In Viia B. Virg
270 l'enfance admirable
mirable et aimable à un chacun, les prêtres, touchés de l'éclat d'une sainteté si merveilleuse et si extraordinaire, se portaient volontiers à la favoriser de cette grâce extraordinaire ; joint que cela se faisait par un ordre particulier de la divine Volonté qui les poussait à lui donner cette permission. Pourquoi? Parce que Dieu voulait que cette sainte Enfant fit sa demeure plus ordinaire dans le Sancta Sanctorum, pour sept raisons très considérables.
Premièrement, Dieu le voulait ainsi, pour joindre la vérité avec la figure, afin de faire paraître la beauté et l'excellence de la vérité par l'opposition de son ombre, comme le peintre met des ombres dans son tableau, afin de donner par ce moyen plus de lustre et d'éclat aux principales pièces du tableau. Pour bien entendre ceci, il faut savoir que le temple de l'ancienne Loi n'était qu'une ombre et une figure d'un nouveau temple que Dieu a bâti dans la nouvelle Loi, qui est la sainte Église. Quelle était la partie la plus digne et la plus vénérable de cet ancien temple de Jérusalem? C'était le Sancta Sanctorum. Quelle est la partie la plus auguste et la plus sacrée du temple de la nouvelle Jérusalem, qui est l'Église? C'est notre divine Vierge. C'est le vrai sanctuaire du nouveau temple qui a été bâti par le véritable Salomon, dont le sanctuaire de l'ancien temple n'était que l'ombre et la figure. Car, comme le premier sanctuaire contenait ce qu'il y avait de plus rare dans le temple de Salomon, et était plus digne et plus saint que tout le reste du temple : aussi notre divine Marie contient en soi tout ce qu'il y a de plus précieux dans la sainte Église, et est plus sainte elle seule que toute l'Église ensemble.
Comme Dieu faisait sa demeure plus particulièrement dans le sanctuaire du temple de Jérusalem : aussi le Cœur sacré de la petite Marie est dès maintenant un sanctuaire dans lequel la très sainte Trinité fait sa résidence plus saintement et plusagréablementque dans cetancien sanctuaire, voire même que dans le ciel ; et son corps virginal
est aussi un sanctuaire dans lequel toute la plénitude de la Divinité habitera bientôt corporeJlement. Et son Cœur et son corps sont un merveilleux sanctuaire qui sera dédié
et consacré par l'entrée et par la demeure que le souverain Ponlife y fera, qui n'y entrera pas seulement une fois par an pour y rester une heure de temps ou environ, mais qui demeurera neuf mois dans ce corps immaculé, et toujours dans ce Cœur très sacré où il est déjà, et d'où il ne sortira jamais.
Secondement, Dieu veut que cette aimable Enfant soit l'unique, entre toutes les personnes de son sexe, qui fasse son séjour ordinaire dans le sanctuaire du temple de Dieu, pour nous donner à entendre par là qu'elle est l'unique qui est logée, dès le moment de sa Conception immaculée, dans le Sanctuaire des sanctuaires, c'est-à-dire dans le Cœur adorable de la très sainte Trinité, comme étant la Fille unique du Père éternel, la Mère unique du Fils et l'Épouse unique du Saint-Esprit, en la manière qui a été dite ci-dessus, au chapitre douzième.
En troisième lieu, Dieu veut que la clef de la porte du sanctuaire soit entre les mains de notre sainte Enfant, pour montrer que c'est par elle que la porte du sanctuaire des grâces et des miséricordes divines, et l'entrée du paradis nous sera ouverte. A raison de quoi elle est appelée par 1 Église et par les saints Pères1: « La porte de la lumière, la porte de la vie, la porte des cieux, la clef du paradis » : Porta tucis, janua vitse, porta cxlarum, clavis exlorum et regni Christi. »
En quatrième lieu, Dieu veut qu'elle soit dans le Sancta Sanctorum, et qu'elle occupe la place où était l'Arche d'alliance, pour signifier par là qu'elle est la vraie Arche de sanctification, dont l'autre n'était que la figure, laquelle renferme dès maintenant dans son Co^ur, et renfermera bientôt dans ses bénites entrailles, la véritable
1. Petr. Dam., SermoS de Xat. Vir». ; S. Éphrem, De Laud. Marix,
manne du ciel, qui est le Verbe incréé qu'on appellera bientôt le Verbe incarné. Cette sainte Arche contient aussi en soi la verge de Moïse, c'est-à-dire la vertu et la puissance du Très-Haut, qu'il a déjà commencé à lui communiquer et qu'il lui communiquera encore plus abondamment, afin qu'elle opère avec lui des merveilles si prodigieuses, que tous les miracles que Moïse a faits avec sa verge, dans l'Egypte, dans la mer Rouge et dans les déserts, n'en sont que les figures et les ombres. Cette même Arche conserve encore en soi les vraies tables de la Loi, qui ne sont autres que son Cœur très sacré dans lequel le Saint-Esprit a écrit en lettres d'or toutes les lois évan^éliques.
En cinquième lieu, Dieu veut que cette très bénigne Enfant soit dans le Saint des Saints, et qu'elle y occupe la place du Propitiatoire qui était sur l'Arche d'alliance, pour nous donner à connaître que l'ire de Dieu, qui est enflammée contre le genre humain depuis tant de siècles, sera apaisée par son moyen ; que ce sera par son entremise qu'il se rendra propice aux pécheurs et qu'il se réconciliera avec eux. A raison de quoi elle est appelée par les saints Docteurs « le Propitiatoire du monde » : Commune propitiatorium, dit saint André de Crète' ; Totius sseculi propitiatorium, dit saint Anselme .
En sixième lieu, Dieu veut que cetts incomparable Enfant soit dans le Sanctuaire, et qu'elle tienne la place de l'Oracle, qui était avec le Propitiatoire sur l'Arche, entre les chérubins, [et] qu'on appelait ainsi parce que c'était là que l'on s'adressait à Dieu pour le consulter dans les difficultés qui se présentaient, et pour apprendre de sa bouche adorable ses divines volontés ; et c'était là aussi qu'il faisait ses réponses et qu'il donnait ses ordres. Il veut donc que la petite Marie occupe le lieu où était cet Oracle, pour nous marquer qu'il nous l'a donnée