PREMIÈRE PARTIE. — CHAPITRE MX ïil
nez, tournez vos flèches vers mon cœur, transpercez-le des dards enflammés du divin amour, afin que, mourant entièrement à tout ce qui est créé, et ne vivant plus qu'à mon Dieu et dans les langueurs de sa sainte dilection, j'aille sans cesse criant à tous les habitants de la sainte Jérusalem : « Allez, allez, dites hardiment à mon bienaimé Jésus, et à ma très aimable Marie aussi, que je languis d'amour pour eux \ »
La quatorzième interprétation est de saint Épiphane2, qui assure que Maria signifie spes maris, « l'espérance de ceux qui voguent sur la mer orageuse de ce monde ». Ce qui est conforme à ce que le Saint-Esprit lui fait dire d'elle-même en ces termes : Je suis la Mère de la sainte espérance; c'est en moi que se trouve toute l'espérance de la vie et de la vertu2. Aussi saint Augustin ne craint pas de lui dire qu'elle est l'unique espérance des pécheurs, c'està-dire, après Dieu : Tu es spes unica peccatorumk . Et saint Éphrem nous déclare qu'elle est même l'unique espérance des désespérés, et le. très puissant secours de tous <:eux qui implorent son aide : Bealissima Virgo, unica spes desperatorum, et ad illam recurrentium auxilium polentissimum"a. « Mes petits enfants, dit saint Bernard, c'est ici l'échelle des pécheurs pour monter au ciel ; c'est ici ma très grande confiance, c'est tout le sujet de mon espérance » : Filiolimei, hsec peccatorum scala, hssc mai maxima /iducia, hœc tota ratio speimess6.
0 Vierge très bénigne, bienheureux ceux qui sont dans une entière défiance d'eux-mêmes, et qui ont mis toute leur confiance en vous, après Dieu ; car étant très puissante, très sage et très bonne, vous pouvez, vous sa-
1. « Adjuro vos, filiae Jérusalem, si inveneritis dilectum meuin, ut nuntietis ei quia amore langueo. » Canl. V, 8.
*2. Tract, de taud. Virg.
3. « Ego Mater... sanctaj spei... In me omnis spes vita? et virtutis. » Eccl. XXIV, 24, îi>.
'i. Scrm. 18 de SS. — 5. Orat. ad Virg. — 6. Servi, de Nat. Viig.
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vez et vous voulez secourir et favoriser si à propos et si efficacement ceux qui s'adressent à vous avec une con tianee filiale, que jamais aucun n'a été frustré ni confondu de son attente.
La quinzième interprétation est de saint Jérôme1, de saint Bernard2 et de plusieurs autres, qui disent que Maria signifie Stella maris « l'étoile de la mer ». Car Dieu nous a donné cette divine étoile pour nous éclairer parmi les nuages ténébreux de la mer de ce monde, et pour nous conduire, parmi les périls innombrables qui s'y rencontrent, au port désirable du salut éternel. C'est une étoile qui est si resplendissante, dit saint Pierre Damien1, que, comme le soleil venant à paraître éteint tous les autres (lambeaux du ciel, ainsi le merveilleux éclat de la sainteté et de la gloire de Marie fait tellement éclipser tout ce qu'il y a de plus brillant dans les Anges et dans les Saints, qu'ils sont devant elle comme s'ils n'étaient point.
C'est une étoile qui est la Fille et la Mère du Soleil éternel ; c'est une étoile qui est née d'un soleil, et qui a enfanté un soleil. Hélas ! que ferions-nous sans cette belle étoile, parmi tant d'orages, tant d'écueils, tant de gouffres, tant de pirates, tant de monstres, tant de périls, tant de ténèbres dont la mer sur laquelle nous voguons » est remplie? « Otez le soleil du ciel, dit saint Bonaven- » ture\ que sera-ce du monde? OtezMarie. qui est le flam- » beau de la nuit très obscure de celte misérable vie, que » nous arrivera-t-il? Où nous trouverons-nous, sinon dans » l'ombre de la mort et dans des ténèbres très-épaisses ? »
« Et partant,, dit saint Bernard5, vous qui flottez au
1. In Ps. 118. — 2. Serm. de Nat. B. Virg. — 3. In Serm. de Ass.
4. « Toile corpus hoc solare quod illuminât mundum, ubi dies ? Toile Mariam hanc maris stellam, quid nisi caligo involvens, umbra mortis, ac densissimae tenebree relinquuntur ? » S. Bern. citât, à S. Bonav. In spec. B. V. lect. 3.
5. Hom. 2 super Missus est. Cf. Office du S. Nom de Marie composé par le P. Eudes, 8e Leçon.
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» milieu des tempêtes de la mer du siècle présent, ayez » toujours les yeux fixés sur cette étoile. Si les vents » des tentations s'élèvent contre vous, si vous rencontrez h les écueils des tribulations, regardez votre étoile, ap- » pelez Marie à votre secours. Si vous êtes agités des » flots de la superbe, de l'ambition, de l'envie, de 1k dé- » traction, regardez votre étoile, invoquez Marie. Si la » colère, ou l'avarice, ou la passion de la chair vous » menacent du naufrage, jetez les yeux sur Marie. Si » l'horreur de vos crimes, le désordre de votre cons- » cience, la terreur des jugements de Dieu commencent » à vous jeter dans le gouffre de la tristesse et du dé- » sespoir, tournez vos pensées vers Marie. En tous vos » périls, en toutes vos angoisses, pensez à Marie, invoquez » Marie. Que Marie soit toujours dans votre cœur et dans » votre bouche ; et afin que vous obteniez la faveur de » ses prières, n'abandonnez pas l'exemple de sa sainte » conversation. »
La seizième interprétation est du même Lyra>us, que j'ai allégué ci-dessus comme auteur de la septième, qui nous apprend que Maria, selon l'étymologie grecque, veut dire aquseductus, « conduit d'eau », conformément à ces paroles que le Saint-Esprit fait dire à sa divine Épouse : Ego sicul aquxductus exivi de paradiso l : « Je suis comme un canal portant l'eau qui sort du paradis » ; paroles qui sont attribuées par saint Bernard à la Mère de grâce en cette manière-' : Jésus est dans l'Église comme la première fontaine de la grâce ; la bienheureuse