‹ uvres complètes du vénérable Jean Eudes, missionnaire apostolique (volume 4)Chapitre 13 sur 369 · La religion du Prêtre · texte numérisé non relu

La religion du Prêtre

La fin première du sacerdoce est le culte divin. Saint Paul nous l'enseigne clairement lorsqu'il nous dit que le prêtre est établi pour s'occuper, au nom de ses frères, de ce qui concerne le culte de Dieu : Omnis pontifex. ex hominibus assumphts, pro hominibas canstiluitur in iis qase siint cal Deitm '. Le souverain Prêtre l'avait déjà déclaré en termes identiques dans la réponse qu'il fit à sa divine Mère pour expliquer son séjour au temple à Page de douze ans : In his quse Pal ris met snnt oportet fne esse*. Venu sur la terre pour rendre à Dieu, au nom des hommes, le culte d'adoration et de réparation qu'ils étaient impuissants à lui offrir, dès son entrée dans le monde il se consacra à son service, et sa vie tout en^ tièfe y fut employée. Rien ne put l'en détourner, pas même la piété filiale qu'il avait pour sa sainte Mère.

Les ministres de Jésus-Christ doivent marcher sur les traces du souverain Prêtre. Leur grand devoir est de continuer ici-bas la religion du Verbe incarné, et de présenter à Dieu, avec lui, les hommages de l'humanité. Ils sont par état voués au culte de Dieu, et leur vie tout entière doit y être consacrée.

En entrant dans la cléricature, ils font profession de renoncer aux biens et aux affaires de ce monde, et de n'avoir que Dieu pour héritage : Dominas pars hœreditatis meèe et calicis mei. Le caractère sacerdotal que l'ordination imprime dans leur àme, est la marque indélébile de leur consécration à Dieu. Pour la rendre visible aux yeux de tous, l'Église leur impose un habit spécial, qu'elle appelle l'habit de la sainte religion, Habitus sacra' religionis\ et pour

i Heb. V, 1. — °- Luc. II, 49.

achever de les séparer du monde, et les empêcher de diviser leurs affections et leur temps, elle leur impose le vœu de chasteté parfaite.

Le P. Eudes avait bien compris cette grande vérité, et, dans le Mémorial, il n'omet rien pour exciter les prêtres à s'appliqUer sans réserve au service de Dieu. « Le prêtre, dit-il, étant le sort et l'héritage de Dieu, et Dieu étant tout son partage, selon la procession qu'il en a faite, entrant dans la cléricalure, il doit être tout à Dieu, et Dieu doit lui être tout. Il doit être tout possédé de Dieu comme son héritage, et ne doit point prétendre en ce monde d'autre fortune ni d'autre possession que Dieu, qui est son unique trésor, auquel il doit donner tout son cœur et toutes ses affections. Surtout il doit prendre un très grand soin de faire saintement toutes les fonctions sacerdotales, comme le saint sacrifice de l'autel, l'office divin, l'administration des sacrements et delà parole de Dieu. Toutes ces choses sont. très saintes et divines, c'est pourquoi elles doivent être faites d'une manière digne de la Majesté de Dieu, digne de l'excellence de notre ministère, digne de la grandeur de ces fonctions, dignes de la sainteté du ouverain Prêtre avec lequel nous les faisons1. »

Nous devons, dit-il ailleurs, « mettre toute notre gloire et notre contentement à faire Saintement et décemment toutes les fonctions cléricales et sacerdotales, spécialement le saint sacrifice de l'autel, l'office divin, l'administration des saints sacrements, la prédication et le catéchisme, tâchant de nous établir dans une sainte coutume de faire toutes ces choses, non pas lâchement et par routine, mais avec grande application et d'une manière digne de Dieu 2 » .

1 Mémorial, '■')' part., 10° Méditation.

2 Mémorial, 2e part., n. 21.

La religion du prêtre doit donc lui faire aimer toutes les fonctions sacerdotales et le porter à les accomplir avec toute la perfection extérieure et toute la défotion intérieure dont il est capable. En étudiant le Prédicateur apostolique et le Bon Confesseur, nous aurons occasion d'exposer les vues du P. Eudes sur la prédication et l'administration des sacrements. Nous n'avons donc à parler ici que de la religion du prêtre dans la récitation de l'office divin et la célébration de la sainte messe.

Le P. Eudes s'était fait de l'office divin une idée très élevée.

Il y voyait une action- toute sainte, tout angélique et toute divine : « Au commencement du divin office, écrit-il, souvenez-vous que vous allez faire une des plus grandes actions et dès plus importantes que vous ayez à faire et qui se fasse même au ciel et sur la terre. Action si grande et si relevée' que, non seulement elle occupe continuellement et occupera éternellement tant de millions d'Anges et de Saints qui sont au ciel, avec la Reine des Anges et des Saints, la très sainte Vierge ; mais aussi qu'elle a occupé de toute éternité les trois Personnes divines de la très sainte Trinité, qui sont sans cesse appliquées à se louer, bénir et glorifier les unes les autres '. »

Tous les actes de la prière trouvent place dans l'office divin. L'adoration, l'amour, la contrition, l'amende honorable, la supplication s'y rencontrent tour à tour. Seulement tous ces actes ont* cela de commun qu'ils constituent, sous des formes diverses, un hymne de louange à l'égard du Très- Haut. Aussi le P. Eudes se plaisait-il à donner à

Royaume de Jésus; 6" part., § XXXI

l'office divin le nom de « sacrifice de louanges », dont du reste la sainte Ecriture elle-même se sert pour désigner la prière1. Et il recommandait aux prêtres de se préparer à la récitation du bréviaire en considérant que Dieu mérite une louange infinie, et qu'ils sont chargés de le louer au nom de l'humanité et même de la création tout entière : « Considérons, dit-il, premièrement que nous avons des obligations infinies de loue/ Dieu, tant pour ce qu'il est en soimême, en ses immenses perfections et en ses Personnes divines, que pour ce qu'il est et pour ce qu'il fait, tant par sa miséricorde que par sa justice, en toutes ses créatures du ciel, de la terre et de l'enfer ; secondement qu'en qualité de prêtres, nous sommes chargés de toutes les obligations que toutes les créatures ont de louer leur Créateur -. »

Le P. Eudes n'oubliait pas non plus que Jésus- Christ seul est capable de louer son Père domine il faut, et que, dans l'exercice de la prière publique comme dans leurs autres fonctions, le* prêtres ne sont que les ministres du Verbe incarné. C'est pourquoi il leur conseillait de s'humilier à la vue de leur néant, de purifier leur conscience par un acte de contrition'', de renoncer à eux-mêmes et de se donner à Jésus pour qu'il chantât par leur bouche les louanges de son Pêne. « Donnez- vous à Jésus, Jeur dit-il, et le priez que lui-même vous anéantisse et s'établisse en vous, afin de faire lui-même cette action en vous. Donnez-vous au zèle et à l'amour très grand avec lequel il loue incessamment son Père dans le ciel, dans la terre, dans l'enfer et par tout le monde ; car à pro-

1 Ps. GXV, n : CM, ±>, etc.

- Manuel, 1e part., Dispositions pour l'office divin.

a Mémorial, 3' part., ch. I. — Cf. Manuel. {■• part. 1.

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