TROISIÈME PARTIE. — CHAPITRE XIX 9î
a donné à la personne du monde qu'il aime le plus, c'està-dire à sa très digne Mère, et ce qu'il a donné à ses Apôtres et à ses plus grands amis. Tous ceux qui ont été agréables à Dieu, dit le Saint-Esprit, ont passé par plusieurs tribulations : Omnes qui placuerunl />eo, per mullas tribulationes transierunt1. Parce que vous étiez agréable à Dieu, dit l'ange Raphaël à Tobie, il était nécessaire que vous fussiez éprouvé dans l'affliction : Quia acceptus eras Deo, necesse fuit ut tentatio probarct te*.
5. De là vient que les saintes Écritures nous annoncent que la croix et les souffrances sont la gloire, le trésor, le paradis, le souverain bien du chrétien en la terre : A Dieu ne plaise, dit saint Paul, que je me glorifie en autre chose qu'en la croix de Notre-Seigneur Jésus-Christ : Absit mihi gloriari nisi in cruce Domini nostri Jesu Christi3. Nous nous glorifions dans les tribulations, dit-il encore, parlant au nom de tous les chrétiens : Gloriamur in tribulationibus1'. Vous devez faire état que les tribulations, dit le Saint-Espri t parlant par la bouche de saint Jacques, sont un sujet de la plus grande joie qui vous puisse arriver : Omne gaudium existimate, fratres mei, cum in tentationes varias incideritis* .
De sorte que l'on peut dire que celui qui a trouvé une bonne affliction a trouvé un grand trésor, qui le rendra riche pour jamais, s'il en fait bon usage. Les plus grandes consolations qu'on peut avoir en ce monde, même les consolations spirituelles et divines, ne sont que des fleurettes qui se flétrissent et qui se passent bientôt ; mais une grande affliction c'est une belle pièce d'or, qui est solide et permanente ; voire c'est une pierre précieuse d'un prix inestimable, c'est une terre noble qui, étant bien cultivée, enrichira la personne affligée d'une infinité de biens célestes et éternels.
> Judith., VIII, 23. — * Tob. XII, 13. — 3 Gai. VI, Vu * Uom. V, 3. — s Jac. I, 2.
6. Car il n'y a rien qui purifie tant une âme que la souffrance ; rien qui l'embellisse tant, pour la rendre agréable aux yeux de sa divine Majesté ; rien qui l'enrichisse tant de véritables biens, et rien qui l'anoblisse tant que la vraie noblesse chrétienne, qui consiste à être conforme à notre grand Roi et à notre très aimable Crucifié.
7. Enfin il importe infiniment de faire un saint usage des tribulations. Car premièrement, celui qui les porte chrétiennement rend une très, grande gloire à Dieu, et la plus grande que l'homme lui puisse rendre en la terre, puisque le Fils de Dieu, qui est venu pour honorer son Père et pour réparer le déshonneur qui lui avait été rendu par le péché, n'a point connu ni choisi de moyen plus propre pour arriver à cette fin, que celui de la croix et des souffrances. Secondement, il acquiert des trésors de grâce pour la terre et de gloire pour le ciel, qui sont inestimables. Au contraire, celui qui 'ne les porte pas comme il faut prive Dieu de la gloire incomparable qu'il en aurait reçue à toute éternité, et fait une perte pour soi-même, qui est si grande que, s'il la connaissait, il ne pourrait jamais s'en consoler.
Après avoir bien fait entendre ces vérités, en tout ou en partie, à la personne que vous désirez consoler, vous devez ensuite lui enseigner l'usage qu'elle doit faire de son affliction, et l'exhorter à pratiquer ce qui suit :
1. Croire toutes cas mêmes vérités, qui sont si certaines, qu'il n'y a point de vrai chrétien qui en puisse douter.
2. Si l'affligé n'est pas en état de grâce, l'exhorter de s'y mettre au plus tôt, ou de se réconcilier avec Dieu par le moyen d'une bonne confession et d'une vraie conversion. Car celui qui souffre étant en péché mortel, non seulement perd tout le fruit de ses souffrances, mais il est crucifié avec le mauvais larron, il commence son en-