I. - COMPOSITION ET HISTOIRE DES « RÈGLES ET CONSTITUTIONS
Lorsqu'il fonda sa Congrégation, le P. Eudes n'avait pas de règles écrites à lui donner. D'ailleurs, ce n etail pas nécessaire. Le Vénérable avait recruté premiers disciples parmi les prêtres auxiliaires qui l'accompagnaient habituellement dans ses mis- -i n.-. lis connaissaient la discipline et les usages de I Oratoire. On s'y conforma au début, en attendant que l'expérience vint suggérer les additions ou les changements qu'il convenait d'y introduire.
Pourtant, dès 1645", le P. Eudes rédigea une première ébauche des Constitutions. Il y fut poussé par M Cospéan, évêque de Lisieux, qui regardait ce travail comme indispensable pour faire enregistrer wi Parlement de Rbuen les lettres patentes qui auent rétablissement de la Congrégation1. Le ,ml donc â l'œuvre, et bientôt il sou- "," ' M Cospéan son projet de Constitutions.
M. Annales, l, p. 124 : Mairtine-Lecointe, VU du P. Eudes,
Ce n'était qu'un abrégé en vingt chapitres ; mais le pieux fondateur y avait fait entrer tout ce qu'il regardait comme essentiel dans l'organisation de la Congrégation. Avant la Révolution, on conservait à Caen deux exemplaires de cet abrégé, l'un en français, écrit tout entier de la main du P. Eudes, et intitulé : Constitutions de la Congrégation de Jésus et Marie ; l'autre en latin, corrigé par le Vénérable, et ayant pour titre : Statuia Congregationis Jesu et Marin'. Voici d'après le P. Costil le sujet des divers chapitres de l'ouvrage :
« Le premier traite de l'état de la Congrégation ; le deuxième de la soumission parfaite au Saint-Siège, où l'on voit un projet de vœu de soutenir son autorité, non dans les choses douteuses, comme on voulait l'imputer au P. Eudes sur la lin de ses jours, mais seulement de la défendre contre les hérétiques, schismatiqueset impies, ce qui est du devoir de tous les catholiques1. Le troisième traite des fins de la
\. D;ins la rédaction définitive, ce chapitre l'ut remplacé par un autre qui traite de la dépendance de la Congrégation vis-à-vis des ÉTêques. Il ne i'audr lit p;is en conclure que les vues du P. Eudes avaient changé. Tous les documents relatifs à la fondation de la Congrégation montrent, en effet, que le Vénérable voulut toujours l,i plaeer sous là dépendance des Évoques. D'ailleurs, l'autorité des Évêques étant subordonnée à celle du Souverain Pontife, tous les catholiques, honni- les religieux exempts, doivent être soumis à l'une et à l'autre. !)<■ là ces paroles du Vénérable dans ses Constitutions définitives, p. I. <-h. 1 : « Comme la Congrégation veut demeurer perpétuellement dans la hiérarchie que le Saint-Esprit a établie d ms l'Église : aussi, après l'honneur, le respect et l'obéist sance qu'elle <l<>il à Soin- Saint-Père le Pape, comme au Souverain Pontifie et Vicaire de V&tre-Seigneur Jésus-Christ en terre, elle.veul vivre înviolablemenl dans la dépendance de Messeigneurs les Illustrissim is el I! hrérendissimes Évoques ». Le texl - primitif avec le projet dé vœu qu'il renferme rappelle un peu le vœu que font les profès de la Compagnie de Jésus, de se tenir à la disposition du Souverain Pontife pour aller partout où il les enveira il <'>i possible aussi que, parce vœu, le I* Eudes voulût mettn •niants à l'abri des erreurs d • Vigor, de Richer et de leurs disciples.
Congrégation ; les quatrième, cinquième et sixième, de ce que l'on doit faire chaque jour, etc.. ; le septième, de ce qu'il faut enseigner dans le Séminaire; le huitième, des devoirs des Séminaristes ou Ordinands ; le neuvième, du gouvernement de la Congrégation ; le dixième, de l'élection du Supérieur général : le onzième, de son pouvoir sur et dans la Congrégation; le douzième, du pouvoir qu'elle a sur lui ; le treizième, de la visite annuelle; le quatorzième, de la réception ou exclusion des sujets de la Congrégation ; le quinzième et le seizième, de la charité ; le dix-septième, de l'humilité; le dix-huitième, de l'obéissance ; le dix-neuvième, de la pauvreté ; et le vingtième, des choses temporelles1. »
Msr Cospéan se montra très satisfait de ces Statuts^ et il écrivit à Msr d'Angennes, Evêque de Bayeux. pour le plier de les approuver.
« 11 n'y a rien, lui disait-il, qui puisse apporter aucune difficulté. Je les ai vus, et m'assure qu'on ne les lira point qu'on ne les approuve. Ils ne choquent personne; ils sont dans les maximes de l'ancienne Église, que les Parlements honorent et désirent de voir pratiquer. En un mot, ils apportent de très grands biens sans aucun mal2. »
Au dire du I*. Gostil3, et du P. Martine4, c'est vers cette époque que furent composées les deux Règles intitulées : Régula Domini Jesu, et Régula SS. Virginis Mariée, qui plus tard furent placées par le Vénérable en tète des Constitutions.
En 1647, l'un des disciples du P. Eudes, M. Mannoury, fit, pour La seconde fois, le voyage de Rome »" mic .1 obtenir L'approbation de la Congrégation par le Saint-Siège. Entre autres documents, il emporta
! Costll, Annales, f. p. 124.
ttre du 13 septembre, citée par Costil, Annales, \, p. 125. -iii. I. c. — i. Martine, l, p. m.
une copie des Règles et Constitutions qu'il soumit au Cardinal Capponi, Préfet de la Propagande. Le Cardinal en fut enthousiasmé : « Je lui présentai nos statuts, écrivait M. Mannouryle 20 janvier 1648 : il en lut presque la moitié. En les lisant, le cœur lui bondissait de joie -de voir notre dessein, et spécialement les statuts de la sainte Ecriture1. Quelquefois il s'arrêtait et me disait son sentiment sur les passages. Il m'obligea de les lui laisser, et après avoir loué notre Institut, il ajouta : 0 utinam essent in omnibus cicitatibus ejusmodi Seminaria 2 ! »
Dès cette époque, il semble que les Règles étaient achevées. Il n'en était pas de même des Constitutions. La rédaction de 164o n'était qu'une ébauche. Dans la suite, le P. Eudes ne cessa de travailler à compléter son travail ; souvent même il prélevait, dans ce but, quelques heures sur le repos de la nuit3. Toutefois, c'est surtout en 1652 4 qu'il s'appliqua à mettre en ordre les matériaux qu'il avait réunis à cette lin, et c'est à cette époque qu'il divisa les Constitutions en douze parties et qu'il leur donna, à peu de choses près, leur forme définitive.
Le P. Martine nous a conservé de précieux détails sur la manière dont le pieux auteur rédigea son ouvrage. « Le P. Eudes, dit-il, ne se contentait pas de peser les choses en la balance du bon sens : il avait surtout soin de prier beaucoup, et de consulter Dieu sur chaque article, avec une grande pureté d'intention, ne cherchant uniquement qu'à con-
1. Il s'agit manifestement dans ce texte de la Règle de Noire- Seigneur et de celle de la sainte Vierge. Elles seules sont tirées de la sainte Écriture.