‹ uvres complètes du vénérable Jean Eudes, missionnaire apostolique (volume 5)Chapitre 194 sur 303 · w. IV · texte numérisé non relu

w. IV

322 l 'enfance admirable

Voulez-vous voir des preuves très certaines de leur amour très ardent au regard de Dieu? En voici trois très considérables. La première estla sainteté de leurs mœurs et la pureté de leur vie, qui était, dit saint Jérôme, simple , innocente, droite devant Dieu et irréprochable devant les hommes. La seconde est la grande charité qu'ils avaient pour le prochain, comme nous allons voir, qui est la juste mesure de l'amour que nous portons à Dieu; car si nous avons beaucoup de charité pour notre prochain, nous avons beaucoup d'amour pour Dieu ; si nous avons peu de celle-là. nous avons peu de celui-ci, si la charité du prochain n'est point dans notre cœur, l'amour de Dieu n'y est point : Celui qui hait son frère, dit saint Jean, et qui dit qu'il aime Dieu est un menteur \ La troisième preuve du grand amour que saint Joachim et sainte Anne portent à Dieu, est de voir qu'ils se privent de leur bien-aimée fille, qui est tout leur trésor, leur gloire, leur consolation, leur cœur, leur amour et leurs délices, pour la donner à sa divine Majesté, et pour la lui donner dès l'âge de trois ans. Je sais bien qu'ils en ont fait vœu; mais quand ils la garderaient encore quelques années avec eux, ils ne laisseraient pas de l'accomplir par après.

Pour ce qui est de la charité vers le prochain, le même saint Jérôme dit une chose qui est un témoignage signalé et de leur grande charité, et du parfait détachement qu'ils avaient des biens temporels de la terre, dont la plupart des hommes sont idolâtres. Car il assure qu'ils partageaient leur revenu en trois : qu'ils en employaient une partie à la nourriture des ministres du temple, une autre pour assister les pauvres, pour loger les pèlerins, pour secourir les aftligés, et la troisième partie pour les besoins et nécessités de leur famille.

Si vous désirez savoir quelle était leur piété et leur dé-

1. « Si quis dixerit quoniain diligo Deum, et fratreui suum oderit, menHax est. » I Joan. IV, 20.

votion, jetez les yeux sur le fruit admirable qui en est sorti. Quel est ce fruit admirable? C'est notre merveilleuse Enfant, comme nous verrons ci-après. Je dirai ici seulement que le bienheureux André de Jérusalem nous déclare que l'exercice ordinaire de sainte Anne c'était la prière, et qu'elle offrait à Dieu plusieurs vœux et beaucoup de sacrifices. Et saint Épiphane en dit autant de saint Joachim, et ajoute que la très sainte Vierge fut accordée à leurs dévotions.

Que dirai-je de leur très profonde humilité^ Je dirai premièrement que l'humilité étant la mesure de la sainteté, selon la parole du Fils de Dieu, qui a dit que celui qui s'humilie davantage est le plus grand, et par conséquent le plus saint au royaume des cieux * : la très éminente sainteté de saint Joachim et de sainte Anne nous font conclure que leur humilité est très profonde.

Secondement, que Dieu les ayant élevés à une des premières dignités du paradis, telle qu'est la dignité très sublime de père et de mère de la Reine du ciel, et d'aïeuls du souverain Monarque de l'univers, c'est une preuve infaillible qu'ils se sont beaucoup humiliés, puisque sa divine Majesté n'exalte que les humbles, et qu'elle les exalte autant qu'ils s'abaissent : Qui se humiliât exaltafritur*.

Troisièmement, que l'opprobre et la confusion de leur stérilité, qu'ils ont portée l'espace de vingt ans, a beaucoup contribué à fortifier et accroître leur humilité.

Quatrièmement, que Dieu ayant choisi saint Joachim et sainte Anne pour être les aïeuls du Roi des humbles, et les père et mère de la plus humble créature qui fut jamais, il était convenable qu'il y eût beaucoup de ressemblance entre l'humilité des parents et l'humilité des enfants.

1. <. Quicumque humiliaverit se, sicut parvulus iste, hic est major in regno cselorum. » Matth. XVIII, 4.

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