle page du cardinal de Bérulle.
Dans une courte étude sur les Règles, placée en tête de l'édition de 1892, le R. P. Le Doré a défini avec beaucoup de précision et de justesse le caractère propre de chacun des quatre fondements de la Congrégation. « Pour le P. Eudes, dit-il. la sainteté sacerdotale doit s'appuyer sur quatre principes, qui sont comme les fondements de toute sa spiritualité. La grâce en fait l'essence et en fournit les moyen- ; la croix est sa méthode : la volonté divine est sa loi ; et la dévotion à Jésus et à Marie lui imprime le cachet catholique. »
Dans les deux chapitres qui suivent, le Vénérable expose .i grands traits les obligations de la vie chrétienne. Elles dérivent toutes du Baptême, où le chrétien trouve -a régénération, et prend le double engagement de renoncer à Satan et de suivre Jésus* Christ. Le P. Eudes étudie successivement ce> deux enga-rments.
Il commence par analyser La loi du renoncement, à Laquelle il consacre le chapitre second tout entier. Cette loi va très loin. Elle exige une résistance courageuse aux assauts réitérésdu démon; une application constante à éviter le péché, surtout les péchés capitaux ; le mépris du monde qui est plongé dans la vanité et le vice; et enfin la haine de soi-même, condition indispensable de la vie de Jésus en nous.
Dans le chapitre troisième, le P. Eudes exj le- obligations qui découlenl de notre incorporation à Jésus-Christ. Il nous montre m lui le chef auquel
nous (levons pester unis, le modèle dont nous devons reproduire les traits, le tronc sur lequel il faut que nous pestions entés pour produire des fruits de salut, le principe et la fin de tout ce qu'il y a en nous de vie surnaturelle. Après ces considérations, le Vénérable établit que, par le baptême, nous sommes entre- en participation de la mort et de la résurrection de Jésus-Christ, que nous devons nous laisser conduire par son esprit, et régler notre vie sur celle qu'il mène au paradis ; et à cet effet, il nous recommande d'orienter vers le ciel nos pensées et nos affections, de nous exercer à l'oraison, de pratiquer la charité envers tout le monde, mais surtout envers nos confrères, envers les pauvres et envers nos ennemis, enfin de profiter du temps, qui fuit avec rapidité, pour accomplir toute sorte de bonnes œuvres.
Voilà en abrégé le thème de ces deux chapitres.
Ils contiennent l'explication de la profession que l'Eglise nous fait faire au baptême. C'est, avec la profession ecclésiastique, la seule que forment les enfants du P. Eudes ; et c'est pourquoi le Vénérable se plaît à leur en montrer la grandeur et à y rattacher leurs principales obligations. On sait d'ailleurs que ces idées lui étaient très familières, et qu'il y revii'ul dans presque tous ses ouvrages.
On .1 dit que le premier des deux chapitres que dous étudions, renferme les principes de la vie purgative, et le second ceux de la vie unitive. Pour suivre l'ordre logique, le Vénérable aurait dû intercaler entre l'un et l'autre la Règle de la Sainte Vierge, qui a pour objet la vie illuminative, puisqu'elle traite des vertus \
de bâtir sur ces fondements, il faut triompher des
si la vie purgative des auteurs ascétiques. Ici, c'est
dans Laquelle il faut vaincre le démon, le
fM"" môme. (Juand, par une série de victoires, le prêtre a
Cette manière de voir ne nous parait pas très juste. Nous croyons que dans les Règles, et notamment dans les deux chapitres en question, le P. Eudes ne se préoccupe nullement des diverses phases de la vie chrétienne. Il en étudie plutôt les divers aspects. Le renoncement, et l'union à Jésus, telle qu'elle est présentée dans la Règle de Jésus, sont, en effet, les deux lois fondamentales et comme les deux faces de la vie chrétienne. A tous ses degrés et dans toutes ses phases, elle est à la fois une vie de renoncement et une vie d'union à Jésus-Christ. L'erreur en cette matière vient de ce que l'on confond l'union à Jésus, qui est le fond de la vie chrétienne, et qui. comme elle, a son commencement, son progrès et sa perfection, avec la vie unitive qui en est la consommation dans les ardeurs du pur amour. Le P. Eudes a une expression à lui pour désigner le complet épanouissement de la vie chrétienne ; il l'appelle le « Règne de Jésus » dans les âmes1. S'il avait voulu en traiter dans les Règles, c'est sous ce titre qu'il l'eût désignée, et il aurait du, en ce cas, remanier complètement ses deux opuscules.
Après l'étude de la profession chrétienne, vient celle de la profession ecclésiastique et sacerdotale.
réussi à se délivrer du mal, il doit s'attacher plus spécialement à La pratique des vertus : c'est la vie illuniinative {Régula SS. Virginia Marisa ... Si l'ordre logique avait été rigoureusement suivi. toute cette partie relative à L'acquisition des vertus eût été placée entre le deuxième et le troisième chapitres de la Règle de Jésus. Mais l'étendue des matières, et surtout le caractère propre de sa dévotion, ont porté le Vén. P. Eudes à partager entre le Fils et la Mère ses divers enseignements. Il a attribué à Marie L'ensemble des préceptes relatifs à la vie illuniinative, et il a réservé n Jésus la vie purgative, La vie unitive. et les fondions de La vie publique. » Régulas Congrégation! 8 Jesu et Marias, Avant-propos, p. 5, 6. Edit. 1892. Cf. Régnault, No» règles latines, Introduction, p. IV ; el p. 49, noie ',.
\. Cf. Royaume de Jésus, Préface ; Cœur admirable, 1. 3, c. 3,
js RÈGLES ET CONSTITUTIONS
Le P. Eludes consacre le quatrième chapitre de la Règle de Jésus à en exposer les obligations. Elles se ramènent toutes à la sainteté, qui seule fera du prêtre le digne ministre de Dieu ; et cette sainteté implique deux éléments : L'un négatif, qui consiste dans L'exemption de toute souillure ; l'autre positif, qui consiste dans la pratique des vertus, spécialement delà piété, de la charité envers les pauvres et les malheureux, etdu zèle pour le salut des âmes.
C s obligations sont communes à tous les prêtres; mais les supérieurs, les missionnaires, les prédicateur-, les confesseurs en ont de spéciales. D'après le 1\ Eudes, les Supérieurs doivent briller par l'humilité, la charité, le dévouement; les Missionnaires, par la douceur et la générosité à supporter les fatigues et les épreuves d'un laborieux ministère ; les Prédicateurs, par l'application au travail, La pureté de la doctrine, La simplicité du langage, et surtout parla pratique lidèledes vérités qu'ils prêchent aux autres ; Les Confesseurs, parla prudence, le zèle, et une bonté toute pleine de miséricorde pour les pécheurs.
La Règle de Jésus se termine par une Conclusion, où Noire Seigneur exhorte ses enfants à se souvenir constamment de la loi qu'il vient de leur donner, et a la mettre en pratique, leur promettant, à cette condition, qu'il aura pour eux une tendresse toute paternelle, qu'il les gardera comme la prunelle de I œil, et qu ii l'heure de la mort, il viendra au devant iX, pour les placer à ses côtés dans la céleste
Pat rie.