‹ uvres complètes du vénérable Jean Eudes, missionnaire apostolique (volume 4)Chapitre 76 sur 369 · TROISIÈME PARTIE. — CHAPITRE XVII · texte numérisé non relu

TROISIÈME PARTIE. — CHAPITRE XVII

riez jamais commis qu'un seul péché, Dieu pourrait vous envoyer justement toutes les afflictions du monde, et que vous n'auriez pas sujet de vous plaindre ?

« Voulez-vous pas adorer la divine volonté qui vous a envoyé cette maladie, et vous soumettre et abandonner de tout votre cœur à sa très aimable conduite ; et même la bénir, aimer et remercier du don qu'elle vous a fait en vous donnant cette affliction ?

« Voulez-vous pas souffrir, pour l'amour de Notre- Seigneur Jésus-Christ qui a tant souffert pour vous, tout ce qu'il lui plaira, et lui offrir vos petites peines en l'honneur et union de ses très grandes souffrances, et le prier qu'il les y unisse lui-même, et qu'il en fasse pour vous tout l'usage que vous en devriez faire ?

« Voulez-vous pas vous offrir à la très sainte Vierge avec toutes vos douleurs, et la prier qu'elle vous donne à son Fils, qu'elle supplée à vos défauts, et qu'elle fasse pour vous devant lui tout ce que vous devriez faire, c'està-dire qu'elle lui rende pour vous tous les devoirs que vous êtes obligé de lui rendre dans votre maladie ? Et ne voulez-vous pas lui donner votre cœur et votre volonté à cette intention ?

« Voulez-vous pas aussi vous offrir pour cette même tin à votre bon Ange, à tous les Anges et à tous les Saints ? »

5. Le disposer au sacrement de pénitence, et, s'il en est besoin, lui proposer brièvement les conditions et dispositions nécessaires à ce sacrement, et lui aider à s'y préparer; s'informer soigneusement si dans ses confessions il a toujours confessé ses péchés bien clairement, s'il n'a point d'inimitiés, ets'il n'a point fait tort à autrui, afin de se réconcilier et de restituer, s'il est possible, avant l'absolution ; s'il y a point d'occasions prochaines de péché, afin de les lui faire quitter ; s'il est point dans quelque habitude invétérée de péché mortel, afin de lui aider à la détester, à y renoncer, et à prendre une véri-

table, solide et profonde résolution de la rompre, et d'embrasser les moyens nécessaires à cette fin.

6. Le préparer à la sainte communion ; et après l'avoir communié, lui aider aussi à rendre à Notre-Seigneur, qui s'est donné à lui, les devoirs qu'il est obligé de lui rendre, à savoir d'adoration, de louange, de remerciaient, d'amour, de pénitence, de donation, d'abandon et de sacrifice de soi-même, de sa vie, de toutes ses volontés et inclinations, et de toutes les choses de ce monde.

7. Lui apprendre, s'il en est besoin, ou l'exhorter d'élever souvent son esprit et son cœur, tantôt au Père éternel, tantôt au Fils de Dieu, tantôt au Saint-Esprit, tantôt à la très sainte Vierge, à son bon Ange, et à tous les Anges et Saints ; et ce, en diverses manières, et par divers actes de foi, d'espérance, de confiance, d'amour, de patience, d'humilité, de soumission, de louange, de bénédiction, de contrition, etc., non pas tout à la fois, mais tantôt l'un, tantôt l'autre.

8. Surtout lui recommander d'user souvent de ces petites élévations :

« 0 mon Dieu, je me donne tout à vous.

« 0 mon Seigneur, votre sainte volonté soit faite.

« 0 mon Père, non pas ce que je veux, mais ce que vous voulez.

« 0 mon Dieu, je reconnais que mes péchés méritent mille fois davantage de châtiments-: Hic ure, hic seca, modo in seternum parcas.

« 0 Jésus, je. me donne et me sacrifie tout à vous.

« 0 Jésus, tirez- moi avec vous dans votre divin sacri- . fice, afin de me sacrifier tout avec vous à la gloire de votre Père.

« 0 Jésus, je veux souffrir pour l'amour de vous tout ce qu'il vous plaira, et tant qu'il vous plaira.

« 0 bon Jésus, je me donne à vous, pour entrer dans les dispositions saintes avec lesquelles vous avez soufterL

« 0 mon Jésus, soyez-moi Jésus.

TROISIÈME PARTIf. — CBAPITRE XVII 8!)

<( 0 Jésus, soyez ma force et ma patience.

« 0 mon Sauveur, faites pour moi, s'il vous plaît, devant votre Père, tout ce que je devrais faire. Je vous donne ma volonté à cette intention.

■ 0 mon cher Jésus, je vous offre toutes mes petites peines; unissez-les, s'il vous plait, avec les vôtres très grandes, bénissez-les et les sanctifiez par les vôtres, offrez-les avec les vôtres à votre Père éternel, et en faites le même usage que vous avez fait des vôtres.

« 0 Mère de Jésus, soyez ma bonne Mère, quoique je sois très indigne d'être votre enfant. Unissez mes douleurs avec les vôtres ; offrez-les à votre Fils avec les vôtres ; faites pour moi tout ce que je devrais faire, suppléez à mes défauts, et faites pour moi tout l'usage que je devrais faire de mon mal.

« 0 mon saint Ange gardien, ô bienheureux saint Joseph, ô Saints et Saintes de Jésus, priez pour moi, assistez-moi, aimez et louez mon Dieu pour moi, suppléez à mes défauts, faites pour moi devant Dieu ce que je devrais faire. »

9. Lorsque la maladie est accompagnée de douleurs aiguës et violentes, proposer au malade divers points de la Passion de Notre-Seigneur à honorer en divers temps, en cette façon :

« Or sus, mon cher frère, il nous faut consacrer celle journée, ou cette nuit, ou cette matinée, ou cette aprèsdinée, ou cette heure, à l'honneur de l'agonie de Notre- Seigneur dans le jardin des Olives, qui est le premier mystère de sa passion ; et jeter un peu les yeux de notre foi durant ce temps sur ce qu'il a souffert en ce lieu, afin de nous encourager à souffrir avec lui ; et par après nous consacrerons l'heure, ou le jour, ou la nuit, ou la matinée, ou l'après-dinée suivante, à l'honneur de ce qu'il a souffert lorsque Judas l'a salué et livré à ses ennemis ; puis à l'honneur de ce qu'il a souffert, étant pris et lié comme un criminel, puis chez Anne, chez Caïphe, chez

Pilate, chez Hérode, et en tous les autres lieux et parties de sa très douloureuse passion. Et ainsi d'heure en heure, ou de jour en jour, ou de temps en temps, nous le suivrons de lieu en lieu, de station en station, de mystère en mystère, de souffrance en souffrance, unissant nos petites douleurs avec les siennes, très grandes, oubliant les nôtres pour penser aux siennes et le bénissant de la faveur qu'il nous a faite de le pouvoir honorer dans sa sainte passion en la manière la plus excellente, à savoir par imitation et par conformité. »

10. Lui proposer et faire pratiquer les choses précédentes, non pas tout d'un coup, mais peu à peu, tantôt l'une, tantôt l'autre, sans l'ennuyer ni fatiguer, avec grande douceur et discrétion, prenant garde de ne point parler trop haut, de peur de l'incommoder, mais d'une voix médiocre et pleine de bénignité.

11 . Entremêler ces remontrances et exercices de prières, se mettant de fois à autre à genoux, et y faisant mettre ceux qui sont présents, pour dire quelques prières tout haut pour le malade, en latin ou en français, comme les litanies de Jésus, ou celles de sa sainte Enfance, ou du Saint-Sacrement, ou de sa Passion, ou celles de Notre- Dame, ou de saint Joseph, ou des saints Anges, ou de tous les Saints, prenant tantôt l'une, tantôt l'autre ; ou bien Y Ave maris Stella, ou le Salve Rer/ina, ou quelque belle prière en français.

12. L'exhorter à rendre obéissance aux médecins et à ceux qui le gouvernent, en l'honneur de l'obéissance de Notre-Seigneur, et à prendre les médecines et remèdes, en l'honneur du fiel qu'il a bu et des plaies et douleurs qu'il a portées en sa passion pour l'amour de lui.

Page 1