‹ uvres complètes du vénérable Jean Eudes, missionnaire apostolique (volume 5)Chapitre 179 sur 303 · PREMIÈRE PARTIE. — CHAPITRE XXX ~2W · texte numérisé non relu

PREMIÈRE PARTIE. — CHAPITRE XXX ~2W

que celle de Dieu, qui leur est manifestée par ses divins commandements, par ceux de son Église, par leurs règles et par la voix de leurs supérieurs et supérieures ; qui, se regardant comme les épouses de Jésus et comme les filles de Marie, s'étudient continuellement à se rendre agréables à leur très cher Époux et à leur aimable Mère ; qui enfin, sachant bien que tout leur temps est acquis au Fils de Dieu par le prix infini de son précieux sang, et qu'il leur en demandera compte jusqu'à un moment, fuient l'oisiveté comme la source de tous maux, et s'occupent toujours, à l'imitation de la sainte Vierge, en choses agréables à Dieu et utiles à leurs âmes. Voilà ce que c'est que de véritables religieuses, dont, grâces à Dieu, le nombre est aujourd'hui fort grand.

Mais il y en a aussi plusieurs qui sont plus religieuses de nom que d'effet ; qui sont de corps dans le monastère, mais d'esprit et de cœur dans le monde ; qui font plus d'état de leur naissance séculière, par laquelle elles sont nées dans l'ire et dans la malédiction de Dieu, que de leur profession religieuse, par laquelle elles sont faites épouses d'un Dieu ; qui sont très lâches et très inlidèles en l'observance de leurs vœux et de leurs règles; qui haïssent leur clôture comme une prison, et cherchent toutes sortes de prétextes pour la rompre ; qui ont aversion pour leur cellule, comme un criminel a pour son cachot; qui ne savent pas ce que c'est que de garderie silence et de mortifier leur langue, quoique le Saint- Esprit leur déclare, par la bouche de saint Jacques : « Que celui qui s'imagine être religieux, et qui ne sait pas refréner sa langue, est un séducteur qui se trompe et séduit soi-même, Scducens cor suum, et qui n'a qu'une vaine et fausse religion l. »

1 « Si quis aulem putat se religiosum esse, non refrenans linguam suam, sed seducens cor suum, hujus varia est veligio. » Jacob. I. 26.

.'500 l'enfance admirable

Qui, au lieu de s'appliquer à la lecture des livres de piété, passent une partie de leur temps à lire des romans et autres livres qui ne leur conviennent point, ce qui fait en elles des effets très pernicieux, dont j'ai vu des exemples funestes et horribles que je n'oserais mettre sur ce papier.

Qui n'ontpoint de lieux plus agréables que les parloirs, là où elles vont avec joie, où elles demeurent aussi longtemps qu'elles peuvent, d'où elles ne sortentqu'avec regret et avec une imagination pleine des curiosités, des vanités et des nouvelles du monde, dont elles entretiennent par après les autres religieuses ; lesquelles ensuite s'en vont à l'oraison, à l'office divin, à la sainte Messe avec la tète et le cœur pleins de ces sornettes, qui y étouffent l'esprit de la dévotion et du recueillement, et n'y laissent que de la dissipation, laquelle est une source de mille dérèglements ; qui se laissent encore aller à un autre désordre dans les parloirs, qui est d'y boire et d'y manger avec des persunnes du dehors, chose très dangereuse et de fort mauvais exemple , et très préjudiciable à la bonne odeur que doivent répandre toutes les maisons religieuses, parce que, comme tout le monde sait que cela ne se fait jamais dans les monastères bien réglés, lorsqu'on le voit faire en quelqu'un, on juge que le dérèglement s'en est emparé ; qui, n'étant pas satisfaites d'avoir plusieurs parloirs en divers endroits de leurs monastères, en veulent avoir même dans leurs églises, ce qui est bien contraire à l'exemple quelles doivent donner aux séculiers, du respect et de la vénération qui est due aux lieux saints.

Qui, ne se contentant pas de mépriser leurs règles qui leur ordonnent d'observer le silence en certains temps et en certains lieux de leurs monastères, mettent sous leurs pieds les commandements même de Dieu, et les sacrés canons de tant de saints Conciles, qui ordonnent à tous les chrétiens de garder le silence dans la maison

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