‹ uvres complètes du vénérable Jean Eudes, missionnaire apostolique (volume 5)Chapitre 109 sur 303 · Proi- VIII · texte numérisé non relu

Proi- VIII

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elle a mis toutes ses délices à plaire à Dieu, que Dieu aussi l'a tant aimée, qu'elle-même dit un jour à sainte Mechtilde1, et c'était en la fête de sa Naissance, que la très sainte Trinité avait tant pris de complaisance en elle de toute éternité, la regardant même dans sa naissance et dans son enfance, que toutes les actions de son enfance étaient comme un jeu très agréable devant les yeux de sa divine Majesté, et que cela était exprimé en ces paroles : Ludens coram eo.

Je ne m'étonne pas, ma toute bonne Mère, si votre Cœur virginal n'a jamais pris ses délices qu'en celui qui en est la très unique source ; mais permettez-moi de vous dire que je suis surpris de ces paroles que vous dites ensuite : Et mes délices sont d'être avec les enfants des hommes : Et delic'ue meie esse cum fîliis hominum. Quelles délices pouvez-vous prendre avec des monstres d'ingratitude qui vous ont causé tant de douleurs, qui vous ont fait répandre tant de larmes, qui ont massacré si cruellement votre bien aimé Fils, et qui le crucifient encore tous les jours? Quelles délices pouvez-vous avoir avec ceux qui trouvent tant d'ennui et d'amertume à converser avec votre Fils et avec vous, et qui mettent tout leur plaisir dans les faux passe-temps du monde? Mais c'est que vous n'avez qu'un même Gœur et un même sentiment avec votre Jésus. L'amour infini qu'il a pour les hommes, quoiqu'ils s'en rendent infiniment indignes, l'oblige de dire le premier que ses délices sont d'être avec les enfants des hommes ; et l'excès de votre charité vous porte à dire et à faire la même chose. Oh ! que de bon cœur je me donne à cet amour et à cette charité, pour protester en la face du ciel et de la terre, que je veux

1. « In tanta denique jucunditate et exultatione Nativitatem et infantiam meam dignata est (sancta Trinitas) praevidere, ut omnis actus pueritiae mea? coram eo delectabilis ludus videbatur, juxta illud : Ludens coram eo omni tempore. [Prou. VIII, 30). Liber spec. grattée, lib. 1, cap. 29.

mettre toutes mes délices avec mon très aimé Jésus et nia très chère Marie, et pour les supplier de faire en sorte que hors de là je ne trouve que des amertumes et des supplices.

Mais vous avez encore quelque chose à nous dire, ô Mère admirable ! Parlez donc, s'il vous plaît, car ceux qui vous aiment vous écouteront.

Or sus donc, dit-elle, écoutez-moi, mes enfants iaienaimés : Nunc ergo, filii, audite me. Bienheureux ceux qui cheminent par les voies que je vous ai tracées et que je vous ai enseignées. Entrez dans l'aimable école où je désire vous instruire : C'est là que vous apprendrez la science des Saints, et la vraie sagesse. Gardezvous bien de rejeter mes instructions. Heureux est l'homme qui m'écoute, et qui se trouve du matin à ma porte, c'est-à-dire, qui commence de bonne heure à me chercher^ et qui me rend tous les jours quelque service. Celui qui me trouvera pourra dire véritablement qu'il aura trouvé le souverain bonheur de la vraie vie ; et il recevra du Seigneur toutes les grâces nécessaires et convenables à son salut, avec une telle abondance, qu'il marchera avec facilité et avec joie dans les voies du ciel1.

Oui, Vierge sainte, car vous êtes la trésorière générale de toutes les grâces. Jamais Dieu n'en a donné aucune qui n'ait passé par vos bénites mains ; et, depuis le fiât que vous avez dit pour consentir au mystère de grâce et d'amour qui a été opéré en vous et par vous lorsque le Fils de Dieu s'y est incarné, cet admirable fiai a été rendu si recommandable devant la divine Majesté, qu'elle

1. « Beati qui custodiunt vias meas. Audite disciplinam, et estotc sapientes, et nolite abjicere eam. Beatus homo qui audit me. et qui vigilatad fores meas quotidie, et observât ad postes ostii mei. Qui me invenerit, inveniet vitam, et hauriet salutem a Domino, o Prov. VIII, 32-35.

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n'a accordé ni accordera aucune grâce à personne, et qu'elle n'entérine ni entérinera aucune requête sans y voir auparavant le fiât de Marie.

Voilà comme le Saint-Esprit fait parler cette divine Marie au jour de sa naissance ; voilà comme il lui fait dire d'elle les mêmes choses que son Fils dit de soi-même, et comme il lui applique les mêmes éloges et les mêmes qualités qui appartiennent à la Sagesse éternelle. Il est vrai qu'il y a cette différence, que le Fils les a par nature et par essence, et en un degré infiniment plus relevé que sa Mère ; et qu'elle ne les possède que par grâce et par participation, mais en un degré très sublime et très excellent.

Vous me demanderez peut-être comment est-ce que le Saint-Esprit peut appliquer véritablement à cette sacrée Vierge toutes ces merveilleuses excellences dès le jour de sa naissance et même de sa conception ? C'est qu'il la regarde dès lors selon ce qu'elle est dans les grands desseins que Dieu a sur elle, et qu'il regarde en elle le principe, la racine et le fondement de ces grandes choses. Quel est ce principe et ce fondement ? C'est la grâce très éminente que Dieu a mise dans son àmc dès le moment de sa conception, et qui y était beaucoup plus excellente au point de sa naissance : grâce proportionnée aux très hauts desseins que Dieu a dès lors sur elle, et à l'élection qu'il en a faite pour être la Mère de son Fils ; grâce qui la rend plus sainte, dès le premier instant de sa vie, que le plus haut Séraphin et le premier de tous les Saints au dernier point de leur sainteté. La Vierge Mère de Dieu, dit saint Bernardin de Sienne, a jeté les premiers fondements de sa sainteté sur le plus haut degré de toute la sainteté humaine et angélique : Ubi est summa plénitude sanctitatis hnmanœ et angelicae, ièî Virgo Dei Mater prima su<v sanctitatis jecit fundamenta* :

\. Ser/n. 11, art. 3, cap. 1.

grâce encore qui lelève, dès le premier moment de sa vie, au-dessus de toutes les choses créées, et qui l'approche de Dieu et l'unit avec Dieu d'une manière inexplicable ; grâce qui la fait entrer dans la plus digne et la plus étroite alliance avec le Père, avec le Fils et avec le Saint-Esprit, qui fut ni qui sera jamais ; grâce, enu\n, qui commence â la rendre très semblable à celui qui doit être bientôt son Fils, et dont elle sera bientôt la Mère, et qu'elle a déjà formé et fait naître dans son Cœur. 0 Vierge incomparable, ô admirable Enfant, si vous renfermez en vous tant de merveilles dès le moment de votre naissance, et même de votre conception, que sera-ce quand vous aurez conçu et enfanté celui qui est la première source et le souverain auteur de toutes les merveilles? Oh ! que l'un de vos serviteurs a bien raison de s'écrier, en disant : « O trois fois sacrée sainte Mère de Dieu, quiconque dira de vous toutes les choses les plus illustres et les plus glorieuses qui se puissent dire et penser, ne se trompera point '. » Oh ! que c'est à bon droit que la sainte Église prononce anathème, dans un Concile général, contre celui qui ne voudra pas reconnaître que vous êtes plus relevée en dignité et en sainteté que toutes les créatures visibles et invisibles : Si guis mon confitetur sanctam semper Virfjinem Mariam, proprie ac vere Ùei Genitricem, sublimiorem esse omni visibi/i et invisibiti creatura, anathema ait -.

Grâces infinies et éternelles soient rendues à la très sainte Trinité, d'avoir fait en vous choses si grandes et si admirables, même dès votre Enfance !

1. D. Basil. Seleuc. Oral, de Annunt. — 2. Concil. gen. 7, act. 5.

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