CHAPITRE PRÉLIMINAIRE if
Je vous regarde et vous honore comme des personnes que Dieu a élevées, par une bonté incomparable, à la plus haute dignité .du ciel et de la terre, après la dignité de Mère de Dieu.
Vous êtes les personnes les plus nobles de la maison de Dieu ; car vous êtes ornés de la vraie noblesse, puisque, comme chrétiens et beaucoup davantage comme prêtres, vous pouvez dire avec saint Paul : Genus Dei sumus1 : « Nous sommes la race de Dieu » ; parce qu'en effet vous êtes enfants de Dieu et les premiers-nés des enfants de Dieu. Vous êtes du sang royal et divin de Jésus-Christ, Fils unique de Dieu; vous entrez dans sa généalogie ; vous êtes ses frères et ses membres, et en un degré bien plus éminent que les autres chrétiens ; car vous êtes revêtus de son sacerdoce royal, et votre sacerdoce n'est qu'un avec le sien, et vous n'êtes qu'un prêtre avec le souverain Prêtre. D'autant que, comme il n'y a qu'un sacerdoce dans la religion chrétienne: Unum est saceraotium*, lequel est originairement et souverainement en Jesus.-Christ, et par extension et communication dans les autres prêtres : aussi, à proprement parler, il n'y a qu'un seul prêtre, qui est ce même Jésus-Christ, souverain Prêtre ; tous les autres prêtres n'étant qu'un, voire étant consommés en unité avec lui, selon la prière qu'il en a faite à son Père, marquée en ces paroles : Ut sint consummati in unum*.
Vous êtes les gouverneurs, les juges, les princes et les rois de l'empire du souverain Monarque du monde.'
Vous êtes les gouverneurs et les recteurs, non pas tenehrarum harum*, c'est-à-dire de ce monde qui n'est que ténèbres, que fumée et que néant, mais des âmes fidèles, rachetées par le précieux sang de Jésus-Christ, dont la
1 t Genus ergo cum simus Dei. » Act, XVII, 29.
* Symmach. Papa, Ep. 10 ad Eonium , Arelat. Eptsc. Uoan., XVII, 23.
* Eph., VI, 12.
moindre vaut mieux et est plus chère à Dieu que mille mondes.
Vous êtes juges non pas des corps, mais des âmes ; non pas des choses terrestres et matérielles, mais des choses célestes et spirituelles ; et vos jugements ne sont pas momentanés et passagers, mais éternels et perdurables ; et ils sont écrits, non pas sur le papier ou sur le parchemin et avec de l'encre, mais dans l'éternité de Dieu et avec le sang adorable de son Fils. Aussi les plus liantes puissances de ce siècle et les juges souverains de la terre vous reconnaissent pour les juges et arbitres de leur salut, et, se soumettant à la puissance que Dieu vous a donnée de les juger, fléchissent les genoux devant vous, se prosternent à vos pieds et subissent votre jugement comme le jugement de Dieu même.
Vous êtes les princes de l'état du grand Dieu, et vous avez une principauté non pas mortelle et périssable, mais immortelle et immuable, et qui surpasse infiniment toutes les principautés terrestres.
Vous êtes les rois de l'empire de Jésus-Christ, qui est son Église, et c'est à vous qu'il dit : Ego dispono bohis, sicut disposait mihi Pater meus regnum* : « Je vous dispose le même royaume que mon Père m'a disposé »> ; et vous êtes revêtus d'une royauté non pas terrestre et temporelle, mais céleste et éternelle, et qui est une participation de la royauté de Jésus-Christ. Car, tout ainsi qu'il est roi et prêtre, vous êtes aussi prêtres et rois comme lui ; et comme vous n'avez qu'un même sacerdoce,, aussi vous n'avez qu'une même royauté avec lui ; et comme son Père lui a donné un nom et un pouvoir qui est audessus de tout nom et de tout pouvoir'-, aussi il vous a donné un nom et une puissance qui surpasse incompa-
1 Luc. XXII. 29.
2« Et donavit illi nomen quod est super omne nomen. » Philip. II, •9. « Data est raihi omnis potestas in caelo et in terra. » Matth. XXV11I, 18.