L'état et la fin de la Congrégation
La première partie des Constitutions traite de l'état de la Congrégation, de son instituteur, de sa fin, de ses fondements etdeson esprit. Elle esttrès courte, mais comme on le voit par les questions qui en font l'objet, elle a une importance capitale. Elle pose les principes d'où découle tout le reste des Constitutions.
Parmi les questions traitées dans cette première
que celui d'entre nous qui tentera une synthèse de la doctrine du P. Eudes, ne pourra que gagner, à tout point de vue, à se faire un plan à lui, absolument indépendant de celui des Règles. Ajoutons que l'on trouvera'à la (in des CEuvres complètes, des tables analytiques qui permettront de se rendre compte aisément de la façon dont le P. Kudes entend les textes cités dans les Hè<jles, el les obligations qui y sont indiquées.
partie, il en est une qui domine toutes les autres, c'esl «elle de La tin de l'Institut. Tout le monde sait en effet que l'organisation d'une société est entièrement subordonnée à la fin qu'elle poursuit. Le recrutement du personnel, la discipline intérieure, les moyens d'action, tout doit y être soigneusement proportionné : el nous allons voir qu'il en est bien ainsi dan- la Congrégation de Jésus et Marie.
Le P. Eudes lui assigne une double fin, la formation du clergé par les exercices des Séminaires, et le renouvellement de l'esprit chrétien parmi les fidèles par les exercices des Missions. Ces deux lins, toutefois, ne vont pas de pair. Aux yeux du Vénérable, l'œuvre des Missions n'est que secondaire; c'est celle des Séminaires qui est la lin première et principale de la Congrégation. Elle a été instituée pour former les clercs aux vertus et aux fonctionsde leur état. C'est là sa raison d'être dans l'uglise, et le 1*. Eudes tenait tellement à ce que ses enfants restassent fidèles à leur vocation, qu'au cas où ils viendraient à abandonner, par leur faute, les exercices des Séminaire», il autorise les Évêques à leur enlever leurs maisons, pour les donner à d'autres qui s'appliquenl à leur place à la formation du clergé.
Les deux lins assignées parle P. Eudes à la Congrégation indiquerai assez quelle en doit être la composition. Evidemment, elle ne peut se composer que de prêtres et de clercs aspirant au sacerdoce. Elle admet, toutefois, dans son sein quelques laïques qui, en (palilé de frères domestiques, sont appliqués au service de la communauté. Seulement, n'étant pas clercs, Ils n'ont pas droit de porter le costume ecclésiastique, le seul qui soit en asagedans l'Institut1. LeP. Buées necrui pas bon d'imposer à. ses enfants
'• ' 13, ch. 20.
les voeux de religion. Ce n'est pas qu'il en fit peu de cas : il les avait, au contraire, en très haute estime1. Mais, à tort ou à raison, il était persuadé que, mieux que des religieux, des prêtres trouvant dans la seule dignité dont ils sont revêtus, la raison et les moyens de s'élever à la plus éminente perfection, étaient à même d'inspirer aux ordinands une haute idée du sacerdoce et de la sainteté qu'il réclame. 11 était convaincu d'ailleurs, que les dvêques ne confieraient leurs Séminaires qu'àdes prêtres entièrement soumis à leur juridiction ', et que les ordinands eux-mêmes
1. Cf. Mémoire remis àM. de Bonnefondsea 1673. Costil, Annales, I. p. 573.
2. Cf. Faillun. Vie de M. Olier. p. 3e, 1. 5. n. 1. Cf. Maynard, S. Vincent de Paul. I. p. 389 sq. « Le clergé de France, dit Thomassin. estimait plus à propos que les Séminaires fussent gouvernés par des ecclésiastiques qui fussent entièrement dans la dépendance, que par des réguliers. 11 le témoigna parfaitement par la remontrance qu'il fit à Louis XIII en ces termes : « Et d'autant que plusieurs plaintes ont été faites, qu'encore que la plupart des Séminaires ayanl été ci-devant érigés sous la direction des Archevr,|iP'< i| Évêques diocésains, et sous l'administration de leurs officiers : néanmoins la plupart des dits Séminaires a été soustraite de la juridiction épiscopale. et est tombée sous la direction des réguliers de différents Ordres. Il plaira au Roi de mettre à l'avenir ces dits Séminaires sous la main des Évêques qui mettront des officiers aux efits imposables ad nulum, pour ne pouvoir changer d'administration pour quelque cause que ce soit. Et donnera pouvoir aux Evêques de reprendre sous leur main les Séminaires qui se trouveront avoir été soustraits de leur juridiction et gouvernement. {Mémoire du Gferye", tom. 3, p. 1, 90, 91)... Le point capital auquel tendait le clergé, et nit que les Séminaires ne pussent être confiés au gouvernement et à la direction des réguliers, (gai étant privilégiés i f exempts de la juridiction des Evêques, semblent être moin< propres à inspirer aux jeunes clercs l'étroite dépendance des ecclésiastiques ènrers leur Érêque. Saint Charles leur avait donné l'exemple quand il institua la Congrégation des oblats, et leur confia ses Ocnsmaires cnitl avait auparavant commis aux Révérends Pères Jésuites ». Ancienne et nouvelle discipline, p. 2, 1. 1, ch. 102, n. Y et VI. Thomassin ajoute. 1. c., n. XII : « La Providence qui veille Bans '-esse avec tant de bonté sur l'Église, ayanl fait naître dans ce dernier siècle plusieurs communautés purement ecclésiastiques, Le Eèle et La pied' des Evêques leur a confié sans peine
ix -3
•ji RÈGLES ET CONSTITUTIONS
se laisseraient conduire plus facilement par des hommes dont l'état ne différait point du leur. Sur ce point, le P. Eudes .Hait on pleine communion d'idées avec le IV <l<> Bérulle et M. Olier, qui ne crurent pas non plus devoir introduire les vœux de religion dans les Sociétés qu'ils fonderont, et même avec saint Vincenl do Paul qui ne le fit qu'après bien des hésitations, <d à la condition, ratifiée par le Souverain Pontife, que les Prêtres de la Mission ne formeraient pas mu' Religion proprement dite, mais seulement une Congrégation ecclésiastique1.
s Séminaires, et a reconnu, avec saint Charles, qu'il était difficile de les soutenir et de les rendre perpétuels sans le secours des communautés dont cette perpétuité semble être le propre avantage s du Clergé, de l'édit. de 1675, tom. 1, p. 294). Tous les Évéques ne peuvent pas, comme saint Charles, ériger eux-mêmes une Congrégation dont ils soient les chefs immédiats ; mais en trouvant d'établies, il ne faut que suivre les offres que la Providence leur fait, considérant que saint Charles n'en eût peut-être pas établi une nouvelle, s'il en eût trouvé de semblables déjà établies ; et qu'enfin ces Congrégations purement cléricales ne sont ellesmêmes que des Séminaires où se forment ceux qui doivent un jour diriger 1rs autres Séminaires. »
\. -Il était urgent de faire décider la question [des vœux] à
Rome. Mais en France, Vincent était toujours empêché et ne
•I trop a qui entendre. D'un côté, les Prélats ne désiraient pas
que la Compagnie se constituât en religion, pour garder juridiction
sur elle; el pour échapper à « la jalousie de leur autorité et dé-
pendance d'eux », Buivant les expressions de Vincent, il fut même
un instanl question de transporter à Rome le siège du Général.
D'autre part, les religieux conseillaient le contraire, se fondant sur
la I humaine <l sur les grands travaux de la Mission.
Vincent chercbail a concilier ces avis opposés, et il regardait comme
urn- inspiration de la Providence de Dieu l'idée à laquelle il s'était
enfin arrêté : de mettre sa Compagnie en l'état religieux par les
vnux simples, et de la laisser néanmoins, quant à ses emplois, dans
ulier par l'obéissance aux évoques. » Maynard, Saint
le Paul, I, p. 390. La raison qui détermina saint Vincent
de Paul i établir les voeux dans son Institut n'est pas très élevée-
Le oyail un moyen nécessaire pour arrêter le départ de
1 f. Maynard, Le. Nous ne croyons pas (pie les sociétés
"ii 1 on ne fait pas de vœux perdent pins de sujets que les Con-
gations a vœui simp
La Congrégation de Jésus et Marie est donc un corps purement ecclésiastique. Elle tient à demeurer dans la hiérarchie ecclésiastique \ et bien quelle honore le Souverain Pontife comme son chef suprême, elle entend rester sous la juridiction immédiate des Evoques, pour être plus à même de leur venir en aide dans la formation du clergé.
À raison même de son caractère purement ecclésiastique, la Congrégation de Jésus et Marie n'est pas un ordre nouveau ; elle n'est qu'une branche du premier et du plus saint de tous les ordres. Tordre sacerdotaldont l'instituteur est Jésus-Christ lui-même. Aussi est-ce lui qu'elle regarde comme son fondateur, et c'est de lui qu'elle a reçu la règle quelle suit. Toutefois, (die considère également Marie comme sa fondatrice, parce qu'elle a été associée d'une manière admirable au sacerdoce de Jésus-Christ, et que, si elle est la Mère de tous les chrétiens, elle est cependant, à un titre particulier, la Mère des prêtres.
Quant à l'esprit de la Congrégation, il n'est autre que celui du Souverain Prêtre. Elle voudrait que ses membres le possédassent « en plénitude », pour être à même de le communiquer aux autres ; et pour les aider à l'acquérir, elle se plaît, dans les Constitutions, à leur en expliquer en détail les caractères di-tinciil's. Les fondements mêmes sur lesquels elle est établie: la fidélité à La grâce, l'amour delà croix, la soumission à la divine Volonté, ne sont pas autre chose qu'une participation à l'esprit du souverain Prêtre et de sa divine Mère : et c'est pourquoi elle voit dans la dévotion à Jésus et à Marie le fon-
1. Le P. Eudes tenait tellement à ee point, qu'il menace d'exclusion quiconque chercherait à se soustraire à La juridiction des Évêques, fût-ce le Supérieur géni pal. Cf. Constitutions, p. 1, ch. 2.
dément principal sur lequel elle doit s'appuyer. Elle a donc pour le Fils et la More un culte tout particulier, et elle s'applique spécialement à honorer leurs très aimables Cœurs qu'elle regarde comme ses palroos principaux. Elle a également un culte spécial pour les Apôtres et pour tous les saints Prêtres et Lévites, qu'elle met au nombre de ses patroiis secondaires.