‹ uvres complètes du vénérable Jean Eudes, missionnaire apostolique (volume 4)Chapitre 24 sur 369 · CHAPITRE PRÉLIMINAIRE · texte numérisé non relu

CHAPITRE PRÉLIMINAIRE

la mort de son cher Lazare, c'est-à-dire sur les âmes mortes par le péché.

Vous êtes sa houche et sa langue : car c'est par vous qu'il parle aux hommes, et qu'il continue à leur annoncer la même parole et le même Évangile qu'il leur a prêché par lui-même, lorsqu'il était sur la terre.

Vous êtes son cœur : car c'est par vous qu'il donne la vraie vie, la vie de grâce en la terre et la vie de gloire au ciel, à tous les véritables membres de son corps. Oh ! que de merveilles ! Oh ! que de faveurs ! Oh ! que de grandeurs dans la dignité sacerdotale ! Mais ce n'est pas tout.

Je vous regarde et vous respecte comme les associés du Père, du Fils et du Saint-Esprit, et en' une manière la plus haute et la plus admirable qui se puisse dire. J'entends le grand Apôtre qui annonce à tous les chrétiens qu'ils son^appelés de Dieu en la société de son Fils. Voeati estis, leur dit-il, in socirtatem Filii ejus Jesu Christi* ; mais je puis dire avec vérité que Vocati estis in societatem Patris, et Filii, et Spiritus sancti. Car le Père éternel vous associe avec lui dans sa plus haute opération, qui est la génération ineffable de son Fils, qu'il fait naître de toute éternité dans son sein paternel ; et dans sa plus excellente qualité, qui est sa divine paternité, vous rendant en une certaine et admirable manière les pères de ce même Fils, puisqu'il vous donne le pouvoir de le former et de lui donner naissance dans les âmes chrétiennes, et qu'il vous a choisis pour être les pères de ses membres, qui sont les fidèles, et pour faire office de vrais pères au regard d'eux5. De sorte que vous portez en vous une vive image de la divine paternité du Père céleste : 0 sticerdos. s'écrie saint Augustin, Dei vicarie et peter ChHsii !

Le Fils de Dieu vous associe avec lui dans ses plus nobles perfections et dans ses plus divines actions : car

1 I Cor. i, 9.

* Cf. Olier, Traité des saints Ordres, 3e part., ch. 2, § 1.

il vous rend participants de sa qualité de médiateur entre Dieu et les hommes, de sa dignité de juge souverain de l'univers, de son nom et de son office de Sauveur du monde, et de plusieurs autres excellences dont il est orné; et il vous donne pouvoir d'offrir avec lui à son Père le même sacrifice qu'il lui a offert sur la croix, et qu'il lui offre tous les jours sur nos autels, qui est la plus grande et la plus sainte action qu'il ait jamais faite et qu'il fera jamais.

Le Saint-Esprit vous associe aussi avec lui en ce qu'il a opéré et en ce qu'il opère tous les jours de plus grand et de plus admirable : car pourquoi est-ce que le Saint- Esprit est venu en ce monde ? N'a-ce pas été pour dissiper les ténèbres de l'ignorance et du péché qui couvraient la terre, pour éclairer les esprits des hommes de la lumière céleste, pour échauffer leurs cœurs du feu sacré^le l'amour divin, pour réconcilier les pécheurs avec Dieu, pour effacer le péché, pour communiquer la grâce, pour sanctifier les âmes, pour établir l'Église, pour lui appliquer les fruits de la passion et de la mort de son Rédempteur, et enfin pour détruire et anéantir en nous le vieil homme, et pour y former et faire naître Jésus-Christ ?

Or n'est-ce pas votre emploi et votre occupation ordinaire que de travailler en toutes les choses susdites? N'êtes vous pas envoyés de Dieu pour former son Fils Jésus dans les cœurs? Et n'est-il pas vrai que toutes les fonctions ecclésiastiques n'ont point de moindre but que la formation et la naissance d'un Dieu dedans les âmes ?

Si bien que vous avez une merveilleuse alliance avec les trois Personnes éternelles; vous êtes les -associés de la très sainte Trinité; vous êtes les coadjuteurs et les coopérateurs du Tout-Puissant en ses plus grandes œuvres : Dei adjutores1, cooperatores vefitatis*. Vous êtes

1 « Dei enim sumus adjutores. » I Cor. III, 9.

2 « Ut cooperatores simus veritatis. » III Joan.. 8.

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