CHAPITRE XXV
Le dixième Mystère de la sainte Enfance de la bienheureuse Vierge, qui est sa Présentation à Dieu dans le temple de Jérusalem.
Depuis près de mille ans que le temple de Jérusalem est bâti, on y a fait quantité de lètes très solennelles ; mais jamais on n'y en a célébré aucune avec tant de sainteté et de solennité comme celle qui s'y fait lorsque la très précieuse Vierge y est offerte et présentée à Dieu par ses parents et par elle-même.
Le sujet principal de celte solennité, c'est le mystère de sa Présentation, qui contient quantité de choses grandes et merveilleuses.
Je vois dans ce mystère et dans cette fête sept sortes de personnes, qui sont les plus nobles, les plus saintes et les plus dignes personnes de l'univers, qui rendent ce mystère très honorable et cette fête tout à fait admirable.
J'y vois, premièrement, la petite et incomparable Marie, qui est la plus excellente personne qui soit au monde, après les trois Personnes éternelles.
Secondement, j'y vois saint Joachim et sainte Anne, qui sont les plus honorables personnes qui soient en la terre, puisqu'ils sont le père et la mère de celle qui doit être la Mère de Dieu.
Troisièmement, j'y vois plusieurs de leurs parents, de leurs alliés et de leurs voisins, entre/ lesquels il y a grande apparence que saint Joseph y est, parce qu'étant de la ville de Nazareth, d'une même tribu, parent, voisin, et ami sans doute de saint Joachim et de sainte Anne, vu qu ils faisaient tous profession d'une piété particulière, on ne peut pas douter qu'il n'ait pris grande part à leur joie et à la faveur que Dieu leur a faite de les avoir affranchis de l'opprobre de la stérilité, et de leur avoir donné une fille, et une telle fille, et qu'il ne les ait accompagnés dans le voyage qu'ils ont fait en Jérusalem pour la présenter à Dieu dans son temple.
Quatrièmement, je vois ici les prêtres du temple, qui sont en office et dans l'exercice actuel de leur ministère; et entre autres saint Zacharie, qui sera bientôt le père du précurseur du Messie, se trouve dans le temple en cette occasion, ainsi que nous verrons ci-après.
Cinquièmement, j'y vois sainte Anne la prophélesse, qui e-t canonisée dans le saint Évangile pour sa rare piété et pour sa grande sainteté. Car elle avait quatrevingt-quatre ans quand Notre Seigneur fut présenté dans le temple, et il y avait plus de cinquante ans qu'elle y demeurait.
Sixièmement, j'y vois saint Gabriel, l'Ange gardien de la Heine des Anges, avec tous les Anges gardiens de saint Joachim, de sainte Anne, de saint Joseph, de la ville de Nazareth, de la ville de Jérusalem et de toute la Judée ; et peut-être même avec tous les autres Anges. Du moins est il bien croyable qu'il y en a un grand nombre de tous les neuf chœurs qui composent l'armée innombrable de ces Esprits célestes ; et spécialement je me persuade facilement que ceux que la divine Providence destine à la
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garde des personnes qu'elle prévoit devoir appartenir particulièrement à cette Reine du ciel par une dévotion singulière au regard d'elle, se trouvent en cette solennité et y ont une part toute spéciale, pour commencer à la servir et à l'honorer au nom et de la part de ceux dont ils seront un jour les Anges tutélaires.
Septièmement, je vois ici, dans la lumière de la foi, les trois adorables Personnes de la très sainte Trinité.
Mais voyons ce que font toutes ces saintes et divines personnes, dans cette grande solennité de la Présentation de notre bienheureuse Enfant.
Que fait, premièrement, cette divine Marie? Qu'est-ce qui se passe en son extérieur et en son intérieur?
La voilà qui fait sa première entrée dans le temple. Elle sait que c'est la maison de Dieu, qui n'est pas moins sainte que le ciel, et qui ne mérite pas moins de vénération que le ciel, puisque le Dieu du ciel y est aussi présent et y fait autant sa demeure que dans le ciel. Aussi, se persuadant qu'elle est autant devant la face de Dieu comme les Anges qui sont dans le ciel empyrée, elle se comporte dans ce lieu saint avec un merveilleux respect, piété et dévotion. Vous ne voyez rien en elle de puéril ni d'enfantin ; vous n'y voyez que des marques d'un profond recueillement et une modestie angélique. Elle ne tourne point la tête ni la vue de côté et d'autre ; elle ne regarde personne ; ses yeux sont modestement baissés. Elle est dans un profond silence ; elle ne parle à personne qu'à Dieu. Cette divine Enfant qui est dans ce temple est elle-même un vrai temple, un temple vivant, le temple de la Divinité, et un temple plus auguste et plus saint incomparablement que ce temple matériel. Et néanmoins elle s'humilie profondément, s'estimant très indigne d'èlre dans ce saint lieu. Et elle y est toujours, non debout ou assise, non pas sur des coussins ou des carreaux de soie, quoiqu'elle soit princesse et d'une race royale: