La dignité du Prêtre
Quand il traite du sacerdoce, le Père Eudes commence presque toujours par nous le présenter comme
une surprenante uniformité. Chaque personnage nous présente tous les grands caractères ascétiques qui ont distingué en tous temps les fidèles ministres du Prêtre éternel, qui est Jésus-Christ Notre-Seigneur. Ce sont des prêtres saintement passionnés d'honorer le Verbe incarné en tous ses mystères, et de prêcher le culte delà très sainte Vierge. Ce sont des prêtres qui aiment l'oraison mentale, et qui croient profondément au dogme de la vie surnaturelle. Ce sont des prêtres qui recherchent la pauvreté, les humiliations et les souffrances. Ce sont des prêtres qui se dévouent sans mesure pour la tâche à laquelle ils sont appliqués, qui travaillent dans un esprit de soumission filiale aux doctrines de l'Église catholique, et qui veulent atout prix faire observer ta discipline des saints ConcilesL. Un même souffle surnaturel les entraine, c'est l'esprit du souverain Prèlre qui les anime, et tel est le vrai secret de leur puissance el de leur fécondité. » Letourneau, Les saints Prêtres français du XVII* siècle. 1° série. Préface, p. un, xiv.
le plus grand et le plus admirable de tous les ordres de la terre et du ciel.
A une époque où la noblesse du sang jouissait encore de tout son prestige, et où les dignités bumaines séduisaient par leur éclat, le Vénérable se plaisait à montrer dans le sacerdoce la noblesse la plus hante et la dignité la plus sublime que l'on puisse concevoir. 11 proclamait avec complaisance que les prêtres, issus du sang royal et divin de Jésus-Christ, sont les premiers-nés des enfants de Dieu, les grands dignitaires de sa maison, les premiers officiers de sa cour, les ministres de sa Toute- Puissance, les juges souverains dont les arrêts valent pour l'éternité, les princes et même les rois de l'état du grand Roi, puisque Jésus-Christ a daigné les associer à sa royauté en même temps qu'à son sacerdoce, suivant cette parole de saint Luc : Ego dispono vobis sicut <Iisposuit mihi Pater meus regnutn l.
Rempli de vénération pour les divers ordres religieux qui embaument l'iiglise du parfum de leurs vertus, et qui, à cette époque, renaissaient à la ferveur avec une vigueur incomparable, le P. Eudes n'a jamais voulu les comparer expressément au sacerdoce. Toutefois, sa pensée sur ce point n'est nullement douteuse. Si grands et si illustres que soient les ordres religieux, leur gloire pâlit devant celle du sacerdoce dont Jésus-Christ est, répète-t-il souvent, « l'Instituteur », « le Fondateur » et « le Chef » % et <jui est, dit-il encore, « le premier et le plus saint
'Luc. XXII, 29. Cf. Mémorial, chapitre préliminaire. Voir aussi, dans la 5" partie, la méditation sur l'ordre do portier.
2 Mémorial, Dédioace aux prêtres de l'Église triomphante, et passirri; Le Bon Confesseur, ch. L; Manuel pour une communauté' d'ecclésiastiques, Pour la fête de la Présentation de la sainte Vierge, etc.
de tous les ordres », et celui « qui sanctifie tous les autres1 ». Seulement, le sacerdoce et l'état religieux ne s'excluent pas. Souvent au contraire ils se superposent l'un à l'autre, et ainsi les mêmes sujets peuvent avoir l'honneur d'appartenir à la fois à un ordre religieux proprement dit et à l'ordre divin du sacerdoce de Jésus-Christ. Peut-être est-ce pour ce motif que le P. Eudes s'est toujours abstenu de les comparer entre eux.
En revanche, il n'hésite pas à comparer le sacerdoce aux hiérarchies angéliques, et à proclamer le prêtre supérieur aux Anges et aux Archanges, non pas en nature, mais en grandeur et en puissance. En est-il un seul parmi eux, demande-t-il, qui ait reçu, comme le prêtre, le pouvoir d'effacer le péché et de communiquer la vie de la grâce, d'enfanter Jésus- Christ dans les âmes et de l'immoler chaqu,e jour à l'autel2? Ce sont là des pouvoirs d'un ordre tout divin, qui élèvent singulièrement le prêtre au-dessus de tous les Anges du ciel.
Le P. «Eudes aimait aussi à rapprocher le prêtre de la sainte Vierge. Non qu'il se soit jamais permis de l'élever au-dessus d'elle sous aucun rapport. Au contraire, chaque fois qu'il exalte le sacerdoce audessus de toutes les grandeurs de la terre et du ciel, il excepte expressément la maternité divine 3. Mais il voyait, dans les rapports du prêtre avec Jésus- Christ et avec les âmes, une participation à la double maternité de Marie, et c'est pourquoi il se plaisait à l'appeler la « Mère4 » et parfois la « Reine » et
1 Manuel, 1. c.
* Mémorial, chapitre préliminaire.
3 Mémorial, chapitre préliminaire; 5* part., méditation sur les obligations des prêtres, etpassim.
4 Manuel, 4e part.. Pour la fête de la Présentation delà B. Vierge ; Mémorial. 5e part., Méditation sur la dévotioTi à Marie, et passim.
la « sœur » des prêtres1, et à saluer en ceux-ci une « image de la Vierge Mère » 2.
Pour comprendre la grandeur du sacerdoce, le P. Eudes montait encore plus haut. Il s'élevait jusqu'à l'adorable Trinité', et contemplait en elle le principe et la fin du sacerdoce et de toutes ses grandeurs3. Il allait même jusqu'à voir dans les fonctions du prêtre une sorte de participation aux opérations les plus nobles des trois Personnes divines. Le pouvoir qu'a le prêtre de produire Jésus-Christ dans l'Eucharistie et de le former dans l'âme des fidèles n'est-il pas, en effet, une image frappante de la paternité du Père ? Dans l'accomplissement des
1 Ilorum matrem te Mariam, Et sororem, et reginam Omnis laudet spiritus.
Prose de la messe du Sacerdoce. — L'expression de « sœur » des prêtres rappelle celle de « Vierge-prêtre », que l'on trouve dans l'hymne Quam pulchre araditur, dont on se sert à Saint- Sulpice aux vêpres de la Présentation :
Quid' nos illaqueant improba gaudia ?
Cur nosjam pigeât vincula rumpere ?
Dux est Virçjo sacerdos ;
Fas sit quo properat sequi.
Pie IX s'est fait le défenseur de cette expression, dans un bief en date du 2") août 1873 : « Adeo arcte (.Maria) se junxil divini Filii sui sacrificio, ut Virgo sacerdos appellata fuerit ab Ecclesiœ Patribus.
2 Imago Ma /ris Virginia, * Lucerna Christi corpoi-is,
■ Caput, sinus, cor, ubera :
Quis tanta laudet munera ?
Offic» du Sacerdoce, hymne des Matines. Le P. Eudes dit en note : « Sacerdotes Virginis Matris imago dicuntuif quia, sicut per eam, sieperipsos, Ghristus formatur, datur fidelibus, et Deo immolatur. » Cf. Mémorial, 5e part., Méditation sur la dévotion à Marie. 3 De là la doxologie des hymnes de l'office du Sacerdoce : Pra>sta. beata Trinitas, Origo, finis omnium, Patrum tenere sémitas Nune et per omne saeculum.
fondions sacerdotales, est-ce qu'il ne continue pas ici -bas l'œuvre du Verbe incarné ? Et tout ce qu'il fait pour étendre le règne de Dieu dans les cœurs, en les purifiant de la souillure du péché et en leur infusant la grâce sanctifiante, ne l'associe-t-il pas très étroitement à l'action sanctificatrice du Saint-Esprit ? Ces pensées se rencontrent souvent dans le Mémorial '. Elles remplissent les hymnes et la prose de l'office du Sacerdoce !. Mais nulle part le P. Eudes ne les a exposées avec plus de précision et de piété que dans cette belle élévation de son Mauurl :
« Vous êtes, ô mon Dieu, le principe et la source de toute la dignité, puissance et sainteté du sacerdoce chrétien, car c'est de vous que procède toute sorte de bien. Vous êtes la fin de toutes ses fonctions, car elles n'ont point d'autre but que l'honneur qui est dû à votre divine Majesté. Vous êtes la consécration, la bénédiction et la sanctification de tous les prêtres de votre Eglise. C'est par l'élection et la vocation spéciale de votre adorable volonté qu'ils sont choisis et appelés à unesi haute dignité. C'est par une communication de votre admirable paternité, ù Père saint, qu'ils sont faits les pères des enfants de lumière. C'est par une participation de votre divin Sacerdoce, ô Jésus, Fils unique de Dieu, qu'ils sont les sacrificateurs du Très-Haut. C'est par une effusion spéciale de votre divine sainteté, ô divin Esprit, qu'ils sont les sanctificateurs des âmes. C'est
« 1 Mémorial, chapitre préliminaire ; 1e partie : 5e p., Méditation sur, les obligations des prêtres, et passim.
1 Voici, par exemple, une strophe de la prnse qui exprime nettement toutes ces idées :
Vus consortes Dei Patris, Patres estis Dei fratris, Quos unxit Paraclitus.
en eux et par eux, ù Moi du ciel, que vous vous rende/ visible sur la terre, et que vous y faites des œuvres qui n'appartiennent qu'à une puissance et à une bonté infinies. Enfin vous êtes leur partage, leur trésor et leur gloire dans la terre et dans le ciel '. »
De toutes les relations du prêtre avec les trois Personnes divines, la plus importante à remarquer, pour bien comprendre la doctrine du P. Eudes sur le sacerdoce, c'est celle qui unit le prêtre au Verbe incarné.
Jésus-Christ est, en effet, le « Souverain Prêtre ». C'est lui qui, de toute éternité, a été choisi pour être l'unique médiateur entre Dieu et les hommes2. C'est par lui que l'humanité doit rendre à Dieu le culte d'adoration et d'amour, de louange et d'expiation, de supplication et d'action de grâces auquel il a droit. C'est par lui aussi que Dieu s'est réservé de communiquer aux hommes toutes les grâces qui doivent les conduire au salut. Jésus-Christ a donc reçu la grâce du sacerdoce dans sa plénitude, et par un sacrifice unique, il a consommé l'œuvre du salut qu'il avait mission d'accomplir3. Venu sur la terre dans la plénitude des temps, comme parle saint Paul4, tous les sacerdoces antérieurs au sien n'en ont été que l'ombre et la figure, et s'ils ont pu produire quelques fruits, c'est par une application anticipée du sacrifice de la croix. Depuis qu'il est monté au ciel, Jésus-Christ n'a pas cessé d'être le prêtre du Très-Haut. Son sacerdoce est éternel, il ne sera ja-
1 Manuel, 4" p., Pour la fête de l'a Présentation.
2 « Unus Deus, unus medialor Dei et hominufti homo Christus Jésus. » 1 Tira, II, 5.
3 « Una oblatione consummavit in sempiternum sanc'tificatos. » Heb. X, 14.
4« lu dispensatione pleniludiuis Leniporum. kEph. 1. 10. Cf. Gai. IV, 4.
mais ni abroge, ni remplacé1. Seulement, pour en continuer les fonctions sur la terre, il se choisit des représentants, des vicaires qu'il associe à sa dignité et revêt de sa puissance, afin qu'ils puissent, en son nom et à sa place, vaquer au culte divin.
Le sacerdoce catholique n'est donc pas distinct de celui de Jésus-Christ. Il n'en est qu'une extension et une participation amoindrie. Il n'y a pas deux sacerdoces, il n'y en a qu'un qui existe originairement et souverainement en Jésus-Christ, et qui, de lui, se communique à ses ministres.
Cette unité du sacerdoce nous est clairement révélée dans le saint Evangile. Dans son épitre aux Hébreux, saint Paul a achevé de la mettre en lu- • mière en la présentant sous un jour nouveau. Le P. Eudes y revient souvent et l'on peut dire, sans exagérer, que tous ses enseignements sur le sacerdoce en découlent.
« Vous êtes du sang royal et divin de Jésus- Christ, dit-il en s'adressant aux prêtres : vous êtes entrés dans sa généalogie ; vous êtes ses frères et ses membres en un degré bien plus éminent que les autres chrétiens, car vous êtes 'revêtus de son sacerdoce royal, et votre sacerdoce n'est qu'un avec le sien et vous n'êtes qu'un prêtre avec re Souverain Prêtre ; d'autant que, comme il n'y a qu'un sacerdoce dans la religion chrétienne : Unum est sacerdotium 2, lequel est originairement et souverainement en Jésus-Christ, et par extension et communication dans les autres' prêtres ; aussi, à proprement parler, il n'y a qu'un seul prêtre, qui est ce
1 « Hic autem, eo quod mane.it in sternum, sempiternum habet sacerdotium. » Heb. VII, 24.
a Symmach.papa, Epislola 10 çid Eonium episcopum.
même Jésus-Christ, souverain Prêtre, tous les autres prêtres n'étant qu'un avec lui1. »
Le sacerdoce a donc pour effet d'unir le prêtre à Jésus-Christ d'une manière toute spéciale.
Déjà, par le caractère et la grâce du baptême, le chrétien a contracté une union étroite avec le divin Maître. Devenu membre de son corps mystique, il est appelé à continuer sa vie divine, ici-bas dans l'épreuve, et là-haut dans la gloire. C'est ainsi, nous l'avons vu en étudiant le Royaume de Jésus, que le P. Eudes envisage la vie chrétienne. Il ne veut pas qu'on la sépare de celle du divin Maître, dont . elle est l'extension et l'achèvement en chaque fidèle.
Toutefois, par le baptême, le chrétien n'est associé à la vie du Sauveur que pour son avantage personnel et, pour*ainsi dire, à titre privé. Le caractère sacerdotal perfectionne cette union en la rendant plus étroite. Par l'ordination, en effet, Jésus- Christ associe ses ministres à l'exercice de sa médiation entre Dieu et les hommes, à sa dignité d'homme public et de chef religieux de l'humanité. Par elle, le prêtre devient, avec Jésus-Christ et par Jésus-Christ, le sacrificateur du Très-Haut, le docteur et la lumière du monde, le juge des consciences, le pasteur et le médecin des âmes, le ministre des sacrements et le sauveur de ses frères. Il se trouve ainsi associé aux plus glorieuses prérogatives du Verbe incarné, et il tient vraiment sa place aux yeux de Dieu et des hommes : Sacerdos aller Christ us !
Il n'y a pas de pensée qui revienne aussi souvent que celle-là sous la plume du P. Eudes.
« Vous avez, dit-il aux prêtres, une alliance toute
1 Mémorial, chapitre préliminaire. Voir aussi la dédicace aux saints prêtres de l'Église triomphante, et passim. La même idée se retrouve dans le Bon Confesseur, ch. 1".
XXX LE MEMORTAD
spéciale avec Jésus-Christ, qui est l'instituteur, le fondateur, le chef et le supérieur de votre saint ordre. Non seulement cet adorable Sauveur vous met en société avec lui dans les plus grandes choses qu'il a faites en ce monde pendant qu'il y était, et qu'il fait encore maintenant au ciel et en la terre, mais il vous rend participants des plus hautes perfections et des plus nobles qualités que son Père lui a données1. »
« Vous êtes, dit-il ailleurs, la partie la plus noble du corps mystique du Fils de Dieu. Vous êtes les yeux, la bouche, la langue et le cœur de l'Eglise de Jésus, ou pour mieux dire, vous êtes les yeux, la bouche, la langue et le cœur de ce même Jésus.
« Vous êtes ses yeux, car c'est par vous que ce bon Pasteur veille continuellement sur son troupeau ; c'est par vous qu'il l'éclairé et qu'il le conduit; c'est par vous qu'il pleure celles d'entre ses brebis qui sont entre les griffes du loup infernal, et qu'il verse des larmes sur la mort de son cher Lazare, c'est-à-dire sur les âmes mortes par le péché.
« Vous êtes sa bouche et sa langue, car c'est par vous qu'il parle aux hommes, et qu'il continue à leur annoncer la même parole et le même évangile qu'il leur a prêches par lui-même, lorsqu'il était sur la terre.
« Vous êtes son cœur, car c'est par vous qu'il donne la vraie vie, la vie de la grâce en la terre et la vie de la gloire au ciel à tous les véritables membres de son corps. Oh ! que de merveilles ! Oh ! que de faveurs ! Oh ! que de grandeurs dans la dignité sacerdotale - ! »
* J.e Bon Confesseur, ch. 1.
s Mémorial, chapitre préliminaire. La même pensée se rencontre encore dans la 1" partie, quand l'auteur parle des qualités
« Vous ries, dit-il encore, les oracles du Verbe éternel, les prophètes de sa sainte parole '. Vous êtes les images vives et parfaites de Jésus-Christ-'. Vous êtes des Jésus-Christ vivants et marchants sur la terre, puisque vous porte/ le plus beau de ses noms qui est celui de Sauveur, que vous représentez sa personne/ que vous tenez sa place, que vous êtes revêtus de sa royauté et de son sacerdoce, que vous agissez en son nom. et de sa part, que vous êtes employés dans ses plus grandes œuvres, et que vous avez à continuer sur la terre toutes les fonctions sacerdotales qu'il y a exercées 3. » •
Envisagé sous cet aspect, le sacerdoce paraît bien grand. On a dit très justement que le chef-d'œuvre de Dieu c'est Jésus-Christ, et que ce qu'il y a de plus grand, de plus saint, de plus auguste en Jésus- Christr
d'un bon pasteur. La voici exprimée en vers dans l'hymne des Matines de l'office du Sacerdoce :
Imago Ma tri s Virginis, Lucerna Christi corporis, Caput, sinus, cor, ubera :
Quis tanta laudet munera ?
On lit aussi dans l'hymne des 11 Vêpres :
Pupilla vos charissima, Os, lingua, cor, et viscera, Manusque Régis gloriœ :
Sponsi, patres Ecclesia'.
1 Mémorial, dédicace aux saints prêtres de l'Église triomphante. On retrouve la même idée dans ces deux strophes de l'hymne des Laudes:
Vos sacra oœli buccina A Proie niissa Virginis, Légat ione cœlica, Arcana Jesu panditis.
Vos Spiritus oracula, Tormenta Christi bellica; Per vos patent mysteria, Per vos fugantur crimina.
2 Mémorial. 1. c.
3 Mémorial, ibid . «
WXII LE MEMORIAL
c'est son sacerdoce1. Quel honneur pour un homme de s'y voir associé"! Et comme les fonctions du saint ministère se trouvent ennoblies, quand on se dit qu'on les accomplit au nom et à la place de Jésus- Christ!
Et puis quels pouvoirs merveilleux que ceux que le souverain Prêtre communique à ses ministres ! 11 leur donne le pouvoir de régénérer les âmes en les délivrant du péché et en les revêtant de la grâce sanctifiante, ce qui, à certains égards, est une œuvre plus excellente que la création du monde 2. Bien plus, lui, le Créateur du ciel et de la terre, il se soumet à l'autorité des prêtres % et, quand ils le veulent, il le font descendre sur l'autel, le portent où bon leur semble, le distribuent aux fidèles, et, qui plus est, le sacrifient à sou Père, comme s'ils avaient 'sur lui un pouvoir souterain4 ! « N'est-il pas vrai, s'écriait le P. Eudes à la vue de tant de prodiges, que les prêtres peuvent dire avec Jésus- Christ, quoique dans un sens différent : Toute puissance ma gté donnée au ciel, sur la terre et sur l'enfer* ? Au ciel, puisqu'ils en ont les clefs et qu'ils
1 L'idée du Sacerdoce de Jésus-Christ par le P. de Coudre n, Préface.
2 Le Bon Confesseur, ch. 2, sec. 5e: Mémorial. 5" p., Méditation sur les obligations îles prêtres.
3 Mémorial, chapitre préliminaire; 5e p., 1. c. On lit aussi dans l'hymne des Laudes de l'officedu Sacerdoce: Qua mente cernunt Angeli Jesum Marias Filium, Regem tremendum sreculi Vobis in ara subditum !
Agni stupent sanctissimam Carnem, sacratis oribus, Deo litari victimam, Escam dari mortalibus.
* Mémorial, chapitre préliminaire.
s « Data est mihi omnis potestas in cœlo et in terra. » Mattli. XXVIII, 18.
INTRODUCTION X.WTII
peuvent l'ouvrir el le fermer à (jui bon leur semble; sur la terre, puisqu'ils y opèrent tous les jours des effets qui réclament une puissance toute divine, comme de remettre les péchés, de communiquer la grâce, de former Jésus dans les cœurs et dans le Saint-Sacrement ; sur l'enfer*, puisqu'ils peuvent le fouler aux pieds et chasser des corps et des âmes toutes les puissances infernales1 ?»
11 suit de là que le prêtre catholique a en lui quelque chose de divin. Son alliance avec les trois personnes de la sainte Trinité,' son union si étroite avec le Verbe incarné, l'autorité divine dont il jouit, la puissance en quelque manière inlinic qu'il exerce sur le corps réel et sur le corps mystique de Jésus- Christ en font véritablement « un petit Dieu en terre* ». Les Pères de l'Église l'ont dit depuis longtemps. Le P. Eudes le répétait avec complaisance. Entre toutes les délinitions qu'on a données du prêtre, il affectionnait celle que nous a laissée saint Grégoire de Nazianze : Deus deos efficiens. Il aimait à la rappeler aux prêtres de sa Congrégation3. Elle leur convient d'une manière toute spéciale, puisqu'ils sont voués, par état, à la formation du clergé dans les séminaires. Mais elle convient aussi à tous les prêtres. Divinisés par leur sacer- ■doce, ils sont appelés à diviniser les chrétiens en formant Jésus-Christ dans leurs cœurs ; et c'est pourquoi, dans le Mémorial, le Vénérable propose ce mot de saint Grégoire de Nazianze comme le résumé de ses enseignements sur la grandeur du sacerdoce, et aussi comme un programme de perfec-
1 Mémorial, chapitre préliminaire; 5e p.. Méditation sur les obligations des prêtres.
2 Mémorial, 1™ p., Les qualités d'un bon pasteur.
3 Constitutions de lu Congrégation de Jésus et Marie. Conclusion.
tion à réalises eto eux-mêmes et dans les fidèles qui leur sont confiés1.