Discipline générale et règlement de la Communauté
La discipline générale de la Congrégation est exposée dans la seconde partie des Constitutions.
Dans un premier chapitre, le P. Eudes a réuni un certain nombre de prescriptions d'une application constante, qui se rapportent aux sorties, aux repas, aux \ n\ âges, au déiachementdes parents, et à d'autres questions de ce genre. Un grand nombre d'entre elles sonl empruntées à peu près textuellement aux Constitution^ communes des Pères Jésuites.
\ ieni ensuite le règlement quotidien, où les exercice de piété occupent une large place, comme il es1 naturel dans une Congrégation vouée à une vie puremenl sacerdotale. Puis, le P. Eudes indique les exercices particuliers à faire chaque semaine, chaque mois, chaque année.
Le dernier chapitre esteonsacré aux « choses temporelles Le Vénérable y règle ce qui concerne la garde de I argent, le- registres à tenir, l'acceptation des fondations, la confection des actes publics, les pension-, les <loii^, les frais de voyage, et les rapports financiers «les diverses maisons de l'Institut.
3. — Vertus chrétiennes : La Religion. — La Charité. — Les Vertus morales.
Après les questions de discipline générale, le P. Eudes s'occupe de la pratique des vertus. 11 en traite largement et y consacre trois parties des Constitutions, la troisième, la quatrième et la cinquième. C'est là qu'il faut aller pour apprécier l'esprit du Vénérable et de sa Congrégation. Il n'y est pas question de toutes les vertus, mais de celles qui conviennent particulièrement au prêtre, ou qui sont la base de la vie de communauté ; et Tordre dans lequel le P. Eudes s'en occupe est celui, non de leur excellence, mais de leur importance pratique.
La première vertu du prêtre est la religion. C'est la vertu de son état, puisqu'il n'est revêtu du sacerdoce que pour vaquer au service de Dieu. Aussi, estce de la religion que le P. Eudes s'occupe en premier lieu, et il trouve la matière tellement importante, qu'il y consacre la troisième partie tout entière. Elle se compose de treize chapitres, dans lesquels on trouve des prescription^ très détaillées, parfois même minutieuses, sur le culte dû à Dieu, à Nôtre-Seigneur, à la sainte Vierge, aux Saints et à leurs reliques, sur la vénération duc à l'Église, à ses Pasteurs el à ses temples, sur les fondions sacerdotales, la célébration et le service de la sainte Messe, la récitation au choeur de l'Office divin, L'audition des confessions, la prédication et le catéchisme. Le P. Eudes insiste d'autant plus sur la nécessité et la manière d'accomplir dignement les fonction^ sacerdotales, que, dans se pensée, la Congrégation ne devait se charger que de celles-là, et que ses enfants devaient être en état, non seulement de les accomplir parfaitement, mais même d'apprendre aux autres à le faire.
Le Vénérable ne s'étend pas moins longuement sur la charité que sur la religion ; et, par charité, il enteud ici, comme dans ses autres ouvrages, l'amour du prochain. Cette vertu a une importance capitale dans l>is communautés religieuses, où elle seule peul maintenir la paix, l'union et lajoie qui en font la force. Aussi le P. Eudes la regardait il comme la « règle des règles »*, et il voulait qu'elle fût l'âme de sa Congrégation. Il recommande aux Supérieurs d'apporter tous leurs soins à la faire régner autour d'eux ; il prémunit ses enfants contre tout ce qui pourrait y porter atteinte ; il veut qu'à la veille de certaines fêtes, en se donnant l'accolade fraternelle, il- se rappellent mutuellement la parole du divin Maître : Hoc est prœceptum meum ut diligatis invicem, sicut dilexi vos* ; et pour étouffer tout germe de division et de discorde, il prescrit l'uniformité la plus complète dans le costume, les cérémonies, la récitation de l'Office, l'administration des Sacrements, les opinions théologiques en matière de
dogmi de morale, et jusque dans les menues ob-
servances, qui doivent toujours être conformes aux usages de la maison mère.
La charité fraternelle, en effet, ne doit pas se restreindre aux membres de la communauté dont on fait partie, il fautqu'elle s'étendeà tout l'Institut, et, dans ce but, le Vénérable veut que l'on soit toujours prêt hangerde résidence, et qu'on en change effectivemenl de temps à autre; il veut, en outre, que les Supérieurs -<i tiennent mutuellement au courant de tonl ce qui se passe d'édifiant dans leurs maisons, par un échange périodiq ue de lettres.
\. Con lilution . p. '.. ch. 1. Cf. Cœur admirable, 1. 12. Méditation médit
' Joan. XV, 12; Constitutions, p. i, ch. 1.
Gela n'est pas encore suffisant. La charité doit être catholique : il faut qu'elle rayonne au dehors de la Congrégation, et que Ton témoigne à tout le monde, principalement aux pauvres, aux malades, aux affligés, la plus cordiale bienveillance et le plus complet dévouement. Surtout, le Vénérable insiste pour que Ton évite plus que la peste tout sentiment de froideur ou de jalousie à l'égard des autres Communautés ecclésiastiques ou religieuses ; il demande qu'on entretienne avec toutes, les relations les plus fraternelles, et que, le cas échéant, on soit toujours disposé à leur rendre service. Il n'est pas jusqu'aux procès, quand on ne les peut éviter, où la charité ne doive intervenir et faire sentir sa bienfaisante influence. Bien plus, le Vénérable rattache à cette vertu le soin de la santé du corps, qu'il importe de ne pas compromettre par une ferveur indiscrète, afin de l'employer au service de Xotre-Seigneur.
Les prescriptions relatives à la charité occupent toute la quatrième partie des Constitutions. La cinquième roule sur les vertus morales. Le P. Eudes y trait»- de l'humilité, de l'obéissance, de la pauvreté, de la chasteté, de la sobriété, de la modestie, de la simplicité, de la vérité et fidélité en ses paroles et prom !ss îs, de la netteté, et du silence.
A propos de la pauvreté, le Vénérable fait celle remarque d'une portée générale, « qu'il n'y a point de personnes, de quelque condition quelles /missent e7/v.(jui soient plus obligées à un dénûment uni versel et a la perfection de toutes les vertus chrétiennes, que les ecclésiastiques. » On ne peut douter que ces lignes ne renferment me' allusion aux obligations (h' l'état religieux. En vertu «les vœux qu'ils émetteni et de la règle qu'ils s'imposent, ceux qui s'engagent dan- cet état, se mettentdans l'heureuse accès
s'exercer perpétuellement à la pratique des vertus chrétiennes dans ce qu'elles ont de plus parfait. D'après le Vénérable, les ecclésiastiques n'y sont pas moins tenus, et, quand ils vivent en communauté, al ois même qu'ils ne feraient pas de vœux, ils doivent pratiquer les vertus chrétiennes de la même manière que les religieux et avec plus de perfection qu'eux. Aussi, retrouve-t-on, dans la cinquième partie des Constitutions, toute la discipline qui régit les Instituts religieux. Nous croyons même qu'eu fait d'humilité, d'obéissance et de pauvreté, pour ne parler que de ces trois vertus, le Vénérable est plus exigeant à l'égard de ses disciples, qu'on ne l'esî dans bien des sociétés religieuses. Ses prescription- brident à déraciner complètement toutes les inclinations vicieuses de la nature déchue, et en les suivant fidèlement, on aurait vite fait de mater en le vieil homme, et d'y faire régner dans toute leur splendeur les vertus de l'homme nouveau. Toutes ces règles sont d'ailleurs si justes, si complètes el si pratiques, qu'il est impossible de n'y pas reconnaître le fruit d'une expérience consommée et d'une énainente sainteté.