‹ uvres complètes du vénérable Jean Eudes, missionnaire apostolique (volume 4)Chapitre 153 sur 369 · CINQUIÈME PARTIE. — § \ll 1H · texte numérisé non relu

CINQUIÈME PARTIE. — § \ll 1H

Considérez que le péché est la cause d'une inlinité de maux, d'autant qu'il est la source de tous les maux corporels et spirituels, temporels et éternels, qui ont été, sont et seront à jamais en la terre, dans le purgatoire et dans l'enfer. C'est lui qui est la seule cause de la damnation d'un nombre innombrable d'âmes, qui est un mal si grand qu'il vaudrait mieux que cent mille mondes fussent anéantis, qu'une seule âme fût perdue.

Le péché est un si grand mal, que l'anéantissement d'un million de mondes, s'ils étaient, ne serait rien en comparaison ; car tous les saints Docteurs sont d'accord qu'il vaudrait mieux voir réduire au néant tous ces mondes, que de commettre un seul péché, tel qu'il fût.

C'est un si grand mal, qu'il n'y a aucun bien, pour grand qu'il puisse être, qui le puisse compenser ou justifier. Ne serait-ce pas un très grand bien de sauver toutes les âmes qui sont sur la terre, et de racheter tous les démons et tous les damnés qui sont dans l'enfer, si cela se pouvait? Et néanmoins si, pour faire un tel bien, il était nécessaire de commettre le moindre péché, cela ne serait pas permis ; de sorte qu'il vaudrait mieux laisser tout le monde dans la perdition éternelle, que de l'en tirer parle moyen d'un seul péché.

11 y a bien davantage : c'est que si, par impossible, l'humanité du Fils de Dieu était sur le point d'être anéantie, et que, pour empêcher un si épouvantable désastre, il fallût faire un seul péché, on ne le devrait pas ; si bien que le moindre péché est un plus grand mal, que ne serait pas un tel anéantissement, s'il se faisait sans péché.

Apprenez de là que le péché est un mal infini et infiniment horrible et détestable ; qu'il mérite l'ire de Dieu et de toutes ses créatures, et des peines infinies et éternelles; qu'il n'y a que Dieu seul capable de le haïr autant qu'il mérite del'être ; qu'il ne peut être dignement déploré que parles yeux et par les larmes d'un Dieu; qu'il ne peut être

parfaitement effacé que par le sang du Fils de Dieu ; et qu'il ne peut être anéanti que par l'anéantissement d'un Homme-Dieu. Jugez de là quel mal vous avez fait quand vous avez offensé Dieu ; de quelle façon vous devez détester vos péchés passés ; avec quelle douleur et confusion vous en devez faire pénitence ; quelle crainte vous devez avoir d'y retomber, et quel soin vous devez apporter pour en éviter les occasions, et pour prier Dieu qu'il vous en garde pour l'avenir.

Considérez que les péchés des ecclésiastiques sont presque infiniment plus grands que ceux des laïques; parce que les grâces que Dieu leur a faites sont en quelque façon infiniment plus grandes : à raison de quoi leur ingratitude infiniment plus noire les rend infiniment plus criminels. C'est pourquoi saint Chrysostome ' remarque que, dans l'ancienne loi, le sacrifice que Dieu avait commandé de lui être offert pour le péché du prêtre, était le même que celui qu'il avait ordonné pour les péchés de tout son peuple ; pour montrer qu'un seul péché d'un prêtre de l'Ancien Testament était aussi énorme devant Dieu que tous les crimes ensemble de tout un royaume. Or sachez que les prêtres de la loi mosaïque n'étaient que les ombres des prêtres de la loi évangélique ; et que Dieu a fait à ceux-ci des faveurs infiniment plus grandes qu'à ceux-là : et par conséquent jugez combien les péchés d'un prêtre chrétien sont épouvantables devant sa divine Majesté. C'est pourquoi de saint Concile de Trente avertit non seulement les prêtres, mais même tous ceux qui sont dans l'état de la cléricature, que les fautes qui

' « Ostendere volens Deus bominum peccata longe majori supplicio expiari, dum a sacerdotibus quam dum a privatis fiunt, mandat ut tantumdem pro sacerdotibus quantum pro universo populo sacrificium offeratur. » (Levit. IV, 3, 13). D. Chrysost. De sacerd. lib. 6, c. 11.

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