TROISIÈME PARTIE. — CHAPITRE MX
suivantes, qui sont des vérités de foi, et par conséquent très solides et très infaillibles:
l.Quec'estla divine Providence qui conduit et gouverne toutes choses : Tua, Pater, providentiel cunctagubernat* ; el qu'il ne se fait rien du tout en ce monde que par son ordre et par sa volonté ou absolue ou de permission ; et que, soit qu'elle veuille absolument une chose qui nous arrive, soit qu'elle la permette, c'est toujours pour le mieux et pour notre plus grand bien, si nous voulons de notre côté en faire l'usage que nous devons ; et par conséquent, que nous devons prendre et recevoir tout ce qui nous arrive, non pas comme venant de la part d'aucune créature, mais comme sortant de la très adorable main et du très aimable Cœur de notre Créateur.
2. Que Dieu est notre vrai Père, et un Père qui nous aime intiniment plus que nous ne nous aimons nousmêmes ; un Père qui n'a que des pensées etdes desseins d'amour et de paix, et non pas de rigueur et d'affliction au regard de nous : Ego cogito super vos cogilationes pacis, ^t non afflictionis* ; un Père qui nous aime tant et qui prend tant de soin de tout ce qui nous touche, qu'il nous assure lui-même qu'il a compté tous les cheveux de nos têtes, et que pas un ne périra. S'il a un tel soin des plus petites choses qui nous regardent, que fait-il pour celles qui sont plus importantes, comme les biens, la réputation, la santé, la vie, etc. ? C'est un Père enfin qui, ayant une puissance, une sagesse et une bonté infinie, peut, sait et veut garder ceux qui le craignent et qui l'aiment, de toutes sortes de maux, et faire tourner toutes choses à leur avantage. De sorte qu'il ne tiendra qu'à nous que -nous ne soyons affranchis de tous les véritables maux, et que nous ne possédions les vrais biens. Vivons en la crainte de Dieu, et ces paroles du Saint-Esprit s'accompliront au regard de nous : Timenti Dominum non occur-
* Sap. XIV, 3. — '- .Jerem. XXIX, 11.
■rent mala1 : « A celui qui craint Dieu, il ne lui arrivera aucun mal » ; Nulla nocebit adversitas, si nulla dominalur iiiir/nitas2 : « Là où i iniquité ne se rencontre point, l'adversité n'y peut apporter aucun dommage » ; Diligentibus- Deum omnia coojiprantur in bomim3 : « Toutes choses coopèrent au bien des personnes qui aiment Dieu. »
3. Que Dieu nous fait une grande grâce, quand il nous traite non pas en juge rigoureux, mais en père miséricordieux, et qu'il nous châtie, non pas comme ses ennemis, mais comme ses enfants, nous faisant souffrir quelques peines temporelles en ce monde, afin de nous garantir des éternelles que nous avons méritées par nos péchés ; et qu'il nous fait payer en la terre, plutôt que dans le purgatoire, ce que nous devons par nos offenses à sa divine justice ; par ce qu'on ne paie pas ici un pour mille de ce qu'il faudrait payer dans les feux du purgatoire : à raison de quoi nous sommes plus obligés à sa miséricorde, et nous devons plus le remercier, qu'un criminel qui aurait mérité le feu ou la roue ne serait obligé de rendre grâces à ses juges, qui l'auraient condamné seulement à payer une amende de cinq sous.
4. Qu'une des plus grandes faveurs que Notre-Seigneur nous puisse faire en ce monde, c'est de nous envoyer quelque affliction, et de nous donner quelque part en sa croix. Car c'est nous faire boire dans sa coupe, c'est nous donner ce qu'il a le plus aimé en ce monde, sa croix étant le premier objet de son amour, après son Père éternel, puisque c'est par sa croix qu'il a détruit le péché qui est la source de tous les maux, et qu'il a fait tous les biens qui sont en la terre et au ciel. Enfin c'est nous donner ce qu'il a pris pour lui-même, ce qu'il
1 EccH. XXXIII, 1.
5 D. Bernard. Serin. 13, sup. Qui^habitat.
3 Rom. VIII, 28.