‹ Œuvres complètes du vénérable Jean Eudes, missionnaire apostolique (volume 2)Chapitre 378 sur 480 · PARTIE DOUZIÈME. — CHAPITRE III · texte numérisé non relu

PARTIE DOUZIÈME. — CHAPITRE III

qu'il réjouisse ceux qui sont tristes, et qu'il parle souvent à un chacun pour s'enquérir discrètement et charitablement de Tétai présent de son esprit et des choses dont il a besoin, pour par après l'aider, l'exciter ou le soulager.

Enfin un bon Supérieur doit se rendre plus affectionné et plus soigneux de pourvoir aux nécessités de ses inférieurs qu'aux siennes propres. Car c'est une chose de fort mauvaise édification, et qui marque peu de charité vers le prochain et beaucoup d'amour-propre vers soimême, de voir un Supérieur revêtu de bons habits et qui ne manque de rien en tout le reste, et que ses inférieurs ne soient pas de même.

Il aura un soin tout particulier des jeunes, qui, comme petits enfants, sont encore faibles dans la dévotion, se souvenant de ce que dit saint Bernard à ceux qui servent les âmes, « que la charge des âmes n'est pas des âmes fortes, mais des infirmes. »

Surtout il pourvoira avec une affection extraordinaire aux nécessites spirituelles et corporelles des malades, et les servira fort souvent de ses propres mains, es maladies de conséquence, et fera les autres choses qui son! prescrites sur ce sujet en la quatrième partie, au chapitre premier, qui parle de la Charité fraternelle.

Il doit s'étudier particulièrement à faire les corrections nécessaires, dans l'esprit de charité. Pour cet eflet, il ne doit point reprendre les fautes qui se commettent, sur-lechamp, devant les autres, mais en particulier, avec douceur, si ce n'est que la faute fût telle que, pour l'édification de ceux qui l'auront vu faire, elle requière une prompte correction, laquelle en ce cas là il fera en telle sorte que, blâmant le défaut, il soulage le défaillant.

Il ne doit jamais reprendre personne pendant qu'il sent ensoi quelque trouble ouémotion, pour petit.' qu'elle soit ; et quand il le faut faire, il doit auparavant s'humilier devant Dieu en la vue de ses propres fautes, 86 donner à l'esprit de charité et de bénignité de Notre-Seigneur,

le supplier de disposer celui qui a failli à faire bon usage de ce qu'il lui dira, et se garder bien de lui parler avec passion ou sentiment, ni d'user de paroles âpres ou injurieuses envers qui que ce soit, comme sot, ou bête, ou étourdi, ou badin, ou chose semblable.

Après la correction, il doit demeurer dans la douceur de cœur envers son frère, comme auparavant.

S'il lui arrive d'excéder, il doit s'en humilier profondément devant Dieu, et lui demander pardon de sa faute ; et ensuite chercher au plus tôt l'occasion de parler avec douceur à celui qu'il a traité trop rudement.

Il ne doit pas reprendre à toute heure toutes les fautes qu'il voit faire, quand elles sont légères et sans volonté délibérée, mais il en faut dissimuler plusieurs, ne faisant pas toujours semblant de les voir, et exercer la patience et le silence, priant Notre-Seigneur qu'il y remédie luimême ; puis s'il voit que Ton retombe plusieurs fois dans les mêmes défauts, alors il en fera la correction avec charité.

Il est bon qu'il laisse faire aux Assistants, à l'Économe et aux principaux officiers, la correction des fautes ordinaires qui se font par les officiers subalternes, dans les offices qui dépendent des premiers officiers : se réservant d'y mettre la main en dernier ressort, s'il en est besoin.

Dans les corrections, il faut tenir cet, ordre pour l'ordinaire, si quelques circonstances n'obligent la prudence d'en user autrement. La première fois que l'on avertit quelqu'un d'une faute qu'il a commise, il le faut faire avec grande charité et mansuétude. En la seconde, il le faut faire encore avec charité, mais de telle sorte néanmoins qu'on lui en donne confusion. En la troisième, il faut mêler la sévérité avec la douceur, et joindre les effets 4e la justice avec ceux de l'amour, imposant quelque pénitence, comme de laver la vaisselle en la cuisine, de l'aire l'humiliation au réfectoire, de baiser les pieds des autres pendant qu'ils sont à table, de nettoyer leurs

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