XI. — QU'IL N'Y A POINT DE PERSONNES
Plus obligées de tendre à la perfection et à la sainteté,
que les Prêtres et tous les Ecclésiastiques.
Trois raisons principales font voir clairement qu'il n'y a point de personnes en ce monde, plus obligées de tendre à la perfection et à la sainteté que les Prêtres et les autres Ecclésiastiques. La première est prise de ce qu'ils sont au regard de Dieu. La seconde, de ce qu'ils sont au regard de leur état et condition. La troisième, de ce qu'ils sont au regard desautres fidèles.
Considérez donc premièrement qui n'y a point d'hommes au monde qui aient reçu de Dieu de plus grandes grâces, et par conséquent qui lui aient de plus grandes obligations, que les Prêtres ; qu'il n'y en a point qui approchent davantage de lui, qui communiquent plus familièrement avec lui, et à qui il se communique plus particulièrement. Le Père éternel les rend participants de sa divine paternité. Le Fils de Dieu leur communique son divin sacerdoce, et leur donne pouvoir d'exercer sur la terre les mêmes fonctions cléricales et sacerdotales qu'il y a exercées. Le Saint-Esprit les associe avec lui dans ses plus hautes opérations, qui sont d'effacer le péché dans les âmes, d'y répandre la grâce, d'éclairer les esprits de la lumière céleste, d'échaulïer les cœurs en l'amour divin, de réconcilier les pécheurs avec Dieu, et de leur appliquer le précieux sang de Jésus-Christ el les fruits de sa passion. C'est pourquoi les Prêtres sont des Dieux visibles sur la terre, parce qu'ils tiennent la place de Dieu, qu'ils représentent sa personne, qu'ils agissent en son nom, qu'ils son! employés en ses œuvres, et qu'ils sont revêtus de son autorité et de sa puissance. Ce qui les
oblige aussi d'être revêtus de sa sainteté, selon cesparoles : Sancti estote, quia ego sanctus sum1', et de le servir, aimer et honorer avec plus d'amour, de fidélité et de perfection que qui que ce soit, puisqu'ils ont reçu plus de faveurs de son. infinie bonté que personne du monde. Priez-le qu'il vous fasse bien connaître et goûter ces vérités.
Considérez en second lieu qu'il n'y a aucune conditionou profession plus digne ni plus sainte, que la condition et profession ecclésiastique. Car les Prêtres sont les premiers officiers de la couronne du grand Roi, les prin • cipauxministres de son état, les intendants de ses finances, les trésoriers de ses grâces et les dispensateurs de ses mystères, entre les mains desquels il a mis tous les fruits et les mérites de sa vie et de sa mort, tous ses intérêts, ses mystères, ses grâces, Dîspensatores mysteriorum Dei2, son honneur et sa gloire, soi-même, son sang, son corps personnel, son corps mystique, et tout ce qu'il a de plus précieux. A raison de quoi ils sont obligés d'exceller autant en sainteté qu'en dignité par-dessus les autres chrétiens.
Les Prêtres tiennent la place la plus noble et la plus digne dans le corps mystique de Jésus, qui est son Église, à savoir la place de la tête et du cœur, puisque tous les prêtres ensemble ne font qu'un seul Prêtre avec Jésus, qui est le chef et le cœur de son Église; et par conséquent ils sont obligés de faire toutes leurs actions d'une manière d'autant plus noble et plus parfaite, que le cœur doit faire ses fonctions plus noblement et plus excellemment que les autres membres du corps.
Mais qui peut être obligé à une plus grande sainteté, que celui qui est tout consacré à Dieu d'esprit, de corps, et d'une manière si auguste et par un si grand sacrement
1 Lev. Xt, kk. — » I for. IV, 1.