‹ uvres complètes du vénérable Jean Eudes, missionnaire apostolique (volume 4)Chapitre 4 sur 369 · II. — LE SUJET DU MÉMORIAL · texte numérisé non relu

II. — LE SUJET DU MÉMORIAL

. Le litre de Mémorial que le P. Eudes a donné à son livre sur la vie ecclésiastique en indique nettement le caractère et le sujet. Nous croyons qu'il lui fut suggéré par le Mémorial de la vie chrétienne du I*. de Grenade, l'un des ouvrages qu'il goûtait le . plus et . qu'il recommandait le plus volontiers ! ; mais, mieux que tout autre, ce titre convenait au livre que le P. Eudes voulait mettre entre les mains du clergé.

Le Mémorial, en effet, n'est nullement un traité. Il n'y faut pas chercher un exposé complet et méthodique des devoirs du prêtre

Dans ce genre, le XVIIe siècle nous a laissé des ouvrages bien précieux. Le plus connu, et sans contredit le meilleur, est le Traité des saints Ordres de M. Olier. Il parut en 1675. Le P. Eudes n'en profita pas pour rédiger le Mémorial qui, à cette époque, était à peu près achevé. Mais il dut le lire, et il est à croire qu'il l'apprécia grandement, car, sur le sacerdoce comme sur la vie chrétienne, ses idées cadraient pleinement avec celle du vénérable fondateur de Saint-Sulpice.

Avant le Traité des saints Ordres, le clergé avait déjà à sa disposition V Instruction des Prêtres du chartreux Molina, ouvrage justement célèbre, et que l'on réédite encore de nos jours. Le P. Eudes l'estimait : il le recommande dans le Mémorial*, il s'en est même inspiré à plusieurs reprises.

1 Royaume de Jésus, 2e p., S XV. Mémorial, 2° p., n. 32 ; i" p., ch.5.

2 2" p., n. 32 ; 4e p., ch. 5. — Antoine de Molina, d'abord Ermite de Saint-Augustin, entra ensuite, avec la permission de ses supé-

Toutefois, aux yeux du Vénérable, des livres de ce genre, si excellents soient-ils, ne suffisent pas au cierge'. Il a besoin d'ouvrages plus courts et plus pratiques, qu'il ait sans cesse sous la main, et qui lui rappellent sommairement ses devoirs et les moyens à employer pour les bien remplir. « Il est très important, dit-il, de considérer souvent et sérieusement devant Dieu la, dignité et excellence de notre* vocation, les obligations et devoirs qui la suivent, et la manière de nous en acquitter dignement. A cette fin, il est bon d'avoir entre les mains un mémorial oli abrégé de ces choses, dans lequel nous les puissions lire et relire souvent, afin de les graver profondément dans nos cœurs et de les exprimer en notre vie et dans nos mœurs *. »

C'est pour répondre à ce besoin que le P. Eudes écrivit le Mémorial. Il en fit hommage, tout d'abord, aux saints prêtres de l'Eglise triomphante, qui sont, après Jésus-Christ, les modèles du clergé, et dont il s'est plu à chanter les vertus dans son office du Sacerdoce. Ensuite, il le dédia à tous les prêtres de l'Eglise militante. L'adresse dans laquelle il le leur présente contient un bel éloge du sacerdoce. Voici comment elle se termine : « Après avoir consacré ce petit ouvrage aux saints prêtres de l'Eglise triomphante, je souhaite pareillement le dédier à tous les bons

rieurs, à la Chartreuse de MirafLorès près de Burgosen Espagne. C'est là qu'il composa son Instruction des Prêtres, où il traite de L'excetlence du sacerdoce, de la perfection avec laquelle on doit s'acquitter des fonctions sacerdotales, de la sainteté du divin sacrifice et de la dévotion avec laquelle on doit célébrer, des dépositions requises pour bien réciter l'office divin, enfin de la manière de bien recevoir le sacrement de Pénitence. On en fit une traduction française assez défectueuse en 1644. L'éditeur Coignard en dynnaune seconde édition plus exacte en 1670. Molina mourut en odeur de sainteté le 21 septembre 1612.

' Mémorial. 2e p.

pasteurs et à tous les saints prêtres de l'Eglise militante, comme un petit témoignage du respect que je porte au royal Sacerdoce de mou Seigneur Jésus, que j'honore dans mes très chers frères ; comme aussi je désire vous mettre ce livre entre les mains, alin qu'il vous serve de mémorial sur ce qui regarde les qualités et les excellences, et ensuite les obligations et les devoirs de notre profession, et la manière d'exercer saintement toutes les fonctions sacerdotales. » Voilà le but du Mémorial clairement indiqué. C'est un manuel destiné à aider les prêtres à correspondre à leur vocation et à eu remplir saintement les devoirs.

Un livre de ce genre se compose nécessairement d'éléments assez divers. Pour être tout à fait pratique, il doit contenir à la fois des enseignements et des méthodes. C'est bien là, en effet, ce que l'on trouve dans le Mémorial.

L'auteur lui-môme nous avertit, dans un Avantpropos, que l'on y trouve « cinq choses principales », savoir : des considérations sur l'excellence du sacerdoce, un abrégé des devoirs des prêtres, des exercices de piété pour les diverses actions de la journée, un directoire pour les retraites, et une série de méditations à l'usage des ecclésiastiques ; en somme cinq parties d'une étendue fort inégale et d'un genre assez différent1. Un mot sur chacune d'elles.

1 Dans l'édition primitive, ces cinq parties, si nettement distinguées dans Y Avant-propos, sont séparées les unes des autres par des signes typographiques qu'on ne trouve pas entre les divisions ordinaires du livre. Entête de chacune d'elles, on voit une large vignette, dont l'une représente les armes de la Congrégation de Jésus et .Marie. Un cul-de-lampe et un blanc en marquent la tin. Il est vrai qu'elles ne portent point le nom de parties, peut-être parce que les deux premières sont trèseourtes. Nous le leur donnons dans notre édition, afin de mieux faire ressortir le plan de l'auteur.

Page 1