Conclusion des « Constitutions
Les deux derniers chapitres de la treizième partie contiennent ce que l'on peut appeler la conclusion des Constitutions, bien que le P. Eudes ait donné spécialement ce nom aux quelques pages qui terminent le dernier chapitre. Il y est question de l'obligation des Constitutions, et des moyens à emplo\ er pour en assurer l'exacte observation.
D'elles-mêmes, les Constitutions n'obligent pas sous peine de péché; mais il est rare pourtant qu'on les viole sans se rendre coupable de quelque faute, pour des raisons diverses, dont le Vénérable emprunte l'exposé, du moins en partie, aux Entretiens spirituels de saint François de Sales.
Pour procurer l'observation des Constitutions, le pieux fondateur recommande de les tenir en haute estime ; il en prescrit la Lecture à certains exercices de communauté ; il invite les Assemblées générales et les Supérieurs à en urger l'exécution ; enfin il insiste sur la nécessité d'être Inlèle aux petites obser-
vances, parce que, dit-il, « l'expérience journalière fait voir que la ruine des plus saintes communautés procède du déchet de l'observance de leurs règles, et que ce déchet commence par des choses qu'on estime de peu de conséquence, desquelles on passe comme par degrés aux plus importantes. »
Le P. Eudes termine en rappelant à ses enfants que la Congrégation n'a été établie que pour donner à l'Église de saints prêtres, et que l'unique moyen, pour eux, d'en former, c'est d'observer fidèlement leurs Constitutions. C'est à quoi il les invite dans un appel des plus pathétiques, où éclate tout son amour pour l'Eglise et pour les âmes. Nous ne pouvons le citer tout entier. En voici, du moins, le commencement et la fin :
« .le supplie très humblement, et les genoux en terre, tous les enfants de la Congrégation, mes très chers et très aimés frères, de bien considérer ce que je vais dire... C'est que, la Congrégation étant établie dan> l'Eglise pour lui donner des ministres dignes des saints autels, dignos altaris ministros ; des ouvriers évangéliques irréprochables, operarios incanfusihiles ; des prêtres vraiment apostoliques, apostolicos sacerdotes ; des pasteurs selon le Cœur de Dieu, pastoresjuxta Cor meum ; des ecclésiastiques qui soi* ut des images vivantes de sa très éminente sainteté, et des modèles accomplis de la perfection chrétienne ; en un mot, des hommes non plus hommes, nais dieux et pères des dieux : sacerdos estDens Deos efficient : el les enfants de cette Congrégation étant choisie de Dieu, par une bonté inconcevable, pour •h»- employés à former, perfectionner et sanctifier digi.es ministres de ses autels, cesouvriers irréprochables prêtres apostoliques, ces pasteurs •«ion Bon Cœur, ces vives images de sa divine sain- ,rl«'- ces modèles de la perfection chrétienne, ces
dieux et ces pères des dieux, il est évident qu'il n'y a personne au monde qui soit plus obligé de travailler à acquérir la perfection et la sainteté, que ceux qui sont chargés de la donner aux autres. D'ici il faut inférer qu'il n'y a personne, en quelque communauté que ce soit, qui ait plus d'obligation de vivre dans l'ordre et dans la règle, et de pratiquer en perfection toutes les vertus qui sont marquées dans ces Règles et Constitutions, que les enfants de la Congrégation....
« C'est pourquoi je conjure de rechef, et de tout mon cœur, et au nom du très adorable Père et de la très aimable Mère de notre Congrégation, Jésus et Marie, tous les enfants de cette Congrégation, particulièrement les Supérieurs, de considérer souvent ces vérités, et d'être persuadés que l'observance des Règles et Constitutions n'est pas une chose indifférente ou de peu de conséquence, mais très nécessaire et très importante ; et que ce n'est pas seulement un point de conseil ou de perfection pour eux, mais d'obligation très étroite de se rendre très vigilants, très zélés et très exacts à les observer et faire observer, non seulement celles qui sont pour les enfants de la Congrégation, mais aussi celles qui regardent les séminaristes et pensionnaires, de quelque qualité ou condition qu'ils soient, puisque sans cela il est impossible que la Congrégation, ni par conséquent les Séminaires qu'elle conduit, puissent subsister.
« Malheur à ceux qui mépriseront où négligeront ces choses ! Bénédiction sur bénédiction à ceux qui Lee pratiqueront ! »
56 HÈGLKS ET CONSTITUTIONS
8. — Sources des « Constitutions ». — Leur originalité. — Leur valeur.
Dans la rédaction des Constitutions, le P. Eudes s'inspira des « règles » de diverses communautés religieuses, et d'un assez grand nombre d'ouvrages ascétiques. Mais de toutes les règles religieuses, ce sont celles de l'Oratoire et celles de la Compagnie de Jésus qu'il mit surtout à contribution; et en fait d'ouvrages ascétiques, ce sont les Entretiens spirituels de saint François de Sales qui lui servirent le plus.
Le Vénérable avait conçu sa Congrégation sur le modèle de l'Oratoire; les fins qu'il lui assigna sont celles que le P. de Bérulle avait en vue quand il fonda son Institut; l'esprit qu'il y implanta n'est, en somme, que cet esprit ecclésiastique que les Pères de Bérulle et de Condren s'étaient appliqués à faire revivre, et dont le Vénérable s'était rempli à leur école. Dans ces conditions, on ne saurait s'étonner qu'en tout ce qui concerne la vie et les fonctions ecclésiastiques, et même l'organisation administrative de la Congrégation, le P. Eudes ait faitde nombreux emprunts aux règlements que le Cardinal de Bérulle et le P. de Condren avaient établis à l'Oratoire.
Les I lonstitutions des Pères Jésuites ont également fourni au Vénérable un grand nombre dérègles, à la fois très sages et 1res précises, touchant la discipline générale, la pratique de certaines vertus, entre autres de I obéissance, les rapports des inférieurs avec les supérieurs, l'admission des sujets a la probation, <■! d'autres questions de ce genre.
Quanl aux Entretiens spirituels de saint François
de Sales, sans parler des principes qu'il y puisa,
i là surtout que le Vénérable trouva cet esprit
de charité, de bénignité, de cordialité, de douceur, qu'il ne cesse de recommander à ses enfants.
Le P. Eudes, d'ailleurs, a choisi avec tant de discernement les matériaux qu'il empruntait à ses devanciers, il les a si bien fondus avec le fruit de ses méditations et de son expérience, qu'on est frappé de l'unité de pensée et de style qui règne dans son œuvre. D'un bout à l'autre, en effet, on retrouve cet esprit de religion profonde, de zèle ardent, de charité à la fois compatissante et ferme, et d'abnégation totale qui caractérise le P. Eudes. D'un bout à l'autre aussi, on retrouve les qualités maîtresses que le Vénérable porte dans tous ses ouvrages, une heureuse union de principes élevés et de détails pratiques, d'abondance et de précision, d'énergie et de suavité, de simplicité et de fortes images. Nous croyons même que le livre des Constitutions est un des meilleurs qui soient sortis de la plume de l'auteur. Au point de vue ascétique, il est d'une richesse incomparable ; et au point de vue littéraire, il l'emporte sur laplupartdes ouvrages du Vénérable par l'ampleur et la régularité du plan, la juste proportion des parties, la constante précision du style, et la pureté de la langue.
Les biographes du P. Eudes ne se sont pas mépris sur la valeur de ce livre. Ils en ont tous fait l 'é loge.
« Ce fut en l'année 1654, dit le P. Costil, que le P. Eudes se forma le plan des Constitutions .'tendues qu'il nous a données, et pour lequel on ne peut douter qu'il n'ait reçu <le< lumières particulières du Saint-Esprit, outre celles qu'il pouvait emprunter des Constitutions des autres communautés qui vivaient de son temps avec régularité, tant on y remarque de bon sens, d'esprit chrétien el clérical, et tout ce qui est nécessaire pour un bon gouvernement et le soutien de la ferveur dans le corps de la
Congrégation. C'est le jugement qu'en ont porté jusqu'à ce jour tous ses enfants, qui ont reconnu par eux-mêmes qu'il n'y a point de lecture plus utile pour eux que celle des Constitutions particulières qui traitent des vertus, et que le saint homme n'a rien oublié des motifs et des pratiques qui en recommandent la nécessité ou les avantages, ou qui en montrent rétendue et les actes1. »
L'appréciation du P. Martine ne diffère guère de celle du P. Costil. « On ne peut clouter, dit-il, que le P. Eudes n'eût reçu, pour ce travail si important et si épineux, des lumières particulières du Saint- Bsprit. On y trouve un sens si droit, un esprit si ecclésiastique, un si riche ensemble de moyens propres à former et à entretenir un bon gouvernement, si puissant aussi pour soutenir les sujets dans la ferveur et la piété, qu'il faut convenir que l'esprit de Dieu seul pouvait en être l'auteur. C'est le jugement qu'en ont porté, jusqu'à présent, tous ceux qui ont lu ces règles avec simplicité et sans prévention2. »
Jusqu'ici le livre des Constitutions est resté un trésor de famille que le public n'a pas connu. Pourtant, les circonstances l'ont placé quelquefois entre les mains de juges compétents qui n'appartenaient point à la famille du Vénérable, et qui se sont plu à eu proclamer le mérite. C'est ainsi, par exemple, que M. Mollevaut, à qui le P. Louis avait communiqué les Constitutions du P. Eudes, les trouvait « admirables » 3, et qui; le Cardinal Pitra avouait « ne pas connaître de règle qui poussât a une plus grande abaégatiou età une vie plus sacerdotale4. »