Serin, de Luud. Virs
PREMIÈRE l'ARTIE. — CHAPITRE XIV 18!»
l'aurait laissé dans le néant, si sa divine Sagesse ne lui avait mis devant les yeux cette Vierge incomparable, par le moyen de laquelle il devait être réparé. C'est le sentiment de plusieurs grands théologiens1.
Outre cela, saint Bernardin de Sienne assure qu'en suite du péché du premier homme, toute la nature humaine devait être réduite dans le néant, et que Dieu l'a conservée pour la considération de notre divine Vierge2. Ce qu'on peut dire aussi de tout le monde, puisque, n'ayant été fait que pour l'homme, il devait être anéanti avec l'homme.
Mais écoutons-la encore parler : Tout mon plaisir, ditelle, et toute ma joie était en Dieu, et je lui donnais aussi un grand sujet de contentement : Delectabar per singulos dies, ludens corarn eo omni tempore, ludens in orbe ternir inn i.
Pour entendre ceci, remarquez premièrement, que cette sacrée Vierge n'a jamais pris aucune satisfaction pendant qu'elle a été en la terre, qu'à suivre en tout et partout la très sainte volonté de Dieu. Secondement, que cette disposition et cet état de son Cœur et de son àme étaient aussi présents devant Dieu dès le commencement des siècles, voire de toute éternité, comme si déjà elle eût été au monde ; et que le Saint-Esprit la fait parler ainsi, afin de nous exciter, par son exemple, ;'t aimer Dieu comme elle l'a aimé, et à mépriser toutes les fausses joies du monde, pour mettre tout notre contentement à contenter celui qui est tout cœur et tout amour vers nous. Troisièmement, remarquez que, comme
1 . » Nisi ex amore Mariae, et Jesu Filii ejus. mundum minime condidissem. » Interprètes apud Salazar, in Cap. 8. Proverbiorum, n. 260.
2. « Adam et Eva, ex propria transgressione, non solum mortis, sed et annihilationis exterminiuni meruerunt : sed propter praecipuam reverentiam et singularissimam dilectionem quam habebat ad Virgineni, praeservavit ». D. Bernardin. Serm. 64, art. 1, cap. 2.