‹ uvres complètes du vénérable Jean Eudes, missionnaire apostolique (volume 5)Chapitre 164 sur 303 · Epist. ad lleliod · texte numérisé non relu

Epist. ad lleliod

lesquels on peut honorer Dieu en ce monde, qui sont neuf principaux, dont :

Le premier est de parler à Dieu dans l'oraison, et de lui parler avec l'humilité, le respect et l'attention convenables.

Le second, d'écouter Dieu qui nous parle continuellement par ses inspirations, par les saints livres que nous lisons, par ses divins commandements, par la bouche de nos supérieurs et des prédicateurs, et par toutes les créatures qui sont autant de langues qui nous crient sans cesse que nous aimions leur Créateur et le nôtre. Le ciel et la terre, dit saint Augustin, et toutes les choses qui sont au ciel et en la terre, ne cessent de me dire que j 'aime mon Dieu. Écouter donc Dieu qui nous parle en tant de manières, et obéir à sa voix, et faire bon usage de ce qu il nous dit.

Le troisième, de mettre notre récréation et notre joie à parler et à entendre parler de Dieu dans nos entretiens avec le prochain.

Le quatrième, d'agir pour Dieu et de faire tout pour lui et avec une très pure intention de lui plaire.

Le cinquième, de n'avoir point d'autre volonté que celle de Dieu, et de mettre tout notre contentement à vouloir tout ce qu'il veut et à ne vouloir rien que ce qu'il veut.

Le sixième, de quitter tout et de se quitter soi-même pour l'amour de Dieu.

Le septième, de donner et de sacrifier tout à Dieu.

Le huitième, de soullrir tout pour Dieu.

Le neuvième, de mourir ou d'être disposé à mourir pour Dieu.

Notre divine Enfant glorifie Dieu par tous ces moyens en une manière très parfaite pendant qu elle est dans le temple.

Car, premièrement, elle emploie la meilleure partie de

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son temps à parler à Dieu dans l'oraison, et à lui parler avec une humilité, un respect et une dévotion qui n'en a jamais eu de semblable.

Secondement, elle a toujours les oreilles ouvertes à la voix de son Dieu qui lui parle par ses inspirations, par ses commandements, par ceux qui la gouvernent, et par la lecture des saints Livres ; et elle obéit très exactement à tout ce qu'il lui ordonne, et fait un îrès saint usage de tout ce qu'il lui dit.

En troisième lieu, elle fait sa récréation après son repas, et met toute sa joie à parler et à entendre parler de Dieu, dans les entretiens qu'elle a avec les saints Anges ; et si elle suivait les sentiments de son amour et de son zèle, elle en parlerait à tout le monde, et elle irait par tout l'univers pour le prêcher et pour le faire connaître et aimer à tous les habitants de la terre.

En quatrième lieu, elle ne fait rien que pour Dieu et pour le service de son temple ; et elle n'a point d'autre prétention en tout ce qu'elle fait, que de plaire à son Dieu.

En cinquième lieu, elle n'a point d'autre volonté en quoi que ce soit, que celle de Dieu ; et elle met toute sa félicité et son paradis à lui laisser vouloir pour elle etpour toutes ses créatures ce qui lui est le plus agréable.

En sixième lieu, elle a tout quitté pour Dieu, son père, sa mère, son pays, ses parents, soi-même, tout, sans aucune exception.

En septième lieu, elle s'est donnée et sacrifiée, et elle se donne et sacrifie à Dieu continuellement et entièrement, corps, âme, cœur, esprit, vie, tout ce qu'elle peut, tout ce qu'elle a, tout ce qu'elle est, sans aucune réserve.

En huitième lieu, comme elle sait que le Fils de Dieu doitvenir en ce monde pour sauver les hommes, et qu'elle voit, dans la lecture des Prophètes, les supplices très atroces qu'il doit souffrir pour tous les enfants d'Adam et pour elle en particulier, l'amour très ardent qu'elle a pour ce très aimable Sauveur lui fait souffrir dès lors des

douleurs inconcevables, et lui fait désirer déporter toutes les souffrances qu'il doit endurer, atin de l'en affranchir, si tel était son bon plaisir.

En neuvième lieu, comme elle apprend aussi, dans les divines Ecritures, dont, selon saint Augustin1 et les autres saints Pères, elle savait les secrets, qu'il doit mourir d'une mort très cruelle pour l'amour des hommes et pour l'amour d'elle, l'amour incroyable qu'elle a pour lui laporte à s'offrir à Dieu d'un grand cœur, pour souffrir toutes les morts imaginables, afin d'en délivrer ce très adorable Rédempteur, qu'elle aime plus infiniment que soi-même. Oli ! qu'elle dit de bon cœur dès lors, avec abondance de larmes et avec un amour et une douleur inimaginable, ce qu'elle a dit depuis au temps de la Passion de son Eils, ne le connaissant pas encore alors comme son Fils, mais comme son Rédempteur et comme son Époux : .4 mor unice, Redemptor carissime, quis dabit mihi ut moriar pro te, Sponse dilectissime? « 0 mon très unique amour, ô mon très aimé Rédempteur, mon très cher Époux, qui me donnera que je meure pour vous et de cent mille morts ? »

C'est ainsi, ù très aimable Enfant, que vous employez tous les moyens possibles pour honorer et glorifier Dieu pendant que vous demeurez dans son temple. Gloire, louange et bénédiction éternelle au Père, au Fils et au Saint-Esprit, pour toutes les faveurs qu'il vous ont faites en ce temps-là et en toute votre vie ! Offrez-leur, s'il vous plaît, tout l'honneur que vous leur avez rendu par le saint emploi que vous avez fait de votre temps, en réparation et satisfaction du mauvais usage que j'ai fait de celui qu'ils m'ont donné, tant en mon enfance qu'en tout le

1. « Revolve, Maria, propheticam lectionem, neque enim te scientia divinorum potest praeterire librorum, quae ipsam plenitudinem paritura es Prophetarum ; recole in libro Isaiae prophetse Virginem quam legisti, et gaude, quia tu esse meruisti. » D. August. Servi. 9 de Te m p.

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reste de ma vie, et les priez de me donner la grâce d'employer entièrement tous les moments qui me restent, pour leur seule gloire et pour leur très pur amour.

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