CHAPITRE III De l'Obéissance
Quiconque veut entrer et demeurer dans la Congrégation pour y servir Dieu et pour y travailler à la perfection qu'il demande de lui, qu'il fasse état de renoncer entièrement à sa propre volonté, et d'obéir promptement et exactement en toutes choses (si elles ne sont manifestement mauvaises) et avec une totale soumission d'esprit et de cœur à ses Supérieurs, comme à Jésus-Christ même, qu'il doit regarder et honorer en eux, puisqu'ils tiennent sa place, représentent sa personne, et sont revêtus de son autorité.
Que tous les vrais enfants de la Congrégation mettent bien avant dans leur cœur cette vérité, que la subsistance, l'accroissement, la perfection et le souverain bonheur de la même Congrégation et de tous ses membres, dépend d'une seule chose, à savoir: que la divine Volonté, qui en est le fondement, en soitla supérieure et la mère, pour la régir et gouverner en toutes choses selon son bon plaisir ; et qu'il n'y a aussi qu'une seule chose qui puisse empêcher un si grand bien, à savoir la propre volonté des particuliers, qui est le fondement de l'enfer, la source de tout mal et l'ennemie de tout bien.
Que chacun donc regarde et traite sa volonté propre, comme un dragon rempli de venin, comme un démon plein de malice, comme un antéchrist infiniment contraire à Jésus-Christ, et plus opposé à son salut que tous les démons de l'enfer; et qu'il s'efforce de la mortifier et anéantir en toutes choses, pour suivre en tout et partout la très adorable volonté de Dieu, par une parfaite obéissance, tant à ses Supérieurs qu'à tous les ordres et règlements de la Congrégation.
Que tout le monde sache que la vraie marque et le
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propre caractère des véritables enfants de la Congrégation de Jésus et Marie, c'est cette parfaite obéissance qui les rend conformes à leur très adorable Père et à leur très aimable Mère, lesquels n'ont jamais fait une seule fois, en toute leur vie, leur propre volonté, quoique très sainte ; mais ont toujours suivi celle du Père céleste qui leur a été manifestée même par Pilate, par Hérode, par les bourreaux qui ont crucifié Jésus Christ notre Sauveur, et par les règles très rigoureuses que ce Père divin leur a prescrites.
Que chacun donc porte un grand respect et affection à ses Supérieurs, et qu il se rende prompt et fidèle à obéir à leur voix, comme si elle sortait de la bouche même de .\otre-Seigneur, et qu'il se laisse entièrement à leur disposition par une totale abnégation intérieure de son jugement et de sa volonté, afin qu'ils le puissent employer aux offices et actions qu'ils jugeront convenables pour la plus grande gloire de Dieu.
On peut néanmoins exposer ses difficultés au Supérieur, mais avec esprit de soumission, ainsi qu'il sera dit plus amplement au chapitre suivant.
Que chacun parle à son Supérieur avec beaucoup de respect ; et que celui auquel il parle, soit pour l'instruire, soit pour le reprendre, soit pour quelque autre sujet, se tienne découvert jusqu'à ce qu'il le fasse couvrir, et qu il l'écoute humblement, sans l'interrompre, sans s'excuser, et sans user jamais de contestation ai de contradiction, qui serait une grande marque de superbe.
Que personne étant au réfectoire ne se découvre, sinon quand le Supérieur de la maison y entre ; car alors tous se doivent découvrir, puis se recouvrir aussitôt. Quand c'est le Supérieur de la Congrégation qui entre ou qui sort, soit au réfectoire ou aux autres lieux de communauté et de conférence, on ne se couvre point jusqu'à ce qu'il soit couvert Et pour les autres, lorsque, étant venus tard, ils prennent leur place, les deux seulement qui
leur sont voisins des deux côtés, se découvrent ; excepté' dans les conversations familières, là où, quelqu'un entrant, tous se découvrent. Quand c'est le Supérieur de la Congrégation, tous se découvrent aussi et se lèvent jusqu'à ce qu'il soit assis et couvert.
Que personne autre que le Supérieur, ou celui qui tient sa place, ou qui en a commission de lui, ou qui a quelque office qui lui donne ce droit, ne se mêle de faire des répréhensions, ni de donner des ordres aux autres, non pas même aux frères domestiques, soit pour les envoyer à la ville, soit pour les employer à quelque autre chose.
Que chacun ouvre son cœur avec une entière liberté et parfaite confiance à son Supérieur, lui manifestant clairement ses peines d'esprit, ses tentations et ses dispositions intérieures, et ne faisant aucunes pénitences, ni jeunes ni autres mortifications qui soient tant soit peu considérables, sans sa permission, afin de se conduire en tout non point par son propre sens, mais par Tordre de celui qui lui tient la place de Dieu.
On ne recevra aucune fondation, quelle qu'elle soit,, dans nos maisons, que par la permission expresse du Supérieur de la Congrégation.
Personne ne pourra prendre, soit au dedans, soit au dehors de la Congrégation, aucun emploi, ni aucune commission perpétuelle ou importante, sans licence du Supérieur de la même Congrégation ; ni aucun emploi ou commission pour un temps, en choses spirituelles ou temporelles, sans la permission du Supérieur de la maison où il réside.
On se gardera bien d'employer ni ses amis, ni ses parents, ni des personnes d'autorité, soit laïques, soit ecclésiastiques, ni aucun de la Congrégation, ni qui que ce soit, pour obtenir des Supérieurs ce qu'on désire : comme de demeurer plutôt en une maison qu'en une autre ; ou d'être appliqué à quelque emploi ou office, soit dans la Congrégation, soit ailleurs ; ou d'en être déchargé, ou d'aller