PARTIE CINQUIÈME. — CHAPITRE II
Quand quelqu'un nous a offensé, n'attendre pas qu'il nous demande pardon ; mais, comme si c'était nous qui l'eussions offensé, le prévenir et nous humilier devant lui, en lui demandant pardon de l'occasion que nous pouvons lui avoir donnée de se fâcher contre nous, mettant toute la faute sur nous et l'excusant.
Quand nous avons fait quelque bien à quelqu'un, n'attendre point qu'il nous rende la pareille, ni qu'il nous en témoigne aucune reconnaissance ; mais croire que nous l'avons fait par obligation, et que nous devons tout à tous, et que personne ne nous doit rien.
N'ouvrir jamais la bouche pour nous plaindre des maux qui nous arrivent ou du tort qu'on nous fait, considérant que, quelque mal qui nous puisse arriver ou qu'on nous puisse faire, nous en méritons infiniment, davantage.
Ne dédaigner jamais ce qu'on nous donne pour notre repas, pour vil, simple, pauvre et mal apprêté qu'il puisse être, nous souvenant que nous avons mérité d'enrager de faim et de soif éternellement avec les damnés.
En faire de même au regard des habits, du linge, des meubles et autres choses qu'on nous présente pour notre usage, considérant que nous sommes indignes de tout.
Croire certainement que nous n'avons point de pire ni de plus dangereux conseiller que nous-mêmes, et tenir pour suspects tous nos avis et sentiments.
Enfin le comble de la parfaite humilité consiste en 1 absolue dépendance et entière soumission de tout ce que nous sommes à la sainte volonté de Dieu et de nos Supérieurs ; et à aimer cordialement notre abjection et le mépris de nous-mêmes, nous abandonnant à Dieu dans une totale indifférence d'être aimé ou non, d'être honoré ou méprisé, et que l'on nous ait en bonne ou mauvais» time.
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