TROISIÈME PARTIE. — CHAPITRE XIX
fer dès ce monde, et est misérable selon le corps et selon l'àme devant Dieu et devant les hommes. Il est misérable en ce monde, et il sera infiniment plus misérable en l'autre, s'il ne se convertit.
3. S'humilier profondément devant Dieu en la vue de nos péchés, qui sont la cause de tous nos maux, reconnaissant qu'ayant mérité l'enfer, l'ire de Dieu et de toutes les créatures de Dieu, par les offenses que nous avons commises contre sa divine Majesté, quand il nous enverrait toutes les afflictions qu'on peut souffrir en ce monde, et quand toutes les créatures s'élèveraient contre nous pour nous écraser et pour venger l'injure que nous avons faite à leur Créateur, nous n'aurions pas sujet de nous plaindre, et cela ne serait rien en comparaison de ce que nous avons mérité, puisqu'un seul péché mortel mérite les peines éternelles de l'enfer, dont la moindre surpasse incomparablement toutes les afflictions temporelles de ce monde. A raison de quoi nous devons accepter de bon cœur, et avec une profonde humiliation, toutes les souffrances qui nous peuvent arriver en ce monde, en satisfaction de nos péchés et en l'honneur de la divine justice, reconnaissant qu'elle nous châtie justement : Justus es, Domine, et rectum judicium tuum1. Omnia quse fecisti nobis, in vero judicio fecisti : peccavimus enim et prœcepta tua non audivimus-. Par ce moyen nous apaiserons la colère de Dieu, et nous attirerons sur nous les bénédictions et les consolations de ses miséricordes. Car il n'y a rien qui gagne tant le cœur du Père des miséricordes et du Dieu de toute consolation, que quand sa créature s'humilie devant sa divine Majesté : Humiliamini sub potenti manuDei, ut vosexaltet in lempore visitationis2.
4. Adorer la très sainte volonté de Dieu, et se soumettre, résigner et abandonner entièrement, sans réserve et de tout le cœur, à tous les desseins qu'elle daigne avoir sur
1 Ps. GXVIII, 137. — '- Dan. III, 31, 29 et 30. — > I Pet. V, 6.
bous, anéantissant à ses pieds toutes nos volontés et inclinations, la suppliant d'établir son règne dans nos cœurs, et nous donnant à Notre-Seigneur, pour dire avec lui ce qu'il a dit à son Père dans la plus forte angoisse qui fut jamais, et pour le dire en union de la très parfaite résignation, et de toutes les saintes dispositions avec lesquelles il a dit : Pater, non mea voluntas, sed tua fiai1 : « Mon Père, non pas ma volonté, mais la vôtre soit faite » ; et avec sainte Gertrude : Peto, Domine, et ex loto corde desidero, ut tua laudabilissima voluntas in me, et in omnibus creaturis, secuiulum optimum bem'placitum. tuum per/iciatiti'' : « Je demande, mon Seigneur, et je désire de tout mon cœur que votre très louable volonté s'accomplisse en moi et en toutes vos créatures, en la manière qui vous sera la plus agréable. »
5. Bénir, louer et remercier Dieu au temps de l'affliction : Bencdicam Dominum in omni tempore3 : « Je bénirai mon Seigneur en tout temps » ; mais je le dois bénir et louer avec plus d'affection au temps de la désolation qu'en celui de la consolation, puisque, comme il a été dit ci-dessus, les afflictions sont de plus grands effets de la bonté de Dieu vers nous que les consolations. Celui qui doit cent boisseaux de blé à un homme qui le tient quitte pour une paille, n'est-il pas bien obligé de le remercier de la faveur qu'il lui fait, et ne doit-il pas payer la paille de bon cœur ? Combien davantage un pécheur, qui est redevable à la justice de Dieu de supplices éternels qu'il a mérités par ses péchés, est-il obligé de rendre grâces à sa miséricorde, lorsqu'elle lui fait souffrir quelque peine légère et passagère en ce monde, afin de le délivrer des effroyables tourments de l'enfer qui n'auront jamais de fin !
iLuc. XXII, 42.
4 Légat, die. piet., lib. 3, cap. 11
s Ps. XXXIII, 2.