‹ uvres complètes du vénérable Jean Eudes, missionnaire apostolique (volume 4)Chapitre 126 sur 369 · CINQUIÈME PARTIE. — § Il I · texte numérisé non relu

CINQUIÈME PARTIE. — § Il I

les marques d'une véritable vocation au pastorat. Il y en a neuf, qui sont tirées d'un très excellent livre intitulé : Discours delà Vocation à Vétai ecclésiastique, composé par le très illustre prélat Monseigneur Godeau, évoque de Grasse et de Vence ',

La première marque est la manière par laquelle on entre dans un bénéfice. « Car si c'est par cette sorte de commerce que la corruption du siècle a introduite, par ces permutations frauduleuses, par ces paiements anticipés de pensions, par ces remboursements de frais imaginaires d'un procès ou de réparations voluptueuses, par ces réserves de fruits contre les dispositions canoniques, par ces accommodements de famille dans des mariages, par ces résignations cauteleuses qui ne vont qu'à sauver le bénéfice ; si c'est par brigue, par les poursuites, par des services rendus à cette fin, ou par quelque voie séculière », c'est une marque indubitable qu'il n'y a point de vocation de Dieu. « Car les sacrés Canons, les saints Pères et les théologiens les plus considérables condamnent toutes ces voies comme iniques. Les subtilités des avocats et des banquiers, qui les savent habilement déguiser aux yeux des juges civils ou ecclésiastiques, les rendent encore plus criminelles, parce qu'on ajoute la tromperie à l'iniquité. » Si on ne l'a ni souhaité ni recherché, ni directement ni indirectement ; mais si on a

1 Antoine Godeau, né à Dreux en 1605, mort à Vence en 1672, a composé une Histoire de /'Eglise, de nombreux commentaires des Livres sacrés, plusieurs vies de saints ou pieux personnages, une Morale chrétienne en trois volumes, pour l'instruction des curés et des prêtres du diocèse de Vence ; et un grand nombre de poésies religieuses. Il l'ut l'un des premiers membres de l'Académie française qu'il avait contribué à établir. L'ouvrage auquel le V. P. Eudes fait ici allusion est intitulé : Discours sur les Ordres sacres, où toutes les cérémonies de l'ordination selon le Pontifical romain sont explir/uées. Il est composé de douze discours ; c'est le second qui a pour titre : De la Vocation à l'état ecclésiastique. Le P. Eudes en cite seulement quelques phrases (celles que nous mettons entre guillemets); il résume le reste en y faisant des modifications assez notables.

été choisi ou par l'évèque, ou par le prince, ou par un patron, sans s'être montré, sans l'avoir brigué, sans s'être engagé à aucune chose pour la reconnaissance, qui puisse être tant soit peu contraire à l'équité, on peut croire que c'est une marque que Dieu y appelle, quand elle est accompagnée des autres suivantes ; spécialement si le bénéfice est plus laborieux que commode, s'il est pauvre, s'il est privé de choses agréables, s'il sépare un homme de ses parents et amis.

La seconde marque « consiste à n'avoir, ni en sa personne, ni en sa naissance, ni en sa condition, aucune des irrégularités lesquelles, selon les règles de l'Église, excluent les hommes du sacerdoce. » Car quand Dieu permet qu'un homme naisse ou qu'il tombe dans quelqu'une de ces irrégularités, il semble qu'il déclare assez par cette conduite de sa Providence qu'il ne l'a pas choisi pour les fonctions ecclésiastiques, si ce n'est qu'il ait d'autres qualités excellentes qui suppléent à cet empêchement, et qu'il se rende capable de rendre un grand service à l'Église ; car alors il y a sujet d'en demander dispense.

La troisième marque est lorsque celui qui prend un bénéfice qui oblige à la résidence, n'a rien qui l'empêche de résider et d'y faire les fonctions nécessaires. Car si c'est dans un lieu où il ne puisse vivre à cause du climat, contraire à sa complexion, ou qu'il n'y puisse servir utilement, soit pour être odieux aux peuples, fût-ce sans faute et par leur brutalité, soit par des considérations de quelque querelle de famille qui ne se peut terminer, soit pour l'ignorance de la langue vulgaire, soit pour la délicatesse de son corps, incapable des travaux de la charge attachée au bénéfice, il ne faut point en conscience l'accepter.

La quatrième marque est d'avoir la science qui est requise, pour donner aux fidèles les instructions nécessaires à leur salut. Car le propre office des pasteurs est le paître le troupeau du Seigneur par la parole divine,

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