‹ Œuvres complètes du vénérable Jean Eudes, missionnaire apostolique (volume 2)Chapitre 354 sur 480 · CHAPITRE VI L'office du Supérieur de la Congrégation · texte numérisé non relu

CHAPITRE VI L'office du Supérieur de la Congrégation

xl méditera souvent devant Dieu l'importance extrême -1 de son office, les obligations très grandes qif il a de le bien faire, les fruits innombrables qui en procéderont, et les maux indicibles qui arriveraient de sa négligence en un œuvre de telle conséquence.

Il pensera que Notre-Seigneur étant, avec inte

Mère, le Supérieur primitif de la Congrégation, e! lui étant comme son Vicaire, qui tient sa place el qui représente sa personne, il doit être une image vivante de Jésus il ne doit rien faire qu'en son nom el en son esprit el il doit tâcher d'agir, de parler et de gouverner comme i! agirait, parlerait et gouvernerait Lui-même, s'il étail présent \isiblement,

Il regardera sa supériorité, non comme un honneur et dignité, mais comme une charge et une croix, et comme l'office de la Congrégation le plus périlleux el le plus formidable; tant parce que Dieu lui demandera compte de tous les désordres qui arriveront dans ta Congrégation par sa faute ou négligence, que d'autant qu'il est plus expos la rage de trois serpents infernaux qui sont très danj reux, à savoir: lamuur-propre. L'orgueil el la propre lonté.

Il pèsera souvent ces paroles du Fils «le Dieu : Qui major est in vobis, fiai sicut minor; et qui prœt tt sicut ministrator ' . Et quicumque voluerit invobis prrnius ■

mt omnium servuë -'. El ainsi il se regardera cdn Le

dernier de la Congrégation, qui es! obligé de servir tous Les autres, el de pourvoir plutôt à toutes Leurs néci ssités

\. Lu., \.\ll. 26. —S Marc. X,

qu'aux siennes propres, et de s'employer volontiers aux ministères les plus abjects et aux actions les plus basses.

Il gravera dans son cœur ces paroles de saint Paul : Qui prœest, in sollicitudine l ; et comme Notre-Seigneur prend un tel soin des moindres choses qui nous regardent, qu'il compte tous les cheveux de nos tètes, ainsi qu'il nous en assure lui-même : ainsi, à son imitation, il s'appliquera soigneusement à tous les besoins de la Congrégation, afin d'y pourvoir en la meilleure manière qu'il pourra.

Il considérera qu'une âme est plus précieuse devant Dieu qu'un monde, que gouverner une âme c'est plus que de gouverner un monde, et qu'il répondra devant le Fils de Dieu de toutes les âmes qu'il lui a commises, sang pour sang et âme pour âme ; et par conséquent qu'il doit s'employer avec très grande affection et diligence à procurer le salut et la perfection de tous ceux qui sont sous sa conduite.

Il se souviendra qu'il doit plus gouverner par charité que par autorité, par prière que par commandement, par exemple que par paroles, par douceur que par rigueur, par esprit de mansuétude que par esprit de domination et d'empire : Non dominantes incleris, sed forma facti gregis ex animo2', et qu'il doit imiter Notre-Seigneur duquel il est dit que cœpit facere et docere3, et qu'il était potens opère et sermone 4 ; et qu'ainsi il doit être le premier à faire ce qu'il enseigne aux autres, de peur d'être semblable aux Pharisiens dont le Fils de Dieu disait : Dicunt et non faciunt5; et qu'enfin il doit se comporter au regard de tous, non comme un maître sévère et rigoureux, mais comme un père plein de bénignité et de cordialité, se rendant aimable et affable à tous ses enfants, et s'étudiantde gagner le cœur d'un chacun et de se rendre tout

1. Rom. XII, 8. - 2. I Petr. V, 3. - 3. Act. I, 1. h. Luc. XXIV, 19. — 5. Matth. XXIII, 3.

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