Serin. 215 de Temp
2. « Si quis autem suorum, et maxime domesticorum curain non habet, fidem negavit, et est infideli deterior. » l Tint. V, 8.
Qui paraissent des anges dans l'église ; mais qui sont des démons dans leur maison, étant toujours en colère contre leurs domestiques, qu'elles malédifient beaucoup par leurs chagrins et criailleries, qui leur rendent la dévotion odieuse.
Qui demeurent longtemps dans les lieux de dévotion ; mais qui abandonnent le soin qu'elles doivent prendre des affaires domestiques de leur famille.
Qui sont toujours pendues aux oreilles d'un directeur, à qui elles font perdre beaucoup de temps; mais qui sont sans respect et sans obéissance à leurs maris et à leurs parents.
Qui avalent doux comme lait le venin des flatteries et des louanges . dont elles s'empoisonnent les unes les autres ; mais qui ne sauraient souffrir une parole de Iravers, et qui ressentent vivement les moindres offenses qu'on leur fait.
Qui sont pleines d'estime et de complaisance au regard d'elles-mêmes ; mais qui crèvent d'envie et de jalousie au regard des autres.
Qui protestent qu'elles ne veulent rien faire qui déplaise à Dieu ; mais aussi elles ne veulent pas déplaire au monde. Car pourquoi est-ce qu'elles veulent être vêtues mondainement, porter sur elles des senteurs agréables, prendre grand soin de la beauté de leur visage et de leurs mains, et faire parade^de la nudité de leurs bras, lors même qu'elles se présentent à la sainte table, sans se soucier de ce que dit saint Chrysostome, que les nudités, même des figures mortes, et beaucoup davantage des vivantes, sont le siège et le trône du démon : Nudae figurie dsemon assidet1 ? Pourquoi, dis-je, font-elles toutes ces choses, si ce n'est pour plaire au monde, quoique plaire à Dieu et au monde soient deux choses ordinairement incompatibles ? Si je plaisais encore aux hommes,
i. InPsal.CXUl.
PREMIÈRE l'ARTIE. — CHAPITRE XXIX SJO.'t
dit saint Paul, je ne serais pas serviteur de Jésus- Christ '.
Enfin , ce sont celles qui se persuadent d'être bien sages, et qui néanmoins sont véritablement folles, puisqu'elles suivent la folie du monde, qui paraît dans les changements continuels de ses modes : Stultus sicut luna mutatur2. Car nonobstant leur dévotion, elles veulent suivre les vaines modes du monde, en leurs habits, en leurs meubles, en leur parler et en tout le reste. Maudites modes, qui sont les sources de mille et mille péchés, et qui attirent beaucoup de malédictions et de châtiments de Dieu sur elles et sur les autres, dont voici un horrible exemple tiré du chapitre 51 du livre 4 des Révélations de sainte Brigitte, approuvées, de trois Papes, de deux Conciles, et même de toute l'Église, comme il a été dit cidessus.
Là il est rapporté qu'un jour Dieu fit voir à cette Sainte l'âme d'une malheureuse femme qui, étant présentée devant le tribunal de Dieu, s'accusait elle-même de ses crimes, et entre autres d'avoir suivi les modes du monde, et même d'en avoir inventé de nouvelles. « Malheur à moi, disait-elle, qui, depuis les pieds jusqu'à la tête, ai été revêtue de vanité et de superbe. Car j'ai suivi toutes les modes du monde, et j'ai inventé de nouveau quelques vains et superbes habits. J'ai lavé avec trop de soin et de curiosité mes mains et ma face, non pas seulement pour les conserver dans la netteté, mais pour attirer les yeux et l'estime des créatures3 ». Ensuite de ces accusations,
1. « Si hominibus placerem, Christi servus non esseni. » Galat. 1, 10.
i. Fccli. XXVII, 12.
3. « Nihil fuit a vertice capitis mei usque ad calcaneum, quod nisi cum superbia vestivi. Quaedani enim vana et superba portamenta ego de novo adinveni personaliter, quaedam vero sequebar secundum patin» consuetudinem. Lavi quoque manus et faciem, non i*| solum mundarentur, sed ut ab bouline laudarentur pulchra. >> Revel. Iib. 4, cap. 51.
sainte Brigitte entendit la divine Justice prononçant cet arrêt contre cette misérable : « 11 est juste que tu sois livrée à Satan, afin qu'il te rende ce que tu as mérité, puisque tu as obéi à ses volontés en te parant et habillant ainsi qu'il t'a suggéré ; et lorsque les autres suivront tes vaines inventions, tes peines augmenteront'. »
Ce terrible arrêt ayant été ainsi prononcé, sainte Brigitte vit plonger cette misérable dans des tourments si effroyables, qu'il n'y a point de langue qui en puisse exprimer la moindre partie.
Je trouve dans le chapitre 41 du livre 6 de la même sainte Brigitte, que INotre-Seigneur lui dit un jour, parlant d'un roi, que, s'il désirait lui être agréable, « il devait quitter toutes les légèretés et vanités de ses mœurs et de ses habits, ne suivant point les modes nouvelles, mais les façons louables que ses prédécesseursavaient établies2. »
Et au chapitre 57 du livre 8, la bienheureuse Vierge parlant encore sur ce sujet à la même sainte Brigitte, lui déclare qu'une des causes principales pour lesquelles Dieu châtiait alors le royaume de Suède, était la vanité et la superfluité des habits et des diverses modes et artifices qu'on y suivait 3.
Mais il n'y a rien de si épouvantable que ce qui est rapporté par saint Jérôme4, l'un des quatre principaux Docteurs de la sainte Église, qui est une chose arrivée de son temps, dans une maison qu'il connaissait parfaite-
1. « Juris diaboli est retribuere tibi pro meritie, quia te ornasti et composuisli sicut ipse tibi inspirabat et diotabat. .. et propter adventum cujuslibet qui imitabatur adinventiones tuas, pœna tua augmentabitur. » Ibid.
2. « Débet deponere omnes levitates in moribus et vestibus, non attendendo ad consuetudines novas, sed ad illas laudabiles a praedeoessoribus suis institutas. » Revel. lib. fi, cap. 41.
3. « Proptertria peccata, plaga venit super Kegnum, scilicet propter saper biam, et incontinentiam, et cupiditalem... >; Revel. lib. 8 cap. 57.