PARTIE CINQUIÈME. — CHAPITRE vill
sage tranquille et serein, les yeux doux et pour l'ordinaire baissés, spécialement en l'église, au réfectoire et aux autres lieux de communauté ; ne regarder point fixement au visage des personnes à qui on parle, pour s'y arrêter, spécialement des femmes ; ne contester point, mais dire simplement et modestement sa pensée, puis se soumettre à celle dautrui, ou du moins se taire ; ouvrir et fermer les portes doucement; ne faire point de bruit en marchant trop vite ou trop fort dans la maison ; ne mettre point la tète aux fenêtres pour regarder curieusement ou dans la rue, ou dans la cour, si quelque nécessité n'y oblige ; ne frapper point trop fort ni trop souvent à la porte, quand on veut entrer ou sortir : ce sont tous effets d'une modestie chrétienne, que nous ne devons pas négliger, mais pratiquer fidèlement, pour l'amour de Notre-Seigneur Jésus-Christ, par la modestie duquel saint Paul 1 nous conjure de régler tellement notre extérieur, qu'il soit conforme à celui de notre très aimable Père et de notre très adorable Chef.
On prendra garde aussi de ne se frapper ni toucher point les uns les autres, par jeu, en conversant ensemble, sinon quand on s'embrassera en la façon qui a été dite dans les règlements de la charité : ce qui se fera non point par manière de baiser, mais en joignant sa tète de côté à celle de celui qu'on saluera, par témoignage de cordialité.
On n'appellera et on ne parlera à personne par les fenêtres, soit du dehors, soit du dedans de la maison.
On ne parlera point aussi, étant dans la maison, d'une chambre ou d'un lieu où l'on sera à quelqu'un qui sera dans une autre chambre ou dans un autre lieu si éloigné qu'on soit obligé de crier ou de parler trop haut pour se faire entendre.
On ne jettera jamais rien par les fenêtres dans te cour,
\. v Obsecro vos per mansuetudmem ai modestiam Chritti Il Cor. X, 1.
soit de la maison, soit des voisins, ni aussi dans la rue, spécialement durant le jour.
Les enfants de la Congrégation ne manieront jamais ni cartes ni dés, en quelque lieu qu'ils soient, que pour les jeter dans le feu ; et on n'en souffrira jamais dans nos maisons, pour qui que ce scit.
Les saints Conciles1 défendent aux ecclésiastiques de jouer à la paume, au palet, aux quilles et aux boules ; parce que ces jeux sont indignes de la modestie, gravité et sainteté d'un homme qui est consacré à Dieu par l'onction sacerdotale.
Ils leur défendent même les échecs, parce que ce jeu demande trop de temps, et une grande et inutile appliplication.
Le grand saint Charles Borromée leur interdit toutes sortes de jeux, et ne veut pas qu'ils regardent jouer, ni qu'ils souffrent qu'on joue dans leurs maisons. C'est pourquoi le respect que nous devons porter aux sentiments du Saint-Esprit parlant par les sacrés Conciles et par la bouche de ce grand Saint, nous oblige de nous abstenir de ces choses, et autres semblables, qui ne sont point convenables à la condition d'un ange de Dieu, d'un oint du Seigneur, et d'un Jésus-Christ visible sur la terre, tel qu'est un prêtre.
Si néanmoins il est nécessaire quelquefois, pour le bien de la santé, de jouer à quelque jeu honnête, on n'y emploiera jamais d'argent ni aucune autre chose; et on ne jouera point devant les laïques, mais dans un lieu retiré et qui ne soit point exposé à la vue du monde.
On r.e s'amusera point aussi avec les animaux nécessaires à la maison, comme sont les chiens et les chats ; on ne les attirera point autour de soi, ni dans sa chambre, et on ne les y souffrira point.
1. Synod. Lingon. anno 1404. Odo Paris. Episc. in Synod. Lib. 3 Constit. synodal. De vita et honest. clericor. num. 35 et 36.