CHAPITRE PREMIER
Qu'il est nécessaire qu'elle ait un Supérieur général ; et quelles sont les qualités qu'il doit avoir.
e Supérieur primitif et souverain de la Congrégation, c'est Notre-Seigneur Jésus-Christ avec sa très sainte Mère, ainsi qu'il a déjà été dit.
Après lui, elle honore Notre Saint-Père le Pape el Messeigneurs les Illustrissimes et Révérendissimes Évoques des diocèses dans lesquels elle esl établie, el Où <-\\^ exerce quelques fonction- ecclésiastiques, comme ceux de qui elle dépend entièrement, ainsi que de Jésus Christ dont ils lui tiennent la place, el à qui elle veul que enfants rendent un très particulier respecl el très parfaite soumission el ol :e.
Avec cda, il est nécessaire qu'elle ail un Supérieur
qui, sous la dépendance el autorité de - dits
gneurs, en ait un soin général, pour gouverner, maintenir et augmenter tout le corps de la ation : pour conserver l'union el l'uniformité de toutes les mais
lesquelles ne subsisteraient jamais dans la séparation 1 ; pour remédier à plusieurs désordres qui ne peuvent être empêchés que par un pouvoir tel que le sien ; pour maintenir la concorde et la paix entre tous les sujets de la Congrégation ; pour veiller et tenir la main à l'observance de ses Constitutions ; et pour faire qu'elle soit animée et régie d'un même esprit ; et qu'ainsi, n'ayant qu'un même chef, un même esprit, les mêmes Constitutions, une même conduite, tous ses sujets-n'aientiqu'un même cœur et une même âme ; et toutes ses maisons étant comme une même maison et un seul corps, elle ait plus de conformité avec la sainte Église de Dieu, plus de force pour travailler efficacement à la gloire de sa divine Majesté et au salut des âmes, et qu'elle puisse fournir à Messeigneurs les Évêques plusieurs bons sujets qui les servent utilement dans leurs diocèses.
Comme la Congrégation est un corps ecclésiastique, qui doit par conséquent, autant qu'il est possible, être réglé sur l'exemple de l'Église, en laquelle les charges pastorales sont perpétuelles : aussi celle du Supérieur de la même Congrégation sera perpétuelle, à la vie de celui qui aura été légitimement élu, parce qu'il est nécessaire, pour bien exercer cet office, d'une longue expérience dans le gouvernement, d 'une grande connaissance des sujets que l'on gouverne, et d'une grande autorité, laquelle est bien plus forte dans la supériorité perpétuelle qu'en celle qui n'est que pour peu de temps.
Joint que, par ce moyen, on évitera plusieurs grands
1. A l'époque du P. Eudes, les diverses maisons d'un même Ordre étaient d'ordinaire indépendantes les unes des autres. Chacune avait -.1 vie et son administration propres. C'est le régime que le P. Eudes établi! dans l'Ordre ée Notre- Dame de Charité; mais il crut avec raison que lu Congrégation de Jésus et Marie ne pourrait jamais ?e maintenir sous un pareil régime, et c'est pourquoi il la soumit à an Supérieur général. Aujourd hui, même parmi les Communautés de femmes, le régime de la séparation est en défaveur, et nous sommes surpria que. le P. Eudes ait cru devoir en faire mention dans les CoTKêlitùtione , même pour l'écarter.
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inconvénients qui arrivent ordi n ninniprit dans ies chau céments trop fréquents dans une Supériorité si importante ; et qu'en éloignant le temps de cette élection, l'ambition, qui est la source dune infinité de malédiction-. ne fera pas le mal qu'elle pourrait eau-er. si elle eu avait pl'is souvent l'occasion.
Ajoutez à cela qu'il est beaucoup plu- larile de rencontrer un homme propre pour cette charge, que d'en trouver plusieurs, ce qui serait nécessaire s'il t'ai. ai! changer s'uivent.
Il est vrai qu'il peut y avoir aussi des inconvénients dans une Supériorité perpétue We : mais il y sera remédié parles moyens qui seront conh nus cijaprè>. dans të «lia pitre cinquième de cette onzièuu' partie.
Celui qu'on choisira pour cet office doit avoir les qualités suivantes :
La première etla plus nécessaire cfest l'esprit de pieié et il 'oraison, par lequel il puisse communiquer avec Dieu, peur obtenir de lui les lumières et les gréci - qài lui Bout nécessaires pour exercer dignement les fonctions d'une telle charge.
L.i seconde est que sa vie el sa conversation soit une règle vivante et un exemplaire de toute SOtte de vertu. de sorte qu'on ne voie rien en lui qui ne porte édfftcation, tant pour ceux de la Congrégation, que pour les externes. Mais il doit être rempli speciàlemenl d'un zèle très ;ii'(lent pour la gloire de Dieu, d'une dévotion srnrgnliere vers Nnirc-Seigni'ur Jésus Chrisl et sa très sainte Mère, d'uneparticulière atleelion pour la Congrégation, d'une humilité, charité, douceur el mansuétude qui le rendent aimable n Dieu et aux hou nies, el d'une grande él magnanimité.
L,i troisième es! qu'il soit doue d'un esprit solide, d'un jugement excellent el dune grande prudence
et qu'il soit fort exercé el expérimenté dans les choses
spirituelles et intérieures, tant atiu de Savoir donner les
conseils et les remèdes convenables aux nécessités spirituelles d'un grand nombre d'esprits différents qu'il aura à gouverner, que pour se conduire avec la discrétion requise dans le maniement de plusieurs affaires, qui lui passeront par les mains, et dans la communication qu'il sera obligé d'avoir avec un grand nombre de personnes, tant au dedans qu'au dehors de la Congrégation.
La quatrième, qu'il soit non seulement généreux pour entreprendre les choses qui regardent la gloire de Dieu et le salut des âmes, spécialement dans la Congrégation ; mais qu'il soit vigilant, soigneux, et diligent pour les poursuivre et conduire à leur fin, afin qu'elles ne demeurent pas imparfaites par sa négligence et lâcheté.
Outre cela, la science est requise à celui qui doit gouverner ceux desquels le Saint-Esprit a dit : Labia sacerdolis custodient scientiaru, et legem requirent ex ore ejus1. Mais la piété et la prudence lui sont beaucoup plus nécessaires. C'est pourquoi celui qui en a le plus, quoiqu'il ait moins de science, doit être préféré à celui qui serait plus savant que pieux et prudent.
On doit aussi avoir égard à la santé, à la composition extérieure du corps, et à l'estime et réputation que ceux qu'on regarde pour l'élection ont parmi les externes, et beaucoup plus au respect et à l'affection que ceux de la Congrégation ont pour eux.
Celui-là ne pourra être élu Supérieur de la Congrégation, qui n'aura pour le moins trente-trois ans accomplis, sept de réception en la Congrégation, et cinq de prêtrise, semblablement accomplis ; non plus que celui qui serait en un âge si avancé, qu'il n'aurait plus les forces nécessaires pour vaquer aux fonctions d'une telle charge.
Enfin celui qui excellera en ces trois qualités, à savoir en probité, jointe à une science suffisante, en prudence et en affection pour la Congrégation, doit être préféré.