CHAPITRE XV
Qu'il est très probable que la Naissance de la très sacrée Vierge a été sans aucune douleur de sa bienheureuse mère sainte Anne.
C'est le sentiment de plusieurs grands théologiens *, qui en apportent beaucoup de raisons, dont je mettrai ici les principales.
1. C'est une chose constante que, si l'homme et la femme fussent demeurés dans l'état d'innocence auquel Dieu les avait créés, la femme n'aurait pas produit ses enfants avec douleur, comme elle fait, puisque c'est en punition de son crime que la divine Justice a prononcé contre elle cet arrêt : 7/? dolore paries* : «Tu enfanteras avec douleur. » C'est pourquoi la naissance de notre admirable Vierge n'étant point souillée de la coulpe originelle, ne doitpointporter les effets de cette condamnation. Aussi est-elle comparée par le Saint-Esprit à la naissance d'une étoile, qui dissipe les ténèbres et qui apporte la joie : Orietur [Stella ex Jacob3. Et saint Ildephonsedit hautement que notre incomparable Marie n'est point née comme les autres enfants d'Adam : Maria non sic est nata, sicut soient pueri etpuellse nasci1'.
2. Si l'état d'innocence eût donné cet avantage aux mères qui auraient enfanté pour lors, d'être exemptes des peines qu'elles souffrent maintenant, combien davantage la naissance de la Mère d'un Dieu doit-elle donner ce privilège à celle qui l'a fait naître, puisque cette merveilleuse naissance est une source de grâces et de bénédictions pour tout le genre humain, beaucoup plus grandes
1. De Vega, in Theol. Mar. n. 830 ; Novatus, cap. 4, quaest. 3.