CHAPITRE XXVII
Le douzième Mystère de la sainte Enfance de la bienheureuse Vierge, qui comprend ses occupations et exercices dans le temple.
Jamais la très sacrée Mère de Dieu n'a su ce que c'est que 1 oisiveté, non pas même dans les plus tendres années de son enfance. De soixante-trois années qu'elle a vécu sur la terre, jamais elle n'en a employé un seul moment inutilement. Mais elle a tout employé pour le service et pour la gloire de son Dieu, et en la manière qui était la plus agréableà sa divine Majesté, et selon la conduite de son adorable volonté. Carie Saint-Esprit, qui la possédait et dirigeait en toutes choses lui inspirait l'ordre et la règle qu'elle devait suivre dans l'emploi de son temps, et elle l'observait très fidèlement. Nous ne savons pas celle qu'elle a gardée dans les autres états de sa vie ; mais les saints Pères nous apprennent celle qu'elle a suivie pendant sa demeure dans le temple de Jérusalem. Voici comme saint Jérôme en parle : « Lorsque la bienheureuse Vierge, dit-il. étant encore dans son enfance, demeurait dans le temple avec les autres filles de son âge, elle menait une vie fort réglée. Car, depuis le grand matin jusques à Tierce, elle s'entretenait avec Dieu dans l'oraison. Depuis Tierce jusques à None, elle s'appliquait à quelque ouvrage des mains. Depuis None jusques au soir, elle retournait à ses prières, qu'elle ne quittait point jusqu'à ce que l'Ange, qui lui apportait tous les jours son repas, vînt à paraître. Et ainsi elle s'avançait toujours de plus en plus en l'amour de son Dieu1. »
1. « Hanc sibi regulam beata Virgo statuerat, ut a mane usque ad horam tertiam orationibus insisteret. A tertia usque ad nonam, ex-
276 l'enfance admirable
Saint Bonaventure, qui a pris ceci , partie de saint Jérôme, partie de ce que la glorieuse Vierge a révélé sur ce sujet à sainte Elisabeth, fille d'André roi de Hongrie, dit' qu'elle se levait ordinairement à minuit, et qu'étant levée elle se prosternait devant le lieu où l'Arche avait été, qui était le trône de Dieu, et que là elle demeurait longtemps en oraison, rendant des grâces infinies à Dieu, lui donnant une infinité de louanges et de bénédictions, et faisant plusieurs actes de foi, d'espérance, de charité et de religion. Ensuite de quoi elle avait coutume de lui demander sept choses principales. La première était la grâce de l'aimer de tout son cœur et de toutes ses forces. La seconde la faveur d'aimer son prochain autant que Dieu le commande, et tout ce qu'il désire que nous aimions pour l'amour de lui. La troisième, la force de haïr tout ce qui lui déplaît. La quatrième, l'humilité, la patience, la débonnaireté et les autres vertus qui la devaient rendre
terno opère se occuparet. A nona vero iterum ab oratione non recedebat, quousque illi Angélus appareret... » Episi. ad Ileliodorum.
1. « Surgebam enira semper in noctis medio. et pergebam ante allare templi, et tanto desiderio, et tan ta vol un ta te, et tanta affectione quanta poteram et seiebam, petebam gratiam ab ouinipotenti Deo observandi i 1 la. tria prsecepta et omnia alia mandata legis. Et sic stando ante altare, septem petitiones Domino faciebam, quae sunt haec : Primo enini petebam gratiam, qua possem implore dilectionis prœceptum. sciliret ipsum diligere ex toto, etc. Secundo, petebam gratiam, qua possem diligere proximum secundum voluntatem et beneplacitum suum, et ut faceret me amare omnia qu;e ipse aniat et diligit. Tertio, petebam ut me faceret odire et fugere omnia quœ odit. Quarto, petebam humilitatem, patientiam, benignitatem et mansuetudinein, et omnes virtules per quas effieerer gratiosa anle conspectum suum. Quinto, petebam ut faceret me videre tempus in quo esset nata illa beatissima Virgo, quœ debebat Filium Dei parère; et ut conservaret oculos meos. ut possem eam videre : linguam, ut possem eam laudare : raanus, ut possem ei servira : pedes ut possem ire ad servitium suum : genua ut possem adorare Dei Filium in gremio suo. Sexto, petebam gratiam obediendi mandatis et ordinationibus Pontificis templi. Septimo. petebam ut templum et universuin populum suum ad servitium suum conservaret ». D. Bonav. in Médit, ritœ Christi, cap. 3.
agréable à son bien-aimé. La cinquième, la grâce cl l'honneur de voir de ses yeux, d'ouïr de ses oreilles et de servir de ses mains celle qui devait être la Mère de son Créateur, ainsi qu'elle l'avait appris des divines Écritures. La sixième, le secours nécessaire pour obéir ponctuellement à toutes les volontés de ses Supérieurs. A la septième, elle recommandait à Dieu le sanctuaire qu'il avait choisi, les officiers et les ministres du temple, et tout son peuple, le suppliant de les conserver tous et d'augmenter en eux le zèle de son service.
Après ce premier exercice, elle prenait un peu de repos, puis elle retournait à la prière, et ensuite elle s'occupait en quelque ouvrage manuel, selon qu'il lui était ordonné, pour le service du temple, ce qu'elle entendait en perfection.
Après midi, elle reprenait ses exercices spirituels de la lecture et de l'oraison, jusqu'à ce que l'Ange lui apportât sur le soir ce qui lui était nécessaire pour son manger. Après avoir pris sa réfection, elle bénissait et adorait Dieu ; et s'étant entretenue quelque temps avec les bienheureux Esprits qui la venaient voir, elle prenait un peu de sommeil, qui pourtant, selon le sentiment de plusieurs saints Pères, n'interrompait pas ses doux et affectueux colloques avec Dieu.
De tout ceci nous apprenons que notre sainte Enfant a eu cinq sortes d'exercices et d'occupations principales dans le temple. Car, premièrement, elle passait la meilleure partie de son temps en l'oraison.
Secondement, elle en mettait quelque partie en la lecture des saints Livres. Elle n'était jamais moins seule que quand elle était seule, dit saint Ambroise ; car comment est-ce quelle était seule, ayant tant de Livres, tant d'Archanges, tant de Prophètes avec elle1 ? Elle s'appliquait
1. « Tura sibi minus solu videbatur, cum sola esset. Nam quemadmodutn sola, cui tôt libri adessent, tôt Archangeli, lot Prophetae "? » De Virsrinibus, lib. 2.
souvent à lire et méditer les oracles des Prophètes, dit saint Germain de Constantinople.
Troisièmement, elle s'employait, dit le même Saint, à travailler en laine, en lin et en soie, pour le service du temple.
En quatrième lieu, elle avait tous les jours quelques saints entretiens avec les Esprits bienheureux, des choses célestes et divines, selon le témoignage de saint Ambroise, que nous venons d'alléguer. Et c'est le sentiment aussi de saint Germain et de plusieurs autres.
En cinquième lieu, elle employait un peu de temps, mais le moins qu'elle pouvait, à prendre son repas, que les Anges lui apportaient, au rapport de saint Ambroise1, de George archevêque deNicomédie*, de Cédrenus3, et de Métaphraste qui dit4 que saint Zacharie, père de saint Jean-Baptiste, avait vu de ses propres yeux un Ange apportant la portion à notre sainte Enfant. Et saint Jérôme dit5 qu'il n'y a pas sujet de s'en étonner, puisque Dieu a bien fait cette faveur plusieurs fois à un saint abbé nommé Apollon, qui vivait du temps de l'empereur Théodose l'ancien.
Après avoir pris sa réfection, elle prenait un peu de repos, durant lequel néanmoins elle était dans une contemplation plus relevée, dit saint Bernardin de Sienne, même dès le ventre de sa mère, que n'ont jamais été les plus hauts contemplatifs.
Voilà les occupations de notre bienheureuse Enfant dans le temple de Jérusalem, dans lesquelles nous voyons qu'elle a employé très excellemment tous les moyens par