CINQUIÈME PARTIE. — § II iî
et par conséquent de prêcher et catéchiser, comme les saints Pères et les Conciles, et celui de Trente en particulier, nous l'enseignent1. C'est pourquoi celui qui sait bien qu'il ne pourra jamais faire une exhortation d'un quart d'heure en administrant les sacrements, ne peut demander ni recevoir en conscience un bénéfice auquel cette fonction est attachée ; parce qu'il s'expose à mille dangers de scandaliser l'Église, de laisser périr ses ouailles, de faire un grand nombre de fautes dans l'exercice de sa charge, de donner occasion aux libertins de mépriser les choses saintes, dont il ne peut faire connaître la sainteté ; aux hérétiques, de détruire la vérité qu'il ne peut défendre ; aux ministres qu'il a sous sa charge, de manquer en beaucoup de choses, parce qu'il ne peut pas les instruire ni les reprendre ; et à son troupeau, de le mépriser, voyant qu'il ne peut l'enseigner lui-même.
Si on allègue cette maxime que qui fait par autrui, semble faire par soi-même, on répondra avec tous les canonistes, que cette règle a lieu quand le titulaire n'est pas obligé par la nature de son bénéfice, ou par les lois ecclésiastiques, de faire son office par lui-même. Et il y a un autre axiome du droit civil, qui dit clairement : Fieri ab alio non sufficit quod facere teneor.
Or qui peut douter qu'un évèque, qu'un curé, ne soient obligés par la nature de leur ministère d'instruire par eux-mêmes les peuples qui leur sont commis ? Ce serait nier un principe évangélique. Le saint concile de Trente dit que c'est leur propre office et leur principale obligation2. Et en effet, il est évident que c'est la fonction la plus naturelle de leur charge, la plus nécessaire pour la défense de l'Église, la plus puissante pour la servir utilement, et la plus efficace pour la sanctification des âmes.
1 Sess. 5, c. 2, de Reform. ; Sess. 24, c. S, de Reform. * Jbid.
La cinquième marque est l'innocence de la vie et la probité des mœurs depuis le baptême, ou pour le moins depuis un temps considérable. Car comment est-ce que celui qui ne vient que de sortir de sa mauvaise vie, peut avoir le front de paraître à l'autel et dans la chaire, à la vue de ceux qu'il a scandalisés si longtemps ?Ne déshonore-t-il pas le ministère qu'il exerce ? Et la mauvaise odeur de sa vie déréglée ne fait-elle pas tort au respect qui est dû à la sainteté des mystères qu'il traite ? C'est pourquoi saint Paul veut que l'évèque, le prêtre et les diacres soient irrépréhensibles, et que même ils aient l'approbation des infidèles1. Les Apôtres, parlant de sept hommes qui devaient être élus pour l'office de diacres, disent qu'il faut choisir : Viros boni testimonii, plenos Spiritu sancto ei sapientia2.
« J'admire l'audace de plusieurs, dit saint Bernard, » que nous voyons ne recueillir de leur propre vigne » que des ronces, et qui toutefois s'ingèrent hardiment » d'entrer dans la vigne du Seigneur, laquelle ils ravagent » plutôt qu'ils ne la gardent et ne la cultivent :!. »
« Malheur aux ministres infidèles, dit-il encore, qui » n'étant pas encore réconciliés avec Dieu, entreprennent » de réconcilier les autres, comme si leur vie était inno- » cente ! Malheur aux enfants de colère qui font profes- » sion d'être ministres de la grâce ! Malheur aux enfants » de colère qui contrefont les fidèles médiateurs de la » paix, afin de manger les péchés du peuple ! Dans l'état » présent de l'Église, qui nous fait pitié et que nous dé-
1 « Oportet ergo episcopum irreprehensibilem esse... Oportet autem illum et testimonium habere bonum ab iis qui foris sunt. » I. Tim. III, 2. 7.
s Act. VI, 3.
3 « Miror audaciam plurirnorum, quos videmus de suis vineis non eolligere nisi spinas et tribulos, vineis tamen dominicis etiam se ingerere non vereri. Fures sunt et latrones, non custodes, neque cultores. » Sermo xxx, in Cantica.