‹ uvres complètes du vénérable Jean Eudes, missionnaire apostolique (volume 4)Chapitre 85 sur 369 · CHAPITRE XX · texte numérisé non relu

CHAPITRE XX

Ce qu'il faut éviter et ce qu'il faut faire pour plaire à Dieu en conversant avec le prochain.

x a conversation que nous devons avoir avec le prochain -^ occupant une partie notable de notre temps et de notre vie, il est très important d'y observer les règles suivantes, qui marquent ce qu'il faut éviter et ce qu'il faut faire pour s'y comporter chrétiennement :

Fuir toutes les compagnies dangereuses et inutiles, comme celles des libertins, des médisants, des railleurs, des personnes qui aiment l'oisiveté, le jeu, la chasse et autres semblables passe-temps : et spécialement celles des ecclésiastiques qui mènent une vie oiseuse, et qui suivent plutôt l'esprit et les maximes du monde que celles de l'Évangile.

Surtout fuir la conversation des femmes et des filles, non seulement mondaines, mais aussi dévotes, sinon quand la nécessité et la charité y obligent.

N'aller point chez elles, sinon en cas de maladie, ou d'affliction, ou de quelque autre nécessité.

Ne leur donner pas facilement liberté de venir chez nous, si ce n'est pour quelque cause nécessaire.

Ne leur parler point dans l'église, si ce n'est en passant et très peu de temps, et étant debout et non pas assis.

Ne leur parler point aussi dans le confessionnal que des devoirs et obligations de leur profession, des moyens d'y satisfaire et d'autres choses semblables, afin de pouvoir dire avec vérité : Nostra conversatio in cselis est1 ; car chacun met son plaisir à parler de ce qu'il aime. C'est ici la vraie marque par laquelle on discerne les ecclésias-

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tiques qui aiment le monde et qui suivent l'esprit du monde, d'avec ceux qui aiment Dieu véritablement et qui sont animés de son Esprit : Jpsi de mundo sunt, ideo de mundo loquuntur, et mundus eos audit : Nos. ex Deo sumu s .

Pour bien observer les règles susdites, trois choses sont nécessaires. La première, d'avoir une véritable volonté et un grand désir de le faire. La seconde, de les lire de fois à autre, afin de les imprimer dans son esprit et dans son cœur. La troisième, lorsqu'on est appelé pour converser avec le prochain ou qu'il faut aller en quelque compagnie, se recueillir un peu devant Dieu, et jetant les yeux de la foi sur Notre-Seigneur conversant avec les hommes, l'adorer dans les saintes dispositions et intentions intérieures et extérieures d'amour vers son Père, de charité vers les hommes, d'humilité, de dégagement de soi-même : Christus non sibi jjlacuit*, de mansuétude, d'affabilité, de patience, de modestie, avec lesquelles il a conversé ; renoncer à nous-mêmes, à notre amour-propre, à notre propre esprit, à notre propre sens, à nos humeurs et à tout ce qui est de nous ; nous donner au Fils de Dieu, pour nous unir à lui dans les intentions et dispositions susdites ; le supplier de nous en rendre participants ; prier sa sainte Mère, notre bon Ange, et les saints Anges des personnes avec qui nous avons à converser, de nous obtenir cette grâce ; et durant la conversation, réitérer de fois à autre cette donation de nousmêmes à Notre-Seigneur pour la même fin.

'I Joan. IV, B. — * Rom. XV, 3.

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