‹ uvres complètes du vénérable Jean Eudes, missionnaire apostolique (volume 4)Chapitre 11 sur 369 · La sainteté du Prêtre · texte numérisé non relu

La sainteté du Prêtre

Dans un sermon célèbre, le pape saint Léon, après avoir exposé les bienfaits dont nous a gratifiés le Sauveur en nous délivrant du péché et en nous initiant à la vie divine, invitait ses auditeurs à respecter leur dignité, et à ne pas l'avilir par une conduite indigne du chef dont ils ont l'honneur d'être les membres: « Agnosce, o ckristiane, dignitatem tuam : et divinœ consors factus naturae, noli in veterem mli- ! atcnt degeneri conversatioiie redire. Memoresto cujus capttis et cujus corporis sismembrum*. »

Le P. Eudes n'exalte le sacerdoce que pour arriver à une conclusion, analogue. Son but est de persuader aux prêtres que, sous peine de déchoir, ils doivent mener une vie toute sainte, la seule qui convienne à leur dignité. « .Vous êtes la gent sainte, leur dit-il, car le Saint des Saints vous a établis dans une condition toute sainte et toute sacrée ; et c'est à vous premièrement et principalement qu'il adresse ces paroles : Secundum eum qui vocavit vos sawUctum, et i/jsi in omni conversatione sancti sitis : quomam scriptum est : Sancti eritis, quoniam ego sanctus

Sllul 3. »

«»0h ! que nous sommes coupables, ajoute-l-il, si Wémorial, Chapitre préliminaire: l" p., Le- qualités d'un bon

■HV.

Terni- deos extulliinus.

Paires deorum psallimus :

Dei patres et lilius.

Summo Parenti proximos.

Office du Sacerdoce, hymne îles II Vêpres * Breviarum romanum. In nativitate Domini, 8a lectio. s Mémorial, Chapitre préliminaire. Cf. 1. Pet. I. 15; 11. 9.

au lien d'honorer la dignité sacerdotale, nous l'avilissons ; si au lieu de nous comporter saintement dans les lieux saints et de traiter dignement les choses sacrées, nous les remplissons de sacrilèges; si au lieu de chercher la seule gloire de notre Maître et le salut des âmes, nous courons après la gloire du monde et après nos intérêts particuliers ; si au lieu d'être revêtus de la sainteté de Dieu, de sa pureté, de sa miséricorde, de sa charité, nous sommes possédés de notre avarice, de notre ambition et de nos autres passions ; si au lieu d'être animés de l'esprit de Jésus-Christ, nous sommes remplis de l'esprit du monde ; si au lieu de suivre Jésus-Christ comme, notre règle, nous n'en suivons point d'autre que nos inclinations perverses ; si au lieu de conduire notre vie selon les maximes de l'Evangile, nous nous conformons aux maximes damnables du siècle corrompu-1 ! »

Un homme élevé en dignité au-dessus de ses semblables doit aussi s'élever en vertu au-dessus du commun. Noblesse oblige, dit le bon sens populaire. Cela est vrai de la noblesse spirituelle comme de la noblesse du sang. Le sacerdoce impose donc au prêtre l'obligation de surpasser les simples fidèles en vertu et en sainteté, comme il les surpasse par l'excellence de sa condition.

Les 'religieux eux-mêmes, quand ils n'ont pas l'honneur d'être revêtus du sacerdoce, ne sont pas tenus à une perfection aussi éminente que lui.

On enseigne communément, il est vrai, que ni le sacerdoce, ni même la charge pastorale ne suffisent à placer le prêtre dans l'état de perfection. 11 n'y a que l'érfiscopat auquel on reconnaisse cet avantage.

1 Mémorial, Chapitre préliminaire. Cf. Cœur admirable, ! iv. 1. ch. t.

« Selon S. Thomas1, dit M. Ribet, l'état sacerdotal est caractérisé par les pouvoirs que l'on reçoit et par le ministère que l'on exerce auprès des âmes. L'exercice de ces pouvoirs suppose et exige la perfection intérieure ; mais, comme on peut ne pas les éxer'cer ou ne les exercer que rarement, la seule susception de ces pouvoirs sacrés ne voue pas rigoureusement aux choses delà perfection, et ne constitue pas" à proprement parler un état de perfection.

« Il en est de môme du soin des âmes. N'étant pas lié par vœu à remplir ce ministère, et pouvant s'en décharger, soit de l'aveu de l'évoque, soit même contre son gré pour entrer en religion, ..le simple prêtre ne semble pas dans les conditions rigoureuses de l'état de perfection, telles qu'elles sont assignées par les théologiens2. »

Ces raisons paraissent justes. Seulement, d'une part, la perfection réelle et l'état de perfection sont deux choses fort distinctes, et, de l'avis même de saint Thomas, l'exercice des fonctions sacerdotales, surtout l'oblation du saint sacrifice de la Messe, exige •une perfection intérieure que, par lui-même, l'état religieux ne paraît pas réclamer3 ; et, d'autre part, on peut se demander si un prêtre qui, en dehors de circonstances exceptionnelles, n'exercerait pas ou n'exercerait que rarement les fonctions sacerdotales, correspondrait comme il convient à sa vocation. Ne ressemblerait-il pas à ce serviteur inutile de l'E-

1 Sum. theol. 2. 2, q. 184, a. 6.

- Ilibet. L'Ascétique chrétienne, cli. VllI*", n. 3. • 3 « Ex hoc quod aliquis accipit sacrum ordinem, non ponitur siinpliciler in statu perfectionis, quam vis ioterior perfeGtio ad hoc requiratur quod aliquis digne hujusmodi actusexerceat. » Su»', theol. 2. 2, q. 184, a. 0. « Per sacrum ordinem aliquis deputatur ad dignissima ministeria quibus ipsi Christo servitur in sacramento altaris, ad quod requiritur major sanctitas inteiïor quam requirit etiam religionis status. Ibid.A. 8. Cf. etiam Suppl. q. 35, a. 1, ad 3 ; q. 40. a. 1.

vangile, qui enfouitTes talents do sonmaître, au lieu de les faire fructifier? C'était l'opinion du P. Eudes qui, comme nous le dirons plus tard, s'efforça toujours d'inspirer aux ministres de Jésus-Christ l'amour de toutes les fonctions sacerdotales '.

M. Ribet a donc raison d'ajouter :

« Sans contredire en aucune sorte l'enseignement traditionnel sur ce qui constitue, à la rigueur- des termes, un état auquel on se lie d'une manière permanente, on peut affirmer que le sacerdoce, de sa nature, est une condition de vie supérieure à toute autre, même à la profession religieuse. Et, comme l'observe le Docteur ^ngélique, ce ne serait qu'autant que l'on opposerait le religieux revêtu du sacerdoce au prêtre séculier, que l'on pourrait préférer 'l'état du premier à celui du second. Encore ajoulet-il qu'à raison des périls et des difficultés de la charge pastorale, le ministère paroissial exige en ceux qui l'exercent plus de perfection que chez les religieux, astreints sans doute aux observances de leur règle, mais y trouvant des secours et une sécurité que les autres ne doivent qu'à l'effort de leur vertu, secondée de la grâce de Dieu -. »

C'est là ce que les réformateurs du clergé français au XVIIe siècle ne cessaient de proclamer. Jaloux de rendre tout son lustre au sacerdoce, qui est l'ordre de Jésus-Christ, ils appuyaient fortement sur ce principe que nul n'est plus tenu que le prêtre à la

1 Mémorial, 2e part. n. 9, 21. etpassim.

'Ribet, L'Ascétique chrétienne, eh. VIII", n. 4. Cf. S. Thoni. Sum. theol.., 2. 2, q. 184, a. 8. Dans son beau livre sur le Sacerdoce éternel, on l'on retrouve souvent les idées du P. Eudes, le cardinal Manning écrit sans ambages : & L'état sacerdotal est le plus élevé quant aux pouvoirs qui lui sont confiés, aux obligations qu'il impose et aux grâces qu'il reçoit, et il est l'état de perfection institué par notre divin Maître pour être la lumière du monde et le sel de la terre. » Le Sacerdoce éternel, ch. 4.

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