CINQUIÈME PARTIE. — § Mil
liynce au regard du monde ; car, quoiqu'il ait toujours porté. dans son cœur une inclination très puissante de
le brûler et réduire en cendres, comme il fera au dernier jour, néanmoins il l'a souffert et le souffrira jusqu'à ce temps-là avec une patience infinie.
Le quatrième est le sentiment ou disposition avec laquelle il a fait usage des choses du monde, pendant qu'il y a demeuré, qui consiste en ce qu'il n'en a usé que par la volonté de son Père, pour la gloire de son Père, par la conduite de l'Esprit de son Père, dans la seule nécessité et. avec un parfait détachement, sans y prendre aucune complaisance.
Donnez-vous à Jésus pour entrer dans ces sentiments et dispositions.
Considérez que le Fils de Dieu a impri mé ces mêmes sentiments et dispositions dans les cœurs de sa sainte Mère, de tous ses Saints, spécialement des saints Prêtres. Car c'était des premiers prêtres, qui sont les saints Apôtres, et par conséquent de tous les autres prêtres, qu'il a dit par deux fois, parlant à son Père en la veille de sa mort: De mundo non sunt, aient et ego non sum dr mundo1 : « Ils ne sont point du monde, car je ne suis point du monde. » De là vient que saint Paul a dit, parlant de toutes les choses de ce monde : Omnia arbitror at stercora'2. De là vient aussi que tous les autres Apôtres, tous les saints Prêtres et tous les autres Saints ont vécu dans un si grand détachement, mépris et aversion au regard de ce siècle malin et de toutes les choses qui y sont. Car ils le regardaient comme l'ennemi de Dieu et comme le corps du dragon, ainsi que l'appelle saint Ambroise, qui est animé de l'esprit de son chef, qui est possédé de sa malice, et qui ne se conduit que par ses lois
1 Joan. XVII. 16. — 2 Phil. III, 8.
et ses maximes damnables ; et ils savaient très bien que toutes les choses que les hommes mondains estiment tant, ne sont que folie, vanité, niaiserie, selon cette parole du Saint-Esprit : Fascinatio nugacitatis1.
Offrez votre cœur à la très sacrée Vierge et à tous les Saints, et les priez de vous rendre participant de ces sentiments, et d'employer le pouvoir que Dieu leur a donné, pour faire mourir entièrement dans votre cœur l'estime et l'amour du monde et de toutes les choses qui y sont.
Considérez que le monde a deux qualités principales qui le rendent très détestable et très méprisable. La première est sa malignité ; la seconde, c'est sa folie. Car il est tout pétri de malice : Mundus lotus in maligno positus est'2 ; et il est tellement rempli de folie, que le Saint-Esprit nous assure que la sagesse même qu'il pense avoir n'est que folie devant Dieu : Sapientia hujus mundi slaltitia est apud Deums. Sa malignité paraît dans tous les vices qui y régnent, jusqu'à un tel point qu'il les veut faire passer pour des vertus. Sa folie se fait paraître en plusieurs choses, mais spécialement dans ses modes et dans ses changements continuels, dont il use en ses habits, en ses meubles, en toute ses façons de parler et.d'agir, et en toute autre chose : vraie marque de folie, selon ces paroles sacrées : Stultus sicut luna mutatur*. « Le fou et l'insensé changent comme la lune. »
Détestez la malice du monde et méprisez sa folie ; et pour vous garder de l'une et de l'autre, fuyez les lieux et les personnes où son esprit règne, et prenez une puissante résolution de renoncer entièrement à toutes les modes du monde, en votre personne, en vos habits, en vos meubles, en votre manière de parler et d'agir, et en
1 Sap. IV, 12. — °- 1 Joan. V, 19. — ' I Cor. III, 19. — * Eccli. XXVII, 12