‹ Œuvres complètes du vénérable Jean Eudes, missionnaire apostolique (volume 2)Chapitre 175 sur 480 · CHAPITRE IV · texte numérisé non relu

CHAPITRE IV

Moyens pour conserver et fortifier l'union qui doit être entre les sujets de la Congrégation.

La Congrégation ne pouvant subsister que par l'union parfaite de tous ses membres, outre les moyens précédents, on se servira encore de ceux-ci pour la maintenir et accroître.

Comme il est très difficile de conserver la paix et l'unité des cœurs parmi un grand nombre de personnes qui n'ont pas vaincu leurs mauvaises inclinations, on se gardera soigneusement de la passion que l'on pourrait avoir de multiplier beaucoup les sujets de la Congrégation. Et on sera très exact à bien choisir ceux qu'on y recevra, et beaucoup davantage encore ceux qui devront y être incorporés ; prenant garde que ce soient personnes sociables, humbles, douces, simples, soumises, qui n'aient point d'autre prétention que de plaire à Dieu. Car il ne faut qu'un esprit déréglé pour troubler toute une Compagnie.

L'amour désordonné de soi-même, qui nous attache à nos intérêts et nous porte à la recherche de nos commodités et satisfactions, étant 1 ennemi mortel de l'union que nous devons avoir avec nos frères, et Ja source de toutes les divisions, on ne recevra personne en la Congrégation, qui ne soit bien résolu de travailler à bon escient à le faire mourir en soi, pour y faire vivre et régner le vrai amour de Dieu et la véritable charité du prochain. Et personne n'y sera incorporé, qu'il n ait donné auparavant plusieurs preuves visibles et manifestes de cette résolution, par la mortification de ses passions, et par les effets d'une sincère, solide et cordiale affection vers ses frères.

Un des plus puissants moyens de maintenir l'union

v>24 LES STATUTS ET CONSTITUTIONS

dans la Congrégation, c'est l'obéissance, par laquelle tous les membres, étant bien unis avec leur chef, sont aussi unis les uns avec les autres. C'est pourquoi on s'efforcera de la conserver toujours en sa vigueur ; car, plus les inférieurs auront de dépendance de leurs supérieurs, plus il y aura d'amour et d'union entre eux.

Mais, comme les inférieurs sont obligés d'avoir un amour, un respect et une soumission d'enfants vers leurs Supérieurs : aussi les Supérieurs doivent avoir un cœur, une affection et une vigilance de pères vers leurs inférieurs: prenant un très grand soinde tout ce qui les touche, les prévenant dans leurs besoins, et leur témoignant toute sorte de cordialité.

Semblablement tous les Supérieurs doivent regarder et honorer le premier Supérieur comme leur père et celui de toute la Congrégation ; et s'unir fortement à lui par un très grand respect, par une entière soumission à tous ses ordres, et par une parfaite obéissance à tout ce qui vient de sa part, qui n'est point manifestement péché, comme s'il venait de la part de Notre-Seigneur Jésus-Christ dont il tient la place.

Comme aussi il est tenu réciproquement d'avoir un très grand amour pour toute la Congrégation en général, et pour chacun de ses membres en particulier ; et d'oublier ses intérêts, son repos et ses satisfactions, pour veiller continuellement sur leurs besoins corporels et spirituels, et pour exercer vers eux le zèle, le soin, et tous les offices d'un véritable père. A raison de quoi, pour l'obliger à se souvenir de ces devoirs, il sera appelé de ce nom dans la Congrégation ; c'est-à-dire que ceux de la Congrégation parlant de lui, diront : Noire Père ! ; et parlant à lui ou lui écrivant, ils diront : Mon Père 2 ; et il n'y aura que lui qui portera ce nom.

1. « Le mot de Notre Père ne se dit plus, sinon par lettres. » Note marginale de M. Blouet de Camilly.

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